‹ Critique de la raison pure (volume 3)Chapitre 29 sur 57 · IMPOSSIBILITÉ DE LA PREUVE ONTOLOGIQUE · texte numérisé non relu

IMPOSSIBILITÉ DE LA PREUVE ONTOLOGIQUE

chose absolument nécessaire, mais que, si Ton pose la condition qu'un triangle existe (soit donné), il y a (en lui) nécessairement trois angles. Toutefois cette nécessité logique a montré une si grande puissance d'illusion qu'en se faisant d'une chose un concept à priori qui, dans l'opinion qu'on s'en fait, embrasse l'existence dans sa sphère^ on a cru pouvoir en conclure sûrement que, parce que Pexistence convient nécessairement à l'objet de ce concept, c'est-à-dire sous la condition que je pose cette chose comme donnée (comme existante), son existence est aussi nécessairement posée (suivant la règle de l'identité), et que cet être est lui-même absolument nécessaire, parce que son existence est comprise dans un concept arbitrairement admis et sous la condition que j'en pose l'objet.

Si dans un jugement identique je Supprime le prédicat et conserve le sujet, il en résulte une contradiction, et c'est pourquoi je dis que celui-là convient nécessairement à celui-ci. Mais si je supprime à la fois le sujet et le prédicat, il n'en résulte pas de contradiction ; car il ri y a pins rien avec quoi il puisse y avoir contradiction. Il est contradictoire de poser un triangle et d'en supprimer les trois angles, mais il n'y a nulle contradiction à supprimer en même temps le triangle et ses trois angles. II en est exactement de même du concept d'un être absolument nécessaire. Si vous en supprimez l'existence, vous supprimez la chose même avec tous ses prédicats; d'où peut venir alors la contradiction? Il n'y a rien extérieurement avec quoi il puisse y avoir contradiction, puisque la chose ne peut être extérieurement nécessaire; et il n'y a rien non plus intérieurement, puisqu'on supprimant la chose même, vous avez en même temps supprimé tout

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ce qui est intérieur. Dieu est tout -puissant; c'est là un jugement nécessaire. La toute-puissance ne peut être supprimée, dès que vous posez une divinité, c'està-dire un être infini avec le concept duquel cet attribut est identique. Mais si vous dites: Dieu n'ul poBy alors ni la toute-puissance, ni aucun autre de ses prédicats n'est donné; car ils sont tous supprimés avec le sujet, et dans cette pensée il n'y a pas la moindre contradiction.

Vous avez donc vu que, si je supprime le prédicat d'un jugement en même temps que le sujet, il ne peat y avoir de contradiction intérieure, quel que soit d'aiUeors le prédicat. Or il ne vous reste pas d'autre ressource qne de dire qu'il y a des sujets qui ne peuvent être supprimés, et qui par conséquent doivent subsister. Mais cela reviendrait à dire qu* il y a des sujets absolument nécessaires, supposition dont j'ai justement révoqué en doute la légitimité et dont vous vouliez me montrer la possibilité. En effet je ne puis pas me faire le moindre concept d'ucc chose telle qu'il y aurait contradiction à la supprimer avec tous ses prédicats, et sans la contradiction je n'ai, par des concepts purs à priori^ aucun critérium de l'impos^*bilité.

Contre tous ces raisonnements généraux (auxquels aucun homme ne saurait se refuser) vous m'objectez u^ cas que vous présentez comme une preuve par le fait, en me répondant qu'il y a cependant un concept, mai^ celui-là seulement, où la non-existence est contradictoire en soi, c'est-à-dire dont il y a contradiction à supprime!* l'objet, et que ce concept est celui de l'être absolument réel- II a, dites-vous, toute réalité, et vous êtes fondé à ad^ mettre un tel être comme possible (ce que j'accorde pouT

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le moment, bien que l'absence de contradiction dans un concept soit loin de prouver la possibilité de l'objet *). Or dans toute réalité est comprise aussi l'existence; l'existence est donc contenue dans le concept d'un possible. Si donc vous supprimez cette chose, vous supprimez la possibilité intérieure de la chose, ce qui est contradictoire.

Je réponds : vous êtes déjà tombés dans une contra* diction, lorsque dans le concept d'une chose dont vous Yooliez simplement concevoir la possibilité, vous avez introduit celui de son existence, sous quelque nom qu'il se cache. Si l'on vous accorde ce point, vous avez gagné la partie en apparence, mais eu réalité vous n'avez rien fit, car vous n'avez fait qu'une pure tautologie. Je vous le demande, cette proposition : telle ou telle cXose (que je vous accorde comme possible, quelle qu'elle soit) existej est-elle une proposition analytique ou une proposition synthétique? Dans le premier cas, par l'existence de la chose vous n'avez rien ajouté à votre pensée de cette chose ; mais en ce cas, ou bien la pensée qui est en vous devrait être la chose même, ou bien vous avez supposé une existence comme appartenant à la possibilité, et alors l'existence est soi*disant conclue de la possibilité

* Le concept est toujours possible, quand il u*est pas contradictoire. C'est là le critérium logique de la possibilité, et par là son objet se distingne du nihil negnUivum. Maïs il n'en peut pas moins être un concept vide, quand la réalité objective de la synthèse par laquelle le concept (!tt produit, n'est pas particulièrement démontrée ; et cette démonstration, comme nous Pavons montré plus haut, repose toujours sur des pmeipes d'expérience possible, et non sur le principe de l'analyse (le principe de contradiction). Nous sommes ainsi avertis de ne pas conclure aussitôt de la possibilité (logique) des concepts à la possiMlité (réelle) des choses.

interne, ce qui n'est qu'une misérable tautologie. Le mot réalité^ qui dans le concept de la chose sonne tout autrement que l'existence dans le concept du prédicat^ ne résout pas la question. Car, si vous appelez réalité tout ce que vous posez ^ (quoi que ce soit), vous avez déjà posé et admis comme réelle, dans le concept du sujet, la chose même avec tous ses prédicats, et vous ne faites que vous répéter dans le prédicat. Si vous avouez au contraire, comme le doit faire tout être raisonnable, que toute proposition relative à l'existence est synthétique, comment voulez-vous soutenir que le prédicat de l'existence ne peut se supprimer sans contradiction, puisque cet avantage n'appartient proprement qu'aux propositions analytiques, dont le caractère repose précisément là-dessus?

Je pourrais espérer avoir directement anéanti cette vaine argutie par une exacte détermination du concept de l'existence, si je n'avais éprouvé que l'illusion qui nait de la confusion d'un prédicat logique avec un prédicat réel (c'est-à-dire avec la détermination d'une chose) repousse presque tout éclaircissement. Tout peut servir indistinctement de prédicat logique, et le sujet peut se servir à lui-même d'attribut, car la logique fait abstrac-tion de tout contenu. Mais la déterminaiion est un prédicat qui s'ajoute au concept du sujet et l'étend. Elle ne doit donc pas y être déjà contenue.

Être n'est évidemment pas un prédicat réel, c'est-à-dire un concept de quelque chose qui puisse s'ajouter au concept d'une chose. C'est simplement la position d'une chose ou de certaines déterminations en soi. Dans l'usage logique il n'est que la copule d'un jugement. La proposition : Dim-

' Allés Setzen.

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