‹ Critique de la raison pure (volume 3)Chapitre 26 sur 57 · SOLUTION DU QUATRIÈME PROBLÈME · texte numérisé non relu

SOLUTION DU QUATRIÈME PROBLÈME

et elle ne peut se faire que de cette façon. En efiTet, si chaque condition pour chaque conditionnel (quant à l'existence) est sensible et par là fait partie de la série, elle est elle-même à son tour conditionnelle (comme le démontre l'antithèse de la quatrième antinomie). H fallait donc ou bien laisser subsister le conflit avec la raison, laquelle exige l'inconditionnel, ou bien placer celui-ci en dehors de la série dans l'intelligible, dont la nécessité n'exige ni ne souffre aucune condition empirique, et qui est ainsi, par rapport aux phénomènes, inconditionnellement nécessaire.

L'usage empirique de la raison (relativement aux conditions de l'existence dans le monde sensible) n'est point affecté par ce fait que Ton accorderait un être purement intelligible, mais il va toujours, suivant le principe de la contingence universelle, de conditions empiriques à des conditions plus élevées, qui sont à leur tour également empiriques. Mais aussi ce principe régulateur n'exclut-il pas davantage l'admission d'une cause intelligible qui ne soit pas dans la série, quand il s'agit de l'usage pur de la raison (par rapport aux fins). En effet cette cause ne signifie que le principe, pour nous purement transcen dental et inconnu, de la possibilité de la série sensible en général; et l'existence de ce principe, indépendante de toutes les conditions de cette série et, relativement à elle, absolument nécessaire, n'est point du tout contraire à leur contingence illimitée, ni par conséquent à la régression infinie de la série des conditions empiriques.

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Remarque finale sur toute V antinomie de la raison jmre

Tant que nos concepts rationnels n'ont pour objet que la totalité des conditions du monde sensible et ce qoi peut par rapport à ce monde tourner au profit de la raison, nos idées sont à la vérité transcendentales, mais cosmologiques. Mais, dès que nous plaçons l'absolu (dont pourtant il s'agit proprement) dans ce qui est tout à fait en dehors du monde sensible, par conséquent en dehors de toute expérience possible, les idées deviennent alors transcendantes; elles ne servent pas seulement à l'accomplissement de l'usage empirique de la raison (usage qui reste toujours une idée qu'on ne saurait jamais réaliser, mais qu'il faut toujours poursuivre), mais elles s'en séparent entièrement, et se transforment en objets dont la matière n'est point tirée de l'expérience, et dont la réalité objective ne repose pas non plus sur l'accomplissement de la série empirique, mais sur des concepts purs à priori Ces sortes d'idées transcendantes ont un objet purement intelligible, qu'il est sans doute permis d'accorder comme un objet transcendental, tout à fait inconnu d'ailleurs, mais que nous n'avons aucune raison ni aucun droit d'admettre, en le concevant comme une chose déterminable par ses prédicats distinctifs et essentiels, et qui par conséquent n'est qu'un être de raison. Pourtant, parmi toutes les idées cosmologiques, celle qui a occasionné la quatrième antinomie, nous pousse à risquer ce pas. En effet l'existence des phénomènes, qui n'est nullement fondée en soi-même, mais qui est toujours condition-

Belle, nous engage à chercher quelque chose de distinct de tous les phénomènes, par conséquent un objet intelligible en qui cesse cette contingence. Puis quand une fois nous avons pris la liberté d'admettre, hors du champ de la sensibilité, une réahté existant par elle-même, et de considérer les phénomènes comme de simples modes contingents de représentation d'objets intelligibles, d'êtres qui sont eux-mêmes des intelligences, il ne nous reste plus autre chose que l'analogie, suivant laquelle nous employons les concepts de l'expérience pour nous faire quelque concept des choses intelligibles, dont nous n'avons pas en soi la moindre connaissance. Mais, comme nous n'apprenons à connaître le contingent que par l'expérience, tandis qu'il est ici question de choses qui ne sauraient être des objets d'expérience, nous devrons en dériver la connaissance de ce qui est nécessaire en soi, de purs concepts des choses en général. Le premier pas que nous faisons en dehors du monde sensible nous oblige donc à commencer nos nouvelles connaissances par la recherche de l'être absolument nécessaire, et à dériver • des concepts de cet être ceux de toutes les choses, en tant qu'elles sont purement intelligibles; c'est là Tessaî que nous ferons dans le chapitre suivant.

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