‹ Critique de la raison pure (volume 2)Chapitre 95 sur 136 · DE LA RAISON PURE CXXI · texte numérisé non relu

DE LA RAISON PURE CXXI

foarni ni imité par le philosophe dans le sens où Tentend le mathématicien, et qae, comme la géométrie en transportant sa méthode dans la philosophie ne constrait que des châteaux de cartes, ainsi la philosophie, en appliquant la sienne aux mathématiques, ne peut faire que du verbiage.

1* Définitions, Suivant Kant il n^ a que les mathématiques DéflntUoiif. qui puissent présenter des définitions dans le sens rigoureux de ce mot. En effet, comme la définition consiste à déterminer les caractères qui conviennent essentiellement à un concept d'une chose et la distingue de toute autre, il ne peut y avoir, à proprement parler, de définition d'un concept empirique^ puisque, quand il s'agit des objets de Texpérienee, nous ne pouvons jamais être assurés d'en connaître les caractères essentiels et distinctifs. La définition ici ne peut être qu'une explication, que l'expérience peut toujours modifier ou compléter. D'un autre côté, il ne peut y avoir non plus, à proprement parler, de définition d'aucun concept à priori, comme, par exemple, de celui de la substance, OQ de celui de la cause, ou de ceux du droit, de l'équité, etc., puisque nous ne saurions nous flatter d'en embrasser toute la sphère de manière à en rendre la représentation parfaitement adéquate à son objet. Aussi Kant propose-t-il de substituer au mot définition celui d'exposition, qui est plus modeste et laisse la porte toujours ouverte à de nouveaux caractères. Les concepts mathématiques au contraire, ne dérivant ni de T expérience, ni de l'entendement pur, mais étant des créations de notre esprit et ne contenant que ce que nous y mettons nous-mêmes dans la construction que nous en faisons, peuvent être exactement définis : ici l'objet de la définition ne peut contenir ni plus ni • moins que le concept, puisque le concept de l'objet a été donné originairement dans la définition. Il suit de là que, pour les mathématiques, les définitions sont le point de dépavt de la science, tandis qu'il n'en est pas de même dans la philosophie; et il s^en suit aussi que les définitions mathématiques ne peuvent jamais être fausses : le concept étant donné d'abord par la définition ne contient exactement que ce que la définition veut que Ton pense par ce concept, tandis que les définitions philosophiques peuvent être fausses de plusieurs manières, soit en introduisant dans le concept des caractères qui ne sont pas contenus dans l'objet, soit en omettant ceux qui lui sont essentiels. Il faut

CXXn ANALTfifi DE LA CRITIQUE

donc conclare qae, sar ce point, la méthode mathématiqae n'est pas applicable à la philosophie.

Axiomes. 2" Axiomes. Il n'y a aussi, selon Eant, qae les mathématiques qui puissent avoir des axiomes ; la philosophie ne peut citer une seule proposition qui mérite véritablement ce nom. Les axiomes, en effet, sont des propositions synthétiques à priori^ qui sont immédiatement certaines. Or, comme la philosophie n'est qu'une connaissance rationnelle fondée sur des concepts, et qu'un concept ne peut être uni à un autre d'une manière à la fois synthétique et immédiate, mais que, pour opérer cette liaison, une troisième connaissance est nécessaire, il suit, qu'à proprement parler, il n'y a point d'axiomes. On y donne cependant d'ordinaire certains principes pour des axiomes, celui-ci, par exemple : tout ce qui arrive a sa cause ; mais ce princijpe n'est point un axiome, car je ne saurais en reconnaître directement la vérité par de simples concepts : il faut que je me reporte à une troisième chose, c'est-à-dire à la condition de la détermination du temps dans une expérience. « Les mathématiques au contraire sont susceptibles d'axiomes, parce qu'en construisant les concepts dans l'intuition de l'objet, elles peuvent unir à priori et immédiatement les prédicats de cet objet, par exemple qu'il y a toujours trois points dans un plan. > Aussi leurs propositions fondamentales, étant ainsi intuitives, sont-elles évidentes par elles-mêmes, tandis que celles de la philosophie, étant discursives, ne sauraient avoir ce caractère. Il a bien été question plus haut d'axiomes, dans la table des principes de l'entendement ; mais les propositions qui y ont été inscrites sous le titre ^'axiomes de Vintuition, n'étaient pas elles-mêmes des axiomes : elles ne servaient qu'à fournir le principe de la possibilité des axiomes, possibilité qui doit être elle-même expliquée par la philosophie transcendentale.

•émonstra- , 3* Démonstrations. Les preuves apodictiques, en tant qu'elles sont intuitives, peuvent seules s'appeler démonstratives ; l'expression même indique que démontrer (demonstrare) , c'est pénétrer dans l'intuition même de l'objet. Or, en ce sens, les mathématiques seules contiennent des démonstrations, puisque seules elles peuvent fournir des preuves à la fois apodictiques et intuitives. Les arguments empiriques reposent bien aussi sur l'intuition, mais ils ne sont point apodictiques : l'expérience ne nous apprend

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que ce qui est ne paisse être aatrement. Qaant aux preuves à priori, auxquelles donne lieu la connaissance philosophique, comme elles ne peuvent se faire qu'au moyen des concepts, en considérant le général in ahstracto, et non, comme les mathématiques, in concreto, elles ne sont pas des démonstrations dans le sens véritable de ce mot. Eant propose de les appeler platôfc des preuves acroamatiques,

La conclusion qui ressort de cette comparaison de la méthode mathématique et de la méthode philosophique, c'est que la philosophie, tout en ayant raison de chercher à former une alliance fraternelle avec les mathématiques, ne doit pas se parer des titres et des insignes de cette science et affecter^ sous cet affablement, des airs dogmatiques qui ne lui conviennent pas. «Ce sont là, dit Kant (p. 306), de vaines prétentions qui ne sauraient aboutir, mais qui doivent bientôt engager la philosophie à retourner en arrière afin de découvrir les illusions d'une raison qui méconnaît ses bornes, et de ramener, au moyen d'une explication suffisante de nos concepts, les prétentions de la spéculation à une modeste, mais solide connaissance de soi-même. » En général, la méthode qui sied à la philosophie, dont le but propre est de mettre en pleine lumière tous les pas de la raison, ne saurait être la méthode dogmatique. Cela ne veut pas dire qu'elle ne doive pas être systématique : toute science doit revêtir ce caractère, et notre raison est elle-même un système ; mais ce n'est point un système de dogmes transcendants, c'est un système de recherches suivant des principes d'unité dont l'expérience seule peut fournir la matière. ^

Après avoir trac^ a Ja raison pure sa discipline par rapport Dernsagcpôà son usage dogmatique, il faut la lui indiquer aussi par rapport "'Sson.' à son usage polémique, c'est-à-dire au point de vue de la défense de ses propositions contre les négations dogmatiques. « Il ne s'agit pas, dit Kant (p. 310), de savoir si par hasard ces assertions ne seraient pas fausses, mais de constater que personne ne peut affirmer le contraire avec une certitude apodictique, ni même avec une plus grande apparence. Car alors ce n'est point tout à fait par grâce que nous restons dans notre possession, bien que nous ne puissions invoquer en sa faveur un titre soffisant ; mais il est parfaitement certain que personne ne pourra jamais prcaver rillégitimité do cette possession, »

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