‹ Critique de la raison pure (volume 3)Chapitre 41 sur 57 · CRITIQUE DE TOUTE THÉOLOGIE SPÉCULATIVE · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE TOUTE THÉOLOGIE SPÉCULATIVE

Si l'on aimait mieux révoquer en doute toutes les démonstrations précédentes de l'analytique, que de se laisser enlever toute confiance dans la valeur de preuves depuis si longtemps employées, on ne saurait cependant refuser de satisfaire à ma réclamation, quand je demande qu'on justifie du moins les moyens et les lumières auxquels on se fie pour dépasser toute expérience possible par la puissance des seules idées Je prierai que l'on me fasse grâce de nouvelles preuves, ou d'un remaniement des anciennes. En effet, bien qu'on n'ait pas ici beaucoup de choix, puisqu'enfin toutes les preuves purement spéculatives aboutissent à une seule, à la preuve ontologique, et qu'ainsi je n'aie point à craindre d'être extrêmement accablé par la fécondité des défenseurs dogmatiques de cette raison affranchie des sens; bien qu'en outre, sans me croire pour cela très-batailleur, je ne veuille reculer devant le défi de découvrir dans chaque essai de ce genre le paralogisme caché et d'en rabattre ainsi les prétentions; comme l'espérance d'un meilleur succès n'abandonnera jamais entièrement ceux qui sont une fois accoutumés à la persuasion dogmatique, je m'en tiens à cette unique et juste réclamation : c'est que l'on justifie par des raisons générales et tirées de la nature de l'entendçment humain, ainsi que de toutes les autres sources de connaissance, la manière dont on prétend s'y prendre pour étendre tout à fait à priori sa connaissance, et la pousser jusqu'à un point où aucune expérience possible et par conséquent aucun moyen ne sauraient plus garantir à un concept formé par nous-mêmes sa réalité objective. De quelque manière que l'entendement soit arrivé à ce concept, l'existence de l'objet n'y peut être n. 15

trouvée analytiquement,, puisque la cormaissance de Vezistence de l'objet consiste précisément en ce qu'il est posé par lui-même hors de la pensée. Mais il est absolument impossible de sortir par soi-même d'un concept, et, en abandonnant le fil de l'expérience (qui ne nous donne jamais que des phénomènes), de parvenir à la découverte de nouveaux objets et d'êtres transcendants.

Mais, bien que la raison dans son usage purement spéculatif ne soit pas à beaucoup près capable d'atteindre un but si élevé, je veux dire l'existence d'un être suprême, elle n'en a pas moins ce très-grand avantage d'en rectifier la connaissance, dans le cas où cette connaissance pourrait être puisée quelque part ailleurs, de la mettre d'accord avec elle-même et avec toute fin intelligible, de la purifier de tout ce qui pourrait être contraire au concept d'un être premier, et d'en exclure tout mélange de limitations empiriques.

La théologie transcendentale conserve donc, malgré toute son insuffisance, une utilité négative très-importante : elle est une censure continuelle de notre raison, quand celle-ci n'a affaire qu'à des idées pures, qui par là même ne permettent pas une autre mesure qu'une mesure transcendentale. En effet, si une fois, à un autre point de vue, peut-être au point de vue pratique, rht/pùthèse d'un être suprême et absolument suffisant, comme intelligence suprême, étabUssait sa valeur sans contradiction, il serait alors de la plus grande importance de déterminer exactement ce concept par son côté transcendental, comme celui d'un être nécessaire et souverainement réel, d'en écarter ce qui est contraire à la suprême réalité, ce qui appartient au pur phénomène (à l'anthropomorphisme dans le sens le plus large), et en même

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