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DÉCISION CRITIQUE DU CONFLIT 1H

infini en grandeur, le monde est fini en grandeur, comme .<X)ntradictoirement opposées, on admet alors que le monde (la série entière des phénomènes) est une chose en soi. En effet il demeure, soit que je supprime la régression infinie ou la régression finie dans la série de ses phénomènes. Mais, si j'écarte cette supposition ou cette apparence transcendentale, et que je nie que le monde soit une chose en soi, alors l'opposition contradictoire des deux assertions se change en une opposition purement dialectique; et, puisque le monde n'existe pas en soi (indépendammc nt de la série régressive de mes représentations), il n'existe ni comme un tout infini en soi, ni comme un tout fini en soi. Il ne peut se trouver que dans la régression empirique de la série des phénomènes et non pas en soi. Si donc celle-ci est toujours conditionnelle, elle n'est jamais entièrement donnée, et par conséquent le monde n'est pas un tout inconditionnel ; il n'existe donc non plus, comme tel, ni avec unç grandeur infinie, ni avec une grandeur finie.

Ce qui vient d'être dit des premières idées cosmologiques, c'est-à-dire de l'absolue totalité de la grandeur dans le phénomène, s'applique aussi aux autres. La série des conditions ne se trouve que dans la synthèse régressive même ; elle ne réside pas en soi dans le phénomène, comme dans une chose propre, donnée avant toute régression. Je devrai donc dire aussi que la multitude des parties dans un phénomène donné n'est en soi ni infinie, ni finie, puisque le phénomène n'est rien d'existant en soi, et que les parties sont données uniquement par la régression de la synthèse de décomposition et dans cette régression, qui n'est jamais donnée entièrement, ni ^mme finie, ni comme infinie. Il en est de même de la

112 DIALECTIQUE TRANSGENDENTALE

série des causes subordonnées les unes aux autres, ou de la série des existences conditionnelles jusqu'à l'existence absolument nécessaire : elle ne peut jamais être regardée ni comme finie, ni comme infinie en soi, sous le rapport de sa totalité , puisque, comme série de représentations subordonnées, elle ne réside que dans la régression dynamique, et qu'elle ne saurait exister en soi avant cette régression et comme une série de choses qui subsisterait par elle-même.

On fait donc disparaître l'antinomie de la raison pure dans ses idées cosmologiques, en montrant qu'elle est purement dialectique, et qu'elle est un conflit produit par une apparence résultant de ce que l'on applique l'idée de l'absolue totalité, laquelle n'a de valeur que comme condition des choses en soi, à des phénomènes, qui n'existent que dans la représentation, et, lorsqu'ils constituent une série, dans la régression successive, mais non pas autrement. En revanche on peut aussi tirer de cette antinomie une véritable utilité, non pas sans doute dogmatique, mais critique et doctrinale : je veux parler de l'avantage de démontrer indirectement par ce moyen l'idéalité transcendentale des phénomènes, si par hasard la preuve directe donnée dans Festhétique transcendentale n'avait pas paru suffisante. Cette démonstration consisterait dans ce dilemne : si le monde est un tout existant en soi, il est ou fini ou infini. Or le premier cas aussi bien que le second sont faux (suivant les preuves, rapportées plus haut, de l'antithèse d'un côté, et de la thèse de l'autre). Il est donc faux aussi que le monde (l'ensemble de tous les phénomènes) soit un tout existant en soi. D'oii il suit par conséquent que les phénomènes en général ne sont rien en dehors de nos représenta-

tiens, et c'est précisément ce que nous voulions dire en parlant de leur idéalité transcendentale.

Cette remarque a de l'importance. On voit par là que les preuves données plus haut des quatre antinomies ne sont pas des artifices destinés à tromper l'esprit, mais qu'elles ont leur solidité, si l'on suppose que les phénomènes et le monde sensible qui les comprend toussontdes choses en soi. Mais le conflit des propositions qui en résultent montre que cette supposition c.ontient une fausseté, et il nous conduit ainsi à découvrir la véritable nature des choses, comme objets des sens. La dialectique transcendentale ne vient donc point du tout en aide au scepticisme, mais bien à la méthode sceptique, qui peut y montrer un exemple de sa grande utihté. Qu'on laisse les arjçuments de la raison lutter les uns contre les autres dans toute leur liberté : s'ils ne nous donnent pas à la fin ce que nous cherchons, du moins nous fourniront-ils toujours quelque chose d'utile et qui pourra servir à rectifier nos jugements.

HUITIÈME SECTION

^Mnclpe régulateur de la raison pure (Mar rapport

aux Idée» ccMamolo^ques

Puisque le principe cosmologique de la totalité ne aurait donner aucun maximum à la série des conditions du monde sensible considéré comme chose en soi, mais n. - 8

que ce maximum ne peut être donné que dans la régression de cette série, le principe de la raison pure dont il s'agit ici, ainsi ramené à sa véritable signification, couserve sa valeur propre, non sans doute à titre ^axwm^ nous servant à concevoir la totalité comme réelle dans l'objet, mais à titre de problème pour l'entendement, par conséquent pour le sujet, servant à établir et à poursuivre, en vue de Fintégrité de l'idée, la régression dans la série des conditions relatives à un conditionnel donné. En eflFet dans la sensibilité, c'est-à-dire dans l'espace et dans le temps, toute condition à laquelle nous pouvons arriver dans l'exposition de i)hénomènes donnés est à son tour conditionnelle, puisque ces phénomènes ne sont pas des objets en soi, où Tinconditionnel absolu puisse trouver place, mais des représentations purement empiriques, dont la condition se trouve toujours dans l'intuition, qui les détermine quant à l'espace ou au temps. Le principe de la raison n'est donc proprement qu'une regh^ qui, dans la série des conditions de phénomènes donnés, exige une régression à laquelle il n'est jamais permis de s'arrêter dans un inconditionnel absolu. Ce n'est donc pas un principe servant à rendre possible l'expérience et la connaissance empirique des objets des sens, c'est-àdire un principe de l'entendement ; car toute expérience est renfermée dans ses limites (conformément à l'intui' tion donnée). Ce n'est pas non plus un principe const^" tutif de la raison, destiné à étendre le concept du mond^ sensible au delà de toute expérience possible. C'est U^ principe servant à poursuivre et à étendre l'expérieni^^ le plus loin possible, . et d'après lequel il n'y ja point (J^ limite empirique qui puisse avoir la valeur d'une limi't' absolue; par conséquent un principe de la raison, q^

postule comme règle ce qui doit arriver par nous dans la régression et n'anticipe pas ce qui est donné en soi dans Vohjet antérieurement à toute régression. C'est pourquoi je l'appelle un principe régulateur de la raison, tandis que celui de l'absolue totalité de la série des conditions, considérée comme donnée en soi dans l'objet (dans les phénomènes) serait un principe cosmologique constitutif. J ai voulu montrer par cette distinction l'inanité de ce dernier, et en même temps empêcher, ce qui sans cela arrive inévitablement, que (par une subreption transcendentale) on n'attribue de la réalité objective à une idée qui sert simplement de règle.

Pour déterminer convenablement le sens de cette règle de la raison pure, il faut d'abord remarquer qu'elle ne peut pas dire ce qu^est Tohjet^ mais comment il faut instituer la régression empirique^ pour arriver au concept complet de l'objet. En effet, si le premier cas avait lieu, il serait un principe constitutif, c'est-à-dire un principe qui ne peut jamais sortir de la raison pure. On ne saurait donc nullement avoir ici l'intention de dire que la série des conditions relatives à un coijditionnel donné est finie ou infinie en soi; car ce serait alors convertir une simple idée de l'absolue totalité, laquelle n'existe que dans cette idée même, en une conception d'un objet qui ne peut être donné dans aucune expérience, puisqu'on attribuerait à une série de phénomènes une réalité objective indépendante de ia synthèse empirique. L'idée de la raison ne fera donc que prescrire à la synthèse régressive dans la série des conditions une règle qui lui permette de s'élever, au moyen de toutes les conditions subordonnées les unes aux autres, du conditionnel à l'inconditionnel, mais sans jamais atteindre celui-ci.

Car rinconditionnel absolu ne se trouve point du tout dans rexpérience.

Or à cette tin il faut d abord déterminer exactement la synthèse d'une série, en tant qu'elle n'est jamais complète. On se sert ordinairement à cet effet de deux expressions qui doivent représenter ici quelque distinction, mais sans qu on sache indiquer au juste la raison de cette distinction. Les mathématiciens parlent simplement d'un progressus in infinHum. Ceux qui scrutent les concepts (les philosophes) veulent qu'on substitue à cette expression celle de progressus in indefinitum. Sans m'arrêter à exannner le scrupule qui a suggéré à ceux-ci cette distinction, et son utilité ou sou inutilité, je veux chercher à déterminer exactement ces concepts par rapport à mon but.

On peut dire avec raison d'une ligne droite qu'elle peut être prolongée à l'infini, et ici la distinction de l'infini et de l'indéfini (progressus in indefinitum) serait une vaine subtiHté. Sans doute, lorsque l'on dit : prolongez une hgne, il est plus exact d'ajouter : in indefinitum^ que : in infinHurn^ parce que la première expression signifie uniquement : prolongez-la autant que vous voulez, tandis que la seconde veut dire : vous ne devez jamaiscesser de la prolonger (ce dont il n'est pas ici question) ; mais, lorsqu'il ne s'agit que du pouvoir^ l'expression d'infini est tout à fait exacte ; car vous pouvez toujours prolonger votre ligne à l'infini. Et il en est de même dans tous les cas où l'on ne parle que du progrès qui consiste à aller de la condition au conditionnel ; ce progrès possible s'étend à l'infini dans la série des phénomènes. En partant d'un couple d'aïeux vous pouvez avancer sans fin suivant une hgne descendante de la génération, et con-

PRINCIPE RÉGULATEUR DE Lk RAISON PURE 117

- cevoir que cette ligne se continue ainsi réellement dans le monde. Ici en effet la raison n'a jamais besoin de la totalité absolue de la série, puisqu'elle ne la suppose pas comme condition et comme donnée (datum), mais seulement comme quelque chose de conditionnel qui est simplement possible {dabile) et s'accroît sans fin.

Il en est tout autrement de la question de savoir jusqu'où s'étend la régression qui dans une série s'élève du conditionnel donné aux conditions, si je puis dire que cette régression va à l'infini ou seulement qu'elle s'étend indéfiniment {in indefinitum), et si, par conséquent, en partant des hommes actuellement vivants, je puis remonter à l'infini dans la série de leurs aïeux, ou si je dois me borner à dire que, quelque loin que je remonte, ie ne trouverai jamais un principe empirique où je puisse borner la série, de telle sorte que je sois autorisé et en même temps obligé, sinon à supposer, du moins à chercher encore au delà les aïeux des aïeux.

Je dis donc que, si le tout est donné dans l'intuition empirique, la régression va à l'infini dans la série de ses conditions intérieures. Mais, s'il n'y a qu'un membre de la série donné, et que la régression doive aller de ce membre à la totalité absolue, cette régression est alors simplement indéfinie (in indefinitum). Aussi l'on doit dire de la division d'une matière donnée avec ses limites (d'un corps) qu'elle va à l'infini. Car cette matière est donnée tout entière et par conséquent avec toutes ses parties possibles dans l'intuition empirique. Or, comme la condition de ce tout est sa partie, et la condition de cette partie la partie de la partie, et ainsi de suite, et 90e, dans cette régression de la décomposition, on ne trouve jamais de membre inconditionnel (indivisible) de

cette série de conditions, non-seulement il n'y a point de raison empirique pour s'arrêter dans la division, mais les membres ultérieurs de la division à poursuivre sont euxmêmes empiriquement donnés antérieurement à cette division continue. C'est ce que l'on exprime en disant que la division va à Tintini. Au contraire, la série de& aïeux pour un certain homme n'est donnée dans son absolue totalité par aucune expérience possible. La régression n'en va pas moins de chaque membre de cette génération à un membre plus élevé, de telle sorte qu'il n'y a point de limite empirique qui présente un membre comme absolument inconditionnel ; mais, comme les membres qui pourraient fournir ici la condition ne sont pas dans l'intuition empirique du tout antérieurement à la régression, celle-ci ne va pas à l'infini (dans la division de la chose donnée), mais elle s'étend indéfiniment dans la recherche d'un plus grand nombre de membres qui servent de condition aux individus donnés et qui, à leur tour, ne sont jamais donnés que comme conditionnels.

Dans aucun des deux cas, qu'il s'agisse du regressm in infinitum ou du regressus in indefiniium, la série des conditions n'est considérée comme infiniment donnée dans l'objet. Ce ne sont pas des choses qui soient données en elles-mêmes, mais seulement des phénomènes qui, comme conditions les uns des autres, ne sont donnés que dans la régression même. La question n'est donc plus de savoir combien grande est en elle-même la série des conditions, si elle est finie ou infinie, car elle n'est rien en soi; mais comment nous devons instituer la régression empirique et jusqu'oii nous devons la poursuivre. Et il y a ici une importante distinction à faire par rapport à la règle de cette marche. Si le tout est donné empirique-

ment, il est possible de remonter à Tinfini dans la série de ses conditions intériem'es. Que s'il n'est pas donné, ou s'il ne doit l'être que par la régression empirique, tout ce que je puis dire, c'est qu'il est possible à Vinfini de s'élever dans la série à des conditions plus hautes encore. Dans le premier cas je pouvais dire : il y a toujours plus de membres, empiriquement donnés, que je n'en atteins par la régression (de la décomposition) ; mais dans le second je dois me borner à dire : je puis toujours aller plus loin dans la régression, puisqu'aucun membre n'est empiriquement donné comme absolument inconditionnel, et que par conséquent il y a toujours un membre plus élevé possible, dont la recherche est nécessaire. Dans le premier cas il était nécessaire de trouver toujours un plus grand nombre de membres de la série; dans le second il est nécessaire d'en chercher toujours un plus grand nombre, puisqu'aucune expérience ne fournit une Umite absolue. En effet ou bien vous n'avez point de perception qui limite absolument votre régression empirique, et alors vous ne devez pas tenir cette régression pour achevée; ou bien vous avez une perception qui limite votre série, et alors cette perception ne peut pas être une partie de votre série déjà accomphe (puisque ce qui limite doit être différent de ce qu'il sert à hmiter), et vous devez par conséquent poursuivre votre régression pour cette condition même, et ainsi de suite.

La section suivante mettra ces observations dans tout leur jour en les appliquant.

120 DIALECTIQUE TRANSCENDENTALB

NEUVIÈME SECTION

De Pusaff^e empirique du principe r^^^ulateur de l> ralfion par rapport A toute» les idée» c^oAinolo* iiqu<

Comme il n'y a point, ainsi que nous l'avons montré plusieurs fois, d'usage transcendental des concepts de Tentendement, non plus que de ceux de la raison, et comme Vabsolue totalité des séries de conditions du monde sensible se fonde uniquement sur un usage transcendental de la raison, qui exige cette intégrité absolue de ce qu'elle suppose comme chose en soi. attendu que le monde sensible ne contient rien de pareil, il ne peut plus jamais être question de la quantité absolue des séries dans ce monde sensible : il ne s'agit plus de savoir si elles peuvent être en soi limitées ou illimitées, mais seulement jusqu'où nous devons remontei- dans la régression empirique, en ramenant l'expérience à ses conditions, atin de ne nous arrêter, suivant la règle de la raison, à aucune autre solution de ses questions qu'à celle qui est conforme à l'objet.

Il ne nous reste donc plus d'autre valeur à attribuer au primipe rationnel que celle d'une règle relative à la progression et à la grandeur d'une expérience possible, puisque nous avons suffisamment prouvé qu'il n'en avait aucune comme principe constitutif des phénomènes en soi. Aussi, si nous parvenons à mettre cette valeur hors de doute, le conflit de la raison avec elle-même se-

Ta-t-il tout à fait terminé, puisque, par cette solution critique, non-seulement l'apparence qui la divisait avec ellemême sera dissipée, mais qu'à sa place le sens où elle s'accorde avec elle-même et dont l'ignorance était la seule cause du conflit, se trouvera établi, et qu'un principe jusque-là dicdeciiqae sera converti en un principe doctrinal. Dans le fait, si l'on peut justifier le sens subjectif de ce principe, qui consisterait à déterminer le plus grand usage possible de l'expérience conformément aux objets de cette expérience, c'est précisément comme si, à la manière d'un axiome (ce qui est impossible par la raison pure), il déterminait à priori les objets en euxmêmes. Car un axiome même ne pourrait pas, par rapport aux objets de l'expérience, exercer une plus grande influence sur l'extension et la rectification de notre connaissance que ne le ferait ce principe en s'appliquant à donner le plus d'étendue possible à l'usage expérimental de notre entendement.

Solution de Vidée cosmologique de la totalité de la réunion des phénomènes en un univers

Ici, comme dans les autres questions cosmologiques, le fondement du principe régulateur de la raison est cette proposition, que, dans la régression empirique, on ne peut trouver aucune expérience dune limite absolue, par consé-

lîa DIALECTIQUE TRANSCESDESTTALE

qiK'iit (luiiciiiie condition qui. comme telle, soit au peut le vue rm/nrique absolument incmiditionneUe. La raison n est (nriinc MMiiblable expérience devrait renfermer une limite assignée aux phénomène^ par rien, ou parle vi'lc, jiii(|n(*l iihoiitirait au moyen dune jierception. la régression poussée jusque-là, ce qui est impossible.

Or rctic i)i(>])osition, qui revient à dire que, daoshi ré''{;nssi(ni empirique, je n'arrive jamais qu'à une condition (pli (•ll(î-méme à son tour doit être considérée «•omme empiri(|uement conditionnelle, cette proposition coiiti(»nt in terminis cette règle, que, si loin que je sois ainsi parvcMiu dans la série ascendante, de fait je dois toujours m'eiKpiérir d'un membre plus élevé de la série, que ce membnî puisse ou non m'être connu par l'expérience.

l'onr résoudre le premier problème cosmologique, il n'est donc besoin que de décider si, dans la régression vers lii graiHUiur inconditionnelle de l'univers (au point de vnc; du temps et de l'espace), cette ascension qui ne trouver jamais de limite peut être appelée une régression a tin/ini on seulement une régression indéfiniment poursuivie (in indefinitum),

La simple leprésentation générale de la série de tous l(îs états passés du monde, ainsi que des choses qui sont sinniltanénKînt dans l'espace du monde, n'est pas ellemême autres chose qu'une régression empirique possible, qu(î je conçois, bien que d'une manière encore indéterminéiî, et qui seule peut donner Ueu au concept d'une t(îll(î série de conditions pour une perception donnée*-

* (Jette série du monde ne peut donc être ni plus grande, ni plus petite que la régression empirique possible sur laquelle seule repose son concept. Mais, comme ce concept ne saurait donner un infini dé-

Or Tunivers n'est toujours pour moi que l'objet d'un concept, mais jamais d'une intuition (comme tout). Je ne puis donc conclure de sa grandeur à celle de la régression, et déterminer celle-ci d'après celle-là; je ne puis au contraire me faire un concept de la grandeur du monde que par la grandeur de la régression empirique. Mais de celle-ci je ne sais rien de plus sinon que, de chaque membre donné de la série des conditions, je dois toujours m'avancer empiriquement vers un membre plus élevé (plus éloigné). La grandeur de l'ensemble des phénomènes n'est donc pas absolument déterminée par là, et par conséquent on ne peut pas dire non plus que cette régression aille à l'infini, puisqu'on anticiperait ainsi sur les membres auxquels la régression n'est pas encore parvenue, qu'on s'en représenterait une telle quantité qu'aucune synthèse empirique n'y pourrait atteindre, et que par conséquent on déterminerait (bien que d'une manière purement négative) la grandeur du monde avant la régression, ce qui est impossible. Le monde en efiet ne in'est donné par aucune intuition (dans sa totalité), et par conséquent sa grandeur ne m'est pas donnée non plus avant la régression. Nous ne pouvons donc rien dire du tout de la grandeur du monde, pas même qu'il y a en lui un regressus in infinitum^ mais c'est seulement d'après la règle qui détermine en lui la régression empirique îu'il faut chercher le concept de sa grandeur. Or cette règle ne dit rien de plus sinon que, quelque loin que nous

terminé et pas davantage un fini déterminé (limité absolument), il est cliwr que nous ne pouvons admettre la grandeur du monde ni comme finie, m comme infinie, puisque la régression (au moyen de laquelle eUe lïons est représentée) ne permet ni l'un ni l'autre.

124 DIALFXTIQUE TRANSGBNDENTÂLE

soyons arrivés dans la série des conditions empiriques, nous ne devons admettre nulle part une limite »bsolue, mais (|ue n<uis d<»vons subordonner tout phénomène, comme conditionnel, à un autre phénomène, comme à sa condition, et par conséquent après l'un continuer de marclier vers l'autre, ce qui est le regressus in indéfinitum, lequel, ne déterminant aucune grandeur dans l'objet, se distingue assez clairement du regressus in infinitum.

Je ne puis donc pas dire que le monde est infini quant au passé, ou quant à l'espace. En effet un tel concept de la grandeur, comme d'une infinité donnée, est impossible empiriquement, et par conséquent absolument impossible par rapport au monde, comme objet des sens. Je ne dirai pas non plus que la régression d'une perception donnée à tout ce qui la limite dans une série, soit dans l'espace, soit dans le temps passé, s'étend à Tinfini^ car cela suppose la grandeur infinie du monde ; ni q^u'elle est /îmV, car une limite absolue est tout aussi impossible empiriquement. Je ne pourrai donc rien dire de tout l'objet de lexpérience (du monde sensible), mais seulement de la règle d'après laquelle l'expérience doit être appropriée à son objet, instituée et continuée.

La première réponse à la question cosmologique touchant la grandeur du monde, est donc cette solution négative : le monde n'a pas de premier commencement dans le temps, ni de limite extrême dans l'espace.

En effet, dans le cas contraire, il serait limité d'un côté par le temps vide, et de l'autre par l'espace vide. Or, comme, en tant que phénomène, il ne peut être ainsi limité en soi, puisque le phénomène n'est pas une chose en soi, il faudrait admettre là possibilité d'une percep-

tien de la limite formée par un temps absolument vide ou par un espace vide, d'une perception par laquelle cette limite du monde serait donnée dans une expérience possible. Mais une telle expérience, étant absolument vide de contenu, est impossible. Une limite absolue du. monde est donc impossible empiriquement et par conséquent absolument*.

De là résulte en même temps cette réponse affirmative^ que la régression dans la série des phénomènes du inonde, comme détermination de la grandeur du monde, va in indefinitum, ce qui revient à dire que le monde sensible n'a pas de grandeur absolue, mais que la régression (par laquelle seule il peut être donné du côté de ses conditions) a sa règle, laquelle consiste à marcher toujours, de chaque membre de la série, comme d'un conditionnel, à un membre encore plus éloigné (au moyen soit de l'expérience directe, soit du fil de l'histoire, soit de la chaîne des effets et des causes), et à ne jamais • se dispenser d'étendre l'usage empirique possible de son entendement, ce qui est aussi la propre et unique affaire de la raison dans ses principes.

Une régression empirique déterminée, s'avançant sans cesse dans une certaine espèce de phénomènes, n'est point prescrite par là : il ne nous est pas enjoint, par

* On remarquera que la preuve est ici tout autrement administrée 9Qe ne l'était plus haut la preuve dogmatique dans Pantithèse de la première antinomie. Là nous avions présenté le monde sensible, sui- ^t la représentation ordinaire et dogmatique, comme une chose qui était donnée en soi, quant à la totalité, antérieurement à toute régres- ^n. et nous lui avions refusé une place déterminée dans le temps et ^8 Pespace, s'il n'occupait pas tous les temps et tous les espaces. La conclusion était donc aussi tout autre qu'ici, c'est-à-dire qu'elle condoisait à l'infinité réeUe du monde.

exemple, en partant d'un homme vivant, de remonter toujours plus haut dans la série de ses ancêtres, sans jamais atteindre un premier couple, ou d'avancer toujours dans la série des corps du monde, sans admettre un soleil extrême ; seulement il nous est ordonné d'aller de phénomènes en phénomènes, dussent ceux-ci ne fournir aucune perception réelle (si la perception est d'un degré trop faible pour arriver à notre conscience et devenir une expérience), mais pourvu qu'ils appartiennent à l'expérience possible.

Tout commencement est dans le temps, et toute limite de ce qui est étendu, dans l'espace. Mais l'espace et le temps ne sont que dans le monde sensible. Les phénomènes ne sont donc dans le monde que d'une manière conditionnelle, mais le monde lui-même n'est ni condi- : tionnel, ni limité d'une manière absolue.

C'est précisément pour cette raison et parce que le monde, non plus que la série même des conditions pour un conditionnel donné, ne peut jamais être, comme série cosmologique, entièrement donné, que le concept de la grandeur du monde n'est donné que par la régression, et non dans une intuition collective antérieure à cette régression. Mais celle-ci ne consiste jamais que dans la détefmination de la grandeur, et par conséquent elle ne donne pas un concept déterminé^ ni par conséquent un concept d'une grandeur qui serait infinie relativement à une certaine mesure ; elle ne va donc pas à l'infini (en quelq*^^ sorte donné), mais à l'indéfini, afin de donner (à l'expo rience) une grandeur qui n'est réelle que par cette f ^ gression.

Solution de Vidée cosmologique de la totalité de la division

d*un tout donné dans V intuition

Quand je divise un tout qui est doiiué dans l'intuition, je vais d'un conditionnel aux conditions de sa possibilité. La division des parties {subdivisio ou decompositio) est une régression dans la série de ces conditions. La totalité absolue de cette série ne serait donnée que si la régression pouvait arriver à des parties simples. Mais, si toutes les parties sont toujours divisibles et si la décomposition continue toujours, la division, c'est-à-dire la régression, va du conditionnel à ses conditions m infinitum; les conditions en effet (les parties) sont contenues dans le conditionnel même, et, comme celui-ci est entièrement donné dans une intuition renfermée entre ses limites, toutes ensemble sont données avec lui. La régression ne doit donc pas être appelée simplement une régression in indefinitum^ comme le permettait seule l'idée cosmologique précédente, puisque je devais aller du conditionnel à ses conditions qui étaient en dehors de lui, et qui par conséquent n'étaient point données en même temps, mais ne se présentaient que dans la régression empirique. Néanmoins il n'est nullement permis de dire d'un tout divisible à l'infini qu'i/ se compose d'un nombre infini de parties. En effet, bien que toutes les parties soient renfermées dans l'intuition du tout, elle ne contient cependant pas toute la division du tout, laquelle ne consiste que dans la décomposition continuelle, ou dans la régression même, qui rend d'abord réelle la série. Or,

comme cette régression est infinie, tous les raembres^ (les parties) auxquels elle arrive sont, il est vrai, contenus comme agrégats dans le tout donné, mais non pas la série entière de la division^ laquelle est successivement infinie et n'est jamais complète, et par conséquent ne peut présenter une multitude infinie et une sj^nthèse de cette multitude en un tout.

Cette remarque générale s'applique d'abord très-aisément à l'espace. Chaque espace perçu dans ses limites est un tout dont les parties décomposées sont toujours des espaces, et qui par conséquent est divisible à l'infini.

De là aussi résulte tout naturellement la seconde application à un phénomène extérieur renfermé dans ses bornes (à un corps). La divisibiUté de ce corps se fonde sur la divisibilité de l'espace, lequel constitue la possibilité du corps comme d'un tout étendu. Celui-ci est donc divisible à l'infini, sans cependant se composer de parties infiniment nombreuses.

Il semble à la vérité que, puisqu'un corps doit être représenté comme une substance dans l'espace, il soitr en ce qui concerne la loi de la divisibiUté de l'espace, distinct de celui-ci; car on peut accorder en tous cas que, dans l'espace, la décomposition ne peut jamais exclure toute composition, puisqu'alors tout espace, chose qui n'a d'ailleurs rien d'existant de soi, disparaîtrait (ce qui est impossible), tandis qu'admettre que, si toute composition de la matière était supprimée dans la pensée, il ne dût rien rester du tout, ne semble pas s'accorder avec le concept d'une substance, laquelle devrait être proprement le sujet de toute composition et subsister dans ses éléments, encore qu'eût disparu l'union de ces éléments^ dans l'espace, union par laquelle ils forment un corps.

Mais il n'en est pas de ce qui s'appelle substance dans le phénomène comme de ce que l'on penserait d'une chose en soi au moyen d'un concept purement intellectuel. Cette substance n'est pas un sujet absolu, mais une image permanente de la sensibilité ; elle n'est qu'une intuition dans laquelle ne se trouve rien d'inconditionnel.

Or, bien que cette règle de la progression à l'infini s'applique sans aucun doute dans la subdivision d'un phénomène, considéré simplement comme remplissant l'espace, elle n'a plus de valeur quand nous voulons l'étendre à la multitude des parties déjà séparées d'une certaine manière dans le tout donné et qui constituent ainsi un quantum discretum. On ne saurait admettre que dans chaque tout organisé chaque partie soit organisée à son tour, et que, de cette manière, dans la division des parties à l'infini, on arrive toujours à de nouvelles parties organisées, en un mot que le tout soit organisé à l'infini, bien que les parties de la matière puissent être organisées, dans leur décomposition à l'infini. En effet l'infinité de la division d'un phénomène donné dans l'espace se fonde uniquement sur ce que par ce phénomène est donnée simplement la divisibilité, c'est-à-dire une multitude de parties absolument indéterminée en soi, tandis que les parties elles-mêmes ne sont données et déterminées que par la subdivision, en un mot sur ce que le tout n'est pas déjà divisé en lui-même. La division peut donc déterminer dans ce tout une multitude qui va aussi loin que l'on peut s'avancer dans la régression de la division. Au contraire, dans un corps organisé qui le serait à l'infini, le tout est représenté par ce concept comme étant déjà divisé, et il s'y trouverait, antérieurement à toute régression de la divi-

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