‹ Critique de la raison pure (volume 2)Chapitre 85 sur 136 · DE LA RAISON PURE , CI · texte numérisé non relu

DE LA RAISON PURE , CI

monie des dispositions de la nature sur lesquelles on s'appuie ne concernent que sa forme, non sa matière ou sa substance, et que l'analogie avec Tari humain, qui sert ici de guide, ne peut nous fournir une autre conclusion, si tant est même que cette manière de raisonner soit réellement concluante. La théologie physique est donc par elle-même impuissante à démontrer Texistence et les attributs de Dieu d'une manière qui réponde à l'idée qu'en conçoit la raison. Mais, au lieu de reconnaître cette impuissance, elle franchit l'abîme qu^elle ne peut combler en passant toQt à coup à la preuve cosmologique et avec celle-ci à la preuve ontologique, c'est-à-dire en se jetant dans la voie transcendentale qu'elle avait voulu éviter. « Ainsi, conclut Kant (p. 217), les partisans de la théologie physique ont tort de traiter si dédaigneusement la preuve transcendentale, et de la regarder, avec la présomption de naturalistes clairvoyants, comme une toile d'araignée ourdie par des esprits obscurs et subtils. Il faut toujours en revenir, malgré qu'on en ait, à la preuve ontologique, c'est-à-dire à une preuve fondée sur des concepts purement rationnels; et, comme celle-ci est elle-même impuissante à démontrer son objet, il suit qu'il n'y a pas pour la raison spéculative de véritable démonstration de l'existence de Dieu.

Telle est en effet la conclusion à laquelle aboutit la criti- conciupion que de la théologie spéculative. Que celle-ci suive la méthode fa"héoiogîc transcendentale ou la méthode naturelle^ c'est-à-dire qu'elle tente sp<?cuiative. de démontrer l'existence de Dieu par de simples concepts de la raison pure ou par l'observation de la nature, et qu'elle s'arrête ainsi au déisme ou au théisme (1), dans l'un et l'autre cas ses essais sont absolument infructueux : « Ils sont en eux-mêmes,

(1) Voici la différence que Kant établit entre ces deux doctrin<*s. « Celui, dit-il (p. 219), qui n'admet qu'une théologie transcendentale s'appelle un déiste, et celui qui admet aussi une théologie naturelle, un théiste. Le premier accorde que nous pouvons v.n tous cas connaître par la raison seule l'existence d'un être premier, mais il croit que le concept que nous en avons est purement transcendental. c'est-à-dire que nous le ne concevons quo comme un être ayant toute réalité, mais sans pouvoir le déterminer avec plus de précision. Le second soutient que la raison est en état de déterminer l'objet d'une manière plus précise par analogie avec la nature, c'est-à-dire comme un être contenant par son entemlement et sa volonté le principe de toutes les autres choses. Sous le nom de Dieu, celui-là se représente simplement une causç

cil ANALYSE DE LA CRITIQUE

dit-il (p. 223), nuls et de nalle valeur. Kant met ceux qui repoussent cette conclasion au défi de justifier les moyens et les lumières auxquels ils ont recours pour dépasser toute expérience possible par la seule puissance des idées; car telle est la condition de toute théologie spéculative, de la théologie physique comme de la théologie transcendentale, puisqu^en définitive la «. première se voit forcée de recourir à la seconde pour complète son concept.

Que reste- t-il donc ici dans le creuset de la critique? Il reste un idéal de la raison pure, c'est-à-dire un concept de l'être su — prême qui termine et couronne toute la connaissance humaine (v. p. 227). La raison spéculative est sans doute impuissante à démontrer la réalité objective de ce concept, mais elle ne l'enr: pose pas moins au sommet de la connaissance, comme cclu^ d'un être absolument parfait, infini, etc. ; et, en nous offrant ainsi un concept épuré de tout élément sensible, exempt do toute limitation empirique, tel en un mot que doit être celui d'un être premier, elle prépare le terrain à une autre espèce de théologie, la théologie morale, qui sera peut-être plus heureuse que ]a précédente. Si en effet la morale, ou ce que Kant appelle la raison pratique^ par opposition à la raison spéculative ou théoritique (laquelle se borne à l'ordre de la connaissance), nous fournit un motif suffisant d'admettre l'existence de Dieu, non-seulement nous sommes assurés que nous pouvons le faire sans contradiction, mais nous sommes en possession du seul concept qui convienne ici. Telle est l'utilité, négative sans doute, mais trèsimportante, que nous offre, malgré son insuffisance, la théologie

du monde (en laissant indécise la qucstiou de savoir s'il en est la cause par la nécessité de sa nature ou par sa liberté) ; celui-ci se représente un auteur du monde. » — Kant ajoute plus loin (p. 220) : c Comme on est accoutumé d'entendre, sous le concept de Dieu, non pas simplement une créature éternelle agissant aveuglément, mais un être suprême qui doit être l'auteur des choses par son intelligence et sa liberté, et que ce dernier concept est d'ailleurs le seul qui nous intéresse, on pourrait, à la rigueur, refuser au déiste toute croyance en Dieu et ne lui laisser que l'affirmation d'un être premier ou d'une cause suprême. Cependant, comme personne ne doit être accusé de vouloir nier une chose, parce qu'il n'ose l'affirmer, il est plus équitable et plus juste de dirç que le déiste croit en un Dieu, mais que le théiste croit en un JHeu yvDçmt (summa inteîUgeniia). >

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