‹ Critique de la raison pure (volume 2)Chapitre 86 sur 136 · DE LA RAI80K PURE CIII · texte numérisé non relu

DE LA RAI80K PURE CIII

transcendentale : elle nous fournit le seul concept que la raison paisse admettre sous le nom de Dieu ; et, si clic n^en démontre pas la réalité objective, elle laisse la porte ouverte à un autre genre de démonstration. LMdéal est nettement conçu; reste seulement à démontrer quMl existe réellement. Or ce que la théologie transcendentale ou la raison spéculative n^a pu faire, la théologie morale ou la raison pratique le fera peut-être. Nous savons du moins que Tétre dont il s'agit de démontrer la réalité est possible.

Quel que soit d'ailleurs le résultat auquel arrive ici la raison i)ur6iedenpratique, il reste toujours que l'idée d'un être suprême est pour snprènweicn la raison spéculative un xmncipe régulateur indispensable. Tel générai de ton- ' est d'ailleurs en général le, caractère de toutes les idées de ^a i, raison pore. raison pure (spéculative). Kant insiste sur ce point (Appendice à la dialectique transcendentale^ p. 228). — Les concepts de l'entendement ne suffisent pas à l'achèvement de la connaissance humaine: ils servent bien à relier les éléments divers que perçoivent nos sens, et à constituer, par l'enchaînement qu'ils y opèrent, des séries de conditions (p. 229); mais, pour donner à la connaissance la plus haute unité à laquelle elle puisse atteindre, il faut s'élever à l'idée de la totalité de ces séries. Or c'est à quoi servent précisément les idées de la raison pure: «Elles dirigent l'entendement, dit Kant (p. 230), vers un certain but où convergent les lignes que suivent toutes ses règles, et qui, bien qu'il ne soit qu'une idée (focus imaginarius)^ c'est-à-dire un point d'oiï les concepts de l'entendement ne partent pas réellement, puisqu'il est placé tout à fait en dehors des limites de l'expérience possible, sert cependant à leur donner la plus giandc unité avec la plus grande extension. » Tel est le véritable usage des idées de la raison pure. Si nous ne leur demandions autre chose qu'un principe d'unité, et parla une règle propre à nous diriger au milieu de la multiplicité des phénomènes, nous nous conformerions à leur destination et nous ne courrions pas risque de nous égarer. Tout ce qui est fondé sur la nature de nos facultés doit avoir une fin et un légitime usage; il ne s'agit que d'en trouver la vraie destination (v. p. 228-229). Les idées transcendentales doivent donc avoir aussi leur bon usage, et cet usage consiste à donner pour but aux actes de l'entendement une certaine unité à laquelle çelni-ci n'atteint pas par lui-même. Malheureusement, cet usagç

GIV ÂNALTSE DE LA CRITIQUE

régulateur^ nous le transformons en un usage constUuttf, c^està-dire qae nous prenons les idées transcendentales pour des concepts de choses réelles, et alors nous nous égarons dans an monde imaginaire. C^est là sans doute une illusion naturelle et inévitable: ces lignes qui convergent vers un point commun semblent en effet partir d^un objet réel placé en dehors des bornes de toute expérience possible, de même que les objets paraissent être derrière le miroir où ils se reflètent; mais, si nous ne pouvons échapper à Tillusion, nous pouvons faire du moins qu'elle cesse de nous tromper, et c'est là précisément le service que nous rend la critique. Ce service d'ailleurs n'est pas le seul : tout en découvrant Tapparence qui nous abuse ici, elle nous révèle aussi le véritable et légitime usage des idées qui la pro* duisent. C'est là un point sur lequel Kant insiste comme sur Tun des principaux résultats de la dialectique transcendentale. Les idées de la raison pure servent à donner à notre connaissance une unité sans laquelle celle-ci ne formerait pas un système, mais un simple . agrégat ; le rôle de la raison dans la connaissance est en effet simplement de lui imprimer un carMtère systématique (p. 231). Cette unité systématique n'est qu'une idée : nous ne la tirons pas de la nature, nous interrogeons au contraire la nature d'après elle; mais cette idée nous est indispensable pour ramener à l'unité d'un seul et même principe la diversité des connaissances fournies par l'entendement, et pour diriger en conséquence celui-ci dans la voie même de l'expérience, en le conduisant, par le fil d'une règle universelle, vers les cas qui ne sont pas donnés. C'est ainsi, par exemple, que, malgré l'hétérogénéité que nous montrent au premier aspect les divers phénomènes d'une même substance, et qui nous y font supposer d'abord presque autant de forces qu'il s'y manifeste d'effets, nous sommes conduits à chercher, derrière cette diversité apparente, l'identité cachée, et à réduire de plus un plus le nombre des forces ou (s'il s'agit de l'âme humaine) des facultés que nous avons d'abord distinguées, en nous efforçant de les ramener les unes aux autres et toutes ensemble à une force ou à une faculté fondamentale. L'idée de cette unité vers laquelle nous tendons est donc un principe destiné à donner à notre connaissance le caractère systématique qu'exige la raison. Ce n'est pas un principe constitutif, comme les concepts de l'entendement,

Page 1