OE LA RAISON PURE LXXXVIÎ
(leote cette différence que, comme le tout dont il est ici question est donné dans IMntuition, tandis que Tunivers ne Test pas, et
I comme, par conséquent, dans le cas présent, toutes les parties da conditionnel sont données avec lui, tandis que, dans le cas précédent, je devais aller du conditionnel à des conditions qui étaient en dehors de lui, la régression peut aller à l infini, au liea d'être simplement indéfinie: c'est ainsi qu'on peut concevoir qae le corps soit, comme l'espace, divisible à l'infini. Mais il n'est pas pour cela permis de dire d'un tout divisible à l'infini qu'il se compose d'un nombre infini de parties; car, bien que tontes les parties soient en effet renfermées dans l'intuition du toQt (d'an corps donne), nous n'en connaissons pourtant pas tonte la division, et celle-ci ne peut nous être donnée que par DDe décomposition continue. Nous rentrons donc parl^ dans le cas do précédent problème, et nous arrivons ainsi à une solution du même genre. Nous ne pouvons dire que tout dans le monde soit composé, ni que les éléments en soient simples, partant indivisibles; seulement un principe de la raison nous défend de tenir jamais pour complète la régression empirique dans la division de tout ce qui est étendu, c'est-à-dire qui remplit un espace. Ici donc encore la thèse et l'antithèse sont également fausses, et le principe de leur erreur, en même temps que de leur conflit. Consiste dans cette illusion qui nous fait considérer comme une chose en soi ce qui n'est ^qu'un pur phénomène.
Les solutions des deux premières antinomies ont ce caractère commun qu'elles donnent, dans chacune d'elles, les doux assertions opposées pour également fausses. Elles se distinguent par là de celles des deux dernières, qui consistent au contraire à montrer qu'ici la thèse et l'antithèse sont également vraies. Cette différence vient de ce que, dans les deux premiers cas, où il ne s'agit que de ce Kant appelle une synthèse mathématique, les conditions, de "quelque manière d'ailleurs qu'on en conçoive la totalité, sont toujours et nécessairement homogènes avec le conditionnel, tandis que, dans les dernières, où il s'agit d'une syn- Mie dynamique^ les conditions des phénomènes peuvent être considérées comme appartenant à un autre ordre de choses que ces phénomènes eux-mêmes. Dans les deux premières antinomies, la thèse et l'antithèse ont dû être déclarées également fausses, parce que, cherchant de part et d'autre la totalité absolue
LXXXVni ANALYSE DE LÀ CRITIQUE
dans de simples phénomènes, elles tombent ensemble avec Tillasion qui les engendre, tandis que, dans les denx dernières, les conditions cherchées ne faisant pas nécessairement partie do la même série, les deux assertions opposées peuvent êtrç vraies tontes deux suivant le point de vue où Ton se place. Expliquons les solutions de celles-ci, comme nous avons fait pour les précédentes. Solution de la La troisième antinomie est celle que soulève la question tant ''^' nonâie*"'* controversée de savoir si tout ce qui arrive dans le monde, les actions humaines comme tout le reste, est fatal, ou s'il y a place quelque part pour la liberté. On ne peut concevoir en effet que ces deux espèces de causalité : la causalité naturelle, suivant laquelle tous les événements sont fatalement déterminés par ceux qui précèdent, et la causalité Ubre, dont Tidée est celle d'une spontanéité capable de commencer d'elle-même à agir, sans avoir besoin pour cela d'une cause antérieure qui détermine son action suivant la loi de la liaison causale; et ces deux manières de concevoir la production des événements du monde donnent lieu à deux assertions opposées qui se soutiennent également, mais s'excluent ou paraissent du moins s'exclure absolument. Si tout ce qui arrive dans le monde est nécessairement déterminé par ce qui précède suivant la loi naturelle de la liaison des causes et des effets, où est la place de la liberté et que devient dès lors l'ordre moral? Ou s'il y a quelque part une cause libre, l'enchaînement des causes et des effets est rompu, et dès lors que devient l'ordre naturel? Il ne semble pas qu'on puisse sortir de là. Il n'y a, suivant Kant, qu'un moyen d'eu sortir, c'est de chercher si, naalgré le principe qui veut que tous les événements du monde sensible soient enchaînés sans solution de continuité suivant des lois naturelles immuables, et sans abandonner ce principe, qui ne souffre aucune exception, la liberté ne serait pas possible, en même temps, par rapport aux mêmes effets, mais considérés d'un autre point de vue. Or tel est précisément le résultat où l'on arrive en distinguant, comme il convient, l'ordre intelligible de l'ordre sensible. Supprimez cette distinction, ou, en d'autres termes, supposez que les choses sensibles, les phénomènes sont réellement des choses en soi, il vous faudra renoncer absolument à la liberté ; mais, si la distinction est fondée, il est possible de concilier la thèse de la liberté avec celle de la nécessité naturelle: toutes deux alors peuvent être vraies,