DÉCISION CRITIQUE DU CONFLIT
ffurœ (Uctiants, Mais cette erreur n'a rien d'artificiel ; elle est une illusion toute naturelle de la raison commune. Par suite de cette illusion en effet, lorsque quelque chose est donné comme conditionnel, nous présupposons, en quelque sorte sans nous en apercevoir, les conditions et leur série (dans la majeure), parce qu'en cela nous ne faisons qu'obéir à la règle logique qui exige pour une conclusion donnée des prémisses complètes; et, comme dans la liaison du conditionnel avec sa condition, il n'y a point d'ordre de temps, nous les présupposons en soi comme données simultanément En outre il n'est pas moins naturel (dans la mineure) de regarder des phénomènes comme des choses en soi, et comme des objets donnés au pur entendement, ainsi qu'il est arrivé dans la majeure, où j'ai fait abstraction de toutes les conditions d'intuitionsans lesquelles des objets ne peuvent être donnés. Mais^ il y avait ici, entre les concepts, une importante diflFérence, que nous avons négligée. La synthèse du conditionnel avec sa condition et toute la série des conditions (dans la majeure) n'impliquent aucune détermination de temps ni aucun concept de succession. Au contraire la synthèse empirique et la série des conditions dans le phénomène (subsumé dans la mineure) sont nécessaireïïient successives et ne sont données que sous cette condition de temps. Je ne pouvais donc pas présupposer ici comme là l'absolue totalité de la synthèse et de la série ^insi représentée, puisque là tous les membres de la série sont donnés en soi (sans condition de temps), tandis qu'ici ils ne sont possibles que par une régression successive, laquelle rfest donnée qu'autant qu'on l'accomplit réellement.
Lorsqu'on a une fois convaincu d'un tel vice l'argu-
meut sur lequel se fondent communément les assertions cosmologiques, on a bien le droit de renvoyer les deux parties contendantes, comme n appuyant leurs prétentions sur aucun titre solide. Mais leur querelle ne serait pas encore terminée par cela seul qu'on leur aurait prouvé que l'une d'elles ou que toutes les deux ont tort (dans la conclusion) dans la chose même qu'elles affirment sans pouvoir l'appuyer sur des arguments valables. Il semble cependant qu'il n'y ait rien de plus clair que ceci : de deux assertions, dont l'une soutient que le monde a un commencement, et l'autre qu'il n'en a pas et qu'il existe de toute éternité, il faut nécessairement que l'une ait raison contre l'autre. Mais aussi, comme la clarté est égale des deux côtés, il est impossible de décider jamais de quel côté est le droit, et la querelle continue après comme avant, bien que les parties aient été renvoyées dos à dos par le tribunal de la raison. Il ne leste donc qu'un moyen de terminer le procès une bonne fois et à la satisfaction des deux parties : c'est de les convaincre que, si elles peuvent si bien se réfuter l'une l'autre, c'est qu'elles se disputent pour rien, et qu'une certaine apparence transcendentale leur a représenté une réalité là où il n'y en a aucune. Tel est donc le moyen par lequel nous allons essayer de mettre fin à un différend qu'il est impossible de décider autrement.
Zenon dÉlée^ ce dialecticien subtil, a déjà été traite par Platon de méchant sophiste, pour avoir cherché, afiuj V d'étaler son art, à démontrer certaines propositions para
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des arguments spécieux et à renverser bientôt après ces mêmes propositions par d'autres arguments tout aussi forts. Il affirmait que Dieu (qui vraisemblablement n'était pour lui rien autre chose que le monde) n'est ni fini ni infini, qu'il n'est ni en mouvement, ni en repos, qu'il n'est ni semblable ni dissemblable à aucune autre chose. Il semblait à ceux qui le jugeaient d'après cela qu'il voulût nier absolument deux propositions contradictoires, ce qui est absurde. Mais je ne trouve pas que ce reproche lui puisse être justement adressé. J'examinerai bientôt de près la première de ces propositions. Pour ce qui est des autres, si par le mot Dieu il entendait l'univers, il devait sans doute dire que celui-ci n'est ni toujours présent en son lieu (en repos), ni changeant de lieu (en mouvement), puisque il n'y a de lieux que dans l'univers et que celuici par conséquent n'est lui-même en aucun lieu. Si l'univers contient en soi tout ce qui existe, il n'est non plus à ce titre ni semblable, ni dissemblable à aucune autre chose, puisqu'il n'y a en dehors de lui aucune autre chose à laquelle il puisse être comparé. Quand deux jugements opposés l'un à l'autre supposent une condition impossible, ils tombent alors tous deux, malgré leur opposition (qui n'est pas proprement une contradiction), puisque la Condition sans laquelle chacun d eux ne saurait avoir de Valeur tombe elle-même.
Si l'on dit : tout corps ou sent bon ou sent mauvais, il y a un troisième cas possible, c'est qu'il ne sente rien (qu'il n'exhale aucune odeur), et alors les deux propositions contraires peuvent être fausses. Mais si je dis : tout corps ou est odoriférant ou n'est pas odoriférant {pd suaveokns vel non suaveohns) ^ les deux jugements ^nt opposés contradictoirement, et le premier seul est
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faux ; son opposé contradictoire, à savoir que quelques corps ne sont pas odoriférants, comprend aussi les c(hts qui ne sentent rien du tout. Dans la précédente opposition {per disparata) la condition accidentelle du concept des corps (l'odeur) restait encore, malgré le jugement contraire, et par conséquent elle n'était pas supprimée par ce jugement; ce dernier n'était donc pas l'opposé contradictoire du premier.
Quand donc je dis : ou le monde est infini dans l'espace, ou il n'est pas infini {non est infinitu8\ si la première proposition est fausse, son opposé contradictoire, à savoir que le monde n'est pas infini, doit être vrai. Je ne fais par là qu'écarter un monde infini, sans en poser * un autre, un monde fini. Mais si je dis : le monde est ou infini ou fini (non infini), ces deux propositions pourraient bien être fausses. En effet j'envisage alors le monde comme déterminé en soi quant à sa grandeur, puisque dans la proposition opposée je ne me borne pas à supprimer l'infinité et peut-être avec elle toute son existence propre, mais que j'ajoute une détermination au monde comme à une chose réelle en soi ; ce qui pourrait bien être faux, si en effet le monde ne devait pas être donné comme une chose en soi, et par conséquent comme infini on comme fini sous le rapport de sa grandeur. Qu'on me permette de désigner ce genre d'opposition sous le nom d'opposition dialectique, et celle qui consiste dans la contradiction, sous celui d^opposition analytique. Deux jugements dialectiquement opposés l'un à l'autre peuvent donc être faux tous deux, puisque l'un ne se borne pas à contredire l'autre, mais qu'il dit quelque chose de plus qu'il n'est nécessaire pour la contradiction. . Si l'on regarde les deux propositions : le monde est