‹ Critique de la raison pure (volume 3)Chapitre 28 sur 57 · IJ · texte numérisé non relu

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178 niALKCTIQUe transgendbntalb

TROISIÈME SECTION

I>efft preu\^e» fie la. raison lipéculaàtlve en fo^evr de rex.lalence €l*un être suprôine

Malgré le pressant besoin qu'a la raison de supposa quelque chose qui puisse complètement servir de principe à l'entendement pour l'entière détermination de ses concepts, elle remarquerait trop aisément ce qu'il f & d'idéal et de purement fictif dans une telle suppositi(»i pour se trouver persuadée par cela seul de la nécessité d'admettre aussitôt comme un être réel une simpto création de sa pensée, si elle n'était pas poussée par un autre endroit à chercher quelque part son repos dans ta régression du conditionnel donné vers l'inconditionoel, lequel à la vérité n'est pas en soi et dans son simple concept donné comme réel, mais peut seul accomplir h série des conditions ramenées à leurs principes. Telle est la marche naturelle que suit chaque raison humaiiie, même la plus vulgaire, quoique toutes n'y restent pas. Elle ne commence pas par des concepts, mais par l'expé- ] rience commune, et elle prend ainsi pour fondement quelque chose d'existant. Mais ce fondement s'affaisse, quand il ne repose pas sur le roc immobile de l'absolue nécessité. Et celui-ci à son tour reste suspendu sans appui, quand il est entouré d'un espace vide, qu'il n^ remplit pas tout lui-même et qu'il laisse encore une place au pourquoi^ c'est-à-dire quand il n'est pas infini eï^ réalité.

DES PREUVES DE l'EXISTENCE DE DIEU 179

S^il existe quelque chose, quoi que ce soit, il faut ccorder que quelque chose existe nécessairement. £n ffet le contingent n'existe que sous la condition d'une ^utre chose qui soit sa cause, et de celle-ci le raisonnenent continue de remonter jusqu'à une cause qui ne soit dus contingente et qui par là existe nécessairement sans audition. Tel est l'argument sur lequel la raison fonde ia progression vers l'être suprême.

Or la raison cherche le concept d'un être à qui connenne une prérogative d'existence telle que celle de la nécessité absolue, non pas pour conclure à priori du concept de cet être à son existence (car si elle s'en croyait capable, elle n'aurait qu'à diriger ses recherches parmi de simples concepts, et elle n'aurait pas besoin de prendre pour fondement une existence donnée), mais seulement pour trouver un concept, entre tous ceux de choses possibles, qui n'implique rien de contraire à la nécessité absolue. En effet elle tient pour déjà démontré par son premier raisonnement qu'il doit exister quelque chose d'absolument nécessaire. Si donc elle peut écarter tout ce qui ne s'accorde pas avec cette nécessité, excepté une dwse, cette chose est l'être absolument nécessaire, que l'on puisse ou non en comprendre la nécessité, c'est-àdire la'dériver de son seul concept.

Or il semble que ce dont le concept contient en soi le pourquoi de toute chose ^, un pourquoi qui n'est défectueux dans aucun cas et sous aucun point de vue, et qui suffit partout comme condition; soit par là même ïêtre à qui convient l'absolue nécessité, puisque, possé-

' Dasjenige âessen Begriff eu allem Warum das Darmi in atc^

180 UIALEGTIQUI TIUItSCENOmAU

daut toutes les conditions de tout le possible, il n'a besoin lui-même d'aucune condition, qu'il n'en est pa» même susceptible, et que par conséquent il satisfait, ti moius d'un côté, au concept de la nécessité absolue, ce que ne ptut faire comme lui tout autre concept qui, étant défectueux et manquant de complément, ne montre pas ce caractère d'indépendance par rapport à toutes les conditions ultérieures. Il est vrai que l'on ne peut encore conclure sûrement de là que ce qui ne contient pas en soi la condition suprême et à tous égards parfaite doive être par là même conditionnel dans son existence ; mais il lui manque pourtant ce caractère unique de l'existence inconditionnelle qui sert à la raison pour reconnaître un être comme inconditionnel au moyen d'un concepts priori

Le concept d'un être possédant la suprême réalité serait donc, entre tous les concepts de choses possibles^ celui qui conviendrait le mieux au concept d'un être absolument nécessaire. Bien qu'il n'y satisfasse pas pleinement, nous n avons pas le choix, et nous nous voyons obligés de nous y tenir, parce que nous ne pouvons jeter au vent l'existence d'un être nécessaire. Mais^ toutes accordant cette existence, nous ne saurions trouver dans tout le champ de la possibilité rien qui puisse élever une prétention fondée à une telle prérogative dans l'existence.

Telle est donc la marche naturelle de la raison hu-* maine. Elle se persuade d'abord de l'existence de quelque être nécessaire, et elle reconnaît dans cet être une existence inconditionnelle. Or elle cherche le concept de ce qui est indépendant de toute condition, et elle le trouve dans ce qui contient soi-même la condition suffisante de

DES PREDTBS DE L'eXlSTfiMCB UB DIEU 181

toute autre ehose, c^est*à-dire dans ce qai contient toute réalité. Mais le tout sans bornes est unité absolue, et il implique le concept d'un être unique, c'est-à-dire de l^tre suprême. La raison conclut ainsi que l'être suprême existe d'une manière absolument nécessaire, comme principe fondamental de toutes choses.

On ne saurait contester à ce concept une certaine sor lidité, quand il s'agit de se décider^ ^ c'est-à-dire quand «ne fois l'existence de quelque être nécessaire est accor- 4ée et que l'on C(mvi^t d'en embrasser la cause, où •qu'on veuille le placer; car alors on ne peut faire un dioix plus convenable, ou plutôt on n'a pas le choix, mais «on est obligé de donner son suffrage à l'unité absolue de la réalité parfaite, comme à la source première de la possibilité. Mais si rien ne nous pousse à nous décider, €t que nous aimions mieux ajourner toute cette affaire jusqu'à ce que nous soyons contraints par le poids des arguments à donner notre assentiment, c'est-à-dire s'il ne s'agit que de jnger ce que nous savons sur cette question et ce que nous nous flattons seulemeut de savoir, le raisonnement précédent ne se montre plus à beaucoup près sous un jour aussi avantageux, et il a besoin que la faveur supplée au défaut des titres qu'il prétend faire valoir.

En ^et, si nous laissons les choses comme elles se présentent ici à nous, c'est-à-dire si nous admettons d'abord que de quelque existence donnée (ne fAt-ce que de la mienne) on peut légitimement conclure à l'existence 4'Qn être absolument nécessaire, et ensuite qu'on doit regarder comme absolument nécessaire un être qui con-

' Wetm vfm Entatfdieszungen die Rede isK

tient toute réalité, partant aussi toute condition, que conséquemment le concept d'une chose à laquelle con> vient l'absolue nécessité est trouvé par là, nous ne pouvons pas encore en conclure que le concept d'un étr& borné qui n'a pas la réalité suprême répugne par cela même à la réalité absolue. Car, quoique dans ce concept je n'atteigne pas Finconditionnel, qui implique déjà par lui-même le tout des conditions, on ne peut cependant pas en conclure que son existence doive être par là même conditionnelle, de même que dans un raisonnement hypothétique je ne puis pas dire : là où n'est pas une certaine condition (c'est-à-dire ici la perfection suivant des concepts), là n'est pas non plus le conditionnel. D nous sera plutôt permis de donner tous les autres étrea bornés comme tout aussi absolument nécessaires, bien que nous ne puissions conclure leur nécessité du concept général que nous en avons. Mais de cette manière notre argument ne nous donne pas le moindre concept des propriétés d'un être nécessaire et il n'aboutit à rien du tout.

Toutefois cet argument conserve une certaine impor-^ tance et une autorité qu'on ne saurait lui enlever tout d'un coup, malgré son insuffisance objective. En effet supposez des obligations tout à fait rigoureuses dans l'idée de la raison, mais qui seraient sans aucune application réelle à nous-mêmes, c'est-à-dire sans mobiles, si nous ne supposions un être suprême qui pût assurer aux lois pratiques leur effet et leur impression ; dans ce cas, nous aurions aussi l'obligation de suivre les concepts qui, bien qu'objectivement insuffisants, sont cependant décisifs selon la mesure de notre raison, et en comparaison desquels nous ne connaissons rien de meilleur et de plus convaincant. Le devoir de

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choisir ^ mettrait ici fin à Tirrésolution de la spéculation par une addition pratique; et même la raison, en sa qualité de juge très- vigilant, ne trouverait en elle aucune justification, si, sous l'influence de mobiles pressants, malgré Tinsuffisance de ses lumières, elle ne suivait ces principes de son jugement, qui sont au moins les meilleurs que nous connaissions.

Bien que cet argument soit transcendental dans le fait, puisqu'il repose sur l'essentielle insuffisance du contingent, il est pourtant si simple et si naturel qu'il se trouve approprié au sens commun le plus vulgaire, dès qu'il lui est présenté. On voit des choses changer, naître et périr; il faut donc que ces choses ou que du moins leur état ait une cause. Mais toute cause qui peut être donnée dans le phénomène ramène à son tour la môme question. Or où placerons-nous plus justement la suprême causalité ^ si ce n'est là où est aussi la causalité la plus Aawfe Vestà-dire dans l'être qui contient originairement en soi la raison suffisante de l'efifet possible, et dont le concept est très-aisément caractérisé par ce seul trait : la perfection absolue*. Cette cause suprême, nous la tenons pour absolument nécessaire, parce que nous trouvons absolument nécessaire de nous élever jusqu'à elle et que nous n'avons aucune raison de nous élever encore au-dessus d'elle. Aussi voyons-nous briller chez tous les peuples, à travers les nuages du plus aveugle polythéisme, quelques étincelles du monothéisme auquel ils sont conduits, non par la réflexion ou de profondes spéculations, mais par la marche naturelle de l'entendement vulgaire, s'éclairant pen à peu.

' Die PfUdd zu wàMm. — ■ Die oberste CausaMtài, — • Die hochste CausàUtàt. — * Aïïbefassende Voïïkommenheit

484 DULECTIQUK TAAriSCEHAEMTAJLE

Il rCy a pour la raison spéculative que trois preuves possibles de l'existence de Dieu

Toutes les voies que Ton peut tenter dans ce dessein partent ou bien de Texpérience déterminée et de la nature particulière de notre monde sensible que Texpérience nous fait connaître, et elles s'élèvent de là, suivant les lois de la causalité, jusqu'à la cause suprême existant hors (b monde; ou bien elles ne prennent pour point de départ empirique qu'une expérience indéterminée, c'est-à-dire nne existence quelconque; ou bien enfin elles font abstraction de toute expérience et concluent tout à fait à priori de simples concepts à l'existence d'une cause suprême. La première preuve est la preuve physico-ihéologique; la seconde, la preuve cosmologiquefet la troisième, la preuve ontologique. Il n'y en a pas, et il ne peut pas y en avoir davantage.

Je démontierai que la raison n'avance pas plus daos l'une de ces voies (dans la voie empirique) que dans l'autre (dans la voie transcendentale), et qu'elle déploie vainement ses ailes pour s'élever au-dessus du monde sensible par la seule force de la spéculation. Four ce qui est de l'ordre dans lequel ces preuves doivent être soumises à l'examen, il sera tout justement l'inverse de celui que suit la raison en se développant peu à peu el dans lequel nous les avons d'abord présentées. On verra en effet que, bien que l'expérience en fournisse la première occasion, ce n'en est pas moins le concept tran^ cendental qui guide la raison dans son effort et fixe dans toutes les recherches de ce genre le but qu'elle s'est pro-

IMPOSSIBILITÉ BB LA PREUVE CNTrOLOGlQUE i^

posé. Je commeiicerai donc par l'examen de la preuve transcendentale, et je chercherai ensuite ce quaPaddition 4e l'empirique peut ajouter à sa valeur démonstrative.

QUATRIÈME SECTION

De rimpoeaibillté d'une preuve ontologique de

FesLlstenee de Dieu

On voit aisément par ce qui précède que le concept d'un être absolument nécessaire est un concept purement rati(mnel, c'est-à-dire une simple idée dont la réalité objective est loin d'être prouvée par cela seul que la raison en a besoin, qui d'ailleurs ne fait que nous renvoyer à une certaine perfection inaccessible, et qui, à proprement parler, sert plutôt à limiter l'entendement qu'à retendre à de nouveaux objets. U y a ici quelque chose d'étrange et de paradoxal : c'est que le raisonnement qui d'une existence donnée en général conclut à quelque existence abBolcrment nécessaire semble être pressant et rigoureux, et que cependant nous avons contre nous toutes les conditions qu'exige l'entendement pour se faire un concept d'une telle nécessité.

On a de tout temps parlé de l'être absolument nécesmre^ et l'on ne s'est pas donné autant de peine pour <^prendre si et conunent on peut seulement concevoir

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une chose de ce genre que pour en démontrer l'existence. Or il est tout à fait facile de donner de ce concept une définition de nom, en disant que c'est quelque chose dont la non-existence est impossible, mais on n'en est pas plus instruit touchant les conditions qui rendent impossible de regarder la non-existence d'une chose comme absolument inconcevable, et qui répondent proprement à la question que l'on veut résoudre ; concevons - nous ou non en général quelque chose par ce concept? En effet, de rejeter au moyen du mot absolu toutes les conditions dont l'entendement a toujours besoin pour regarder quelque chose comme nécessaire, cela est loin de me faire comprendre si par ce concept d'un être absolument nécessaire je pense encore quelque chose, ou si par hasard je ne pense plus rien du tout.

Bien plus, on a cru expliquer par une foule d'exemples ce concept risqué d'abord à tout hasard et à la fin devenu tout à fait familier, de telle sorte que toute recherche ultérieure touchant son intelligibilité parût entièrement inutile. Toute proposition géométrique, comme par exemple qu'un triangle a trois angles, est absolument nécessaire, et l'on a parlé ainsi d'un objet qui est tout à fait en dehors de la sphère de notre entendement, comme si l'on comprenait parfaitement ce que l'on veut dire avec le concept de cet objet.

Tous les exemples donnés ne sont tirés sans exception que des jugemmU^ mais non des choses et de leur existence. Mais la nécessité absolue des jugements n'est pas une nécessité absolue des choses. En effet la nécessité ab«solue du jugement n'est qu'une nécessité conditionnelle des choses, ou du prédicat dans le jugement. La proposition citée tout à l'heure ne disait pas que trois angles sont

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