INTRODUCTION
DE L'ÀfPAHSnCI TlunsClHDAItTlLE.
392. Nous avoDs appelé plus haut la Dialectique en géuéral une Logique de l'apparence. Ce qui ne veut pas dire qu'elle soit une théorie de la vraisemblance, car la vraisemblance ^t vérité , mais connue par des principes insuffisants. La vraisemblance est donc une connaissance défectueuse, mais non pas fausse pour autant, et qui , par conséquent , ne doit pas être séparée de la partie analytique de la Logique. Le phénomène et lapparence doivent encore être moins pris pour identiques. Car ni la vérité ni l'apparence ne sont dans l'objet considéré comme perçu, mais dans le jugement qui a porté sur cet objet, en tant que cet objet est
' 2 LOaiQUE TRANSCENDAHTALE.
conçu. On peat donc ttèe bien dire que les sens ne se trompent point, non parce qu'ils jugent toujours juste, mais parce qu'ils ne jugent pas du tout. La vérité ei l'erreur, par conséqueiU aussi l'apparence comme entraînement à l'erreur, ne se trouvent que dans le jugement , c'est-à-dire dans le seul rapport de la chose à notre entendement. Dans une connaissance universellement d'accord avec les lois de l'entendement, it n'y pas d'erreur. 11 n'y en a pas davantage dans une représentation des sens (parce qu'elle ne contient aucun jugement). Mais, comme aucune force de la nature ne peut d'elle-même dévier de ses propres lois, ni l'entendement par lui seul (sans ibfluence d'une autre cause), ni les sens coBàdécés mi enz^mântes ne se trompent : le premier , par la raison que , s'il agit simplement suivant ses lois, l'effet (te jugement) doit nécessairement s'accorder avec elles. Mais l'accord avec les lois de l'entendement constitue le formel de toute vérité. Dans les sens il n'y a point de jugement, ni vrai ni faux. Or, comme nous n'avons d'autres sources de connaissuices que ces deux-là, il s'en suit «pie l'erreur a'arrive que par l'influence non remarquée de la sensibilité sur l'entendement ; ce qui a lieu lorsque les principes subjectifs du jugement se confondent avec les principes objectifs, et font dévier ceux-ci de leur destination (1). Il en est ici comme d'un corps qui suivrait toujours la ligne droite s'il était abandonné à une seule impulsion,
(1); La sNuibUîté BoamiM & l'entondemBiit, comme l'objet aaqael celui-ci applique u fonction , est la sonrce des connaissaoces réelles. ■sis la mtaie seDsibilité, en tant qu'elle influe sur t'aetioD mflme de l'entendonent et le cUtenotAe i. jnger, est le principe de l'erreur.
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DIALECTIQ0E TIUNSCEND&NTALE. 3
mus qui décrit une ligne courbe û un aotre corps lui imprime une direction différente. Pour distingua l'aotion propre de l' entendement de la force qui se môle avec elle , il faut donc considérer le jugement erroné comme la diagonale résultant de deux forces par le»* quelles le jugement est déterminé suivant deux directions différentes, qui forment pour ainsi dire un angle, et résoudre cet effet composé en simple effet de l'entendement et en simple effet de la sensibilité ; ce qui doit se faire par des jugements purs a priori au moyen de la réflexion transcendantale , par laquelle (ainsi- qu'on l'a déjà vu) toute représentation a sa place désignée dans la faculté de connaître qui lui correspond, par laquelle, conséquemment, l'inOuence de la sensibilité sur l'entendement est aussi distinguée.
393. Notre objet n'est pas ici de traiter de l'apparence empirique (v. g., de l'optique) qui se leacontre dans l'usage empirique des lois , d'ailleurs justes, de l'enlenderoent, et par laquelle la faculté de juger est entraînée au moyen de l'influence de l'imagination; nous n'avons affaire qu'à cette apparence transcenda»taie, qui influe sur des principes dont l'usage ne se rapporte pas même à l'expérience (auquel cas nous aurions au moins une pierre de touche pour éprouver leur valeur) , mais qui nous emporte nous-mêmes , contre tous les avertissements de la critique, hors de l'usage empirique des catégories, et nous impose par l'illusion de l'extension de ïentendemmt pur. Nous f^peUerons immanents les principes dont l'application se tient dans 1^ bornes de l'expérience possible; mais nous appeilercois principes iranscendmUs ceux qjii- dépassent ces hontes, ie ne comprends cependant pas
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4 LOGIQDB TRANSCEIIDANTALE.
parmi ceux-ci l'usage ou plutôt l'abus transcendantal de8catégories,quin'est qu'une simple lued'uD jugement que ne contient pas assez la critique et qui ne fait pas attention aux limites du seul fond qui puisse servir de thé&tre à l'entendement ; mais j'entends des principes réels, qui nous déterminent à renverser ces bornes, et k nous mettre en possession d'un terrain entièrement nouveau, sans limites. Le transcendantal et le transcendant ne sont pas identiques. Les principes de l'entendement pur, que nous avons exposés plus haut, ne doivent recevoir qu'un usage empirique, et non un usage transcendantal ou qui dépasse les bornes de l'expérience. Mais un principe qui arrache ces bornes , et qui ordonne mfime de les franchir, s'appelle transcendant. Si notre critique peut parvenir à mettre à découvert l'apparence de ces prétendus principes , alors ceux du simple usage empirique, par opposition à ces derniers, pourront s'appeler principes immanents de l'entendement pur.
394. L'apparence lo^que, qui consiste dans la simple imitation de la forme de la raison (l'apparence des faux raisonnements ou paralogismes) , résulte du seul défaut d'attention à la règle logique. Aussitôt, par conséquent, que cette r^le est appliquée à un pareil cas, disparaît l'apparence. L'apparence transcendantale , au contraire, ne discontinue pas, quoique mise à découvert , et quoique la vanité en ait été aperçue clairement par le secours de la critique transcendantale (v. g., l'apparence dans la proposition : Le monde doit avoir un commencement suivant le temps). La cause en est que, dans notre raison (subjectivement considérée comme faculté de la connaissance humaine), sont des
DIÂLECTlOtTE TRANSCENDÀnTALB. 5
règles fondamenl^es et des maximes de son usage qui ont tout à fait l'apparence de principes objectifs, d'où il arme que la nécessité subjective d'une certaine liaison de nos concepts en faveur de l'entendement est prise pour une nécessité objective des déterminations des choses en soi. Illusion qu'il n'est pas plus possible d'éviter, qu'il ne l'est que la mer ne paraisse pas plus haute loin des terres qne près du rivage, parce que nous la voyons par des rayons plus élevés; — ou pas plus encore que l'astronome lui-même ne peut empêcher que la lune ne lui paraisse pas plus grande à son lever, bien qu'il ne soit pas trompé par cette apparence.
395. La dialectique transcendantale se contente donc de mettre à découvert l'apparence des jugements transcendantauz, et en même temps d'empêcher que cette apparence ne trompe ; mais elle ne pourra jamais faire que cette apparence s'évanouisse et cesse d'être (comme il arrive à l'apparence logique) : nous avons affaire à une illusion naturelle et inévitable, qui repose même sur des principes subjectifs , et les prend pour des principes objectifs ; au lieu que la dialectique logique, dans la solution des paralogismes , n'a affaire qu'à une application vicieuse des principes , ou à une apparence spécieuse dans leur imitation. Il y a donc une dialectique naturelle et inévitable de la raison pure, non celle, il est vrai, dans laquelle s'embarrasse l'homme, faute de connaissance, le gâte-métier, ou celle qu'inventa un sophiste ingénieux pour troubler des gens raisonnables, mais celle qui tient nécessairement à. la raison humaine, et qui , même après que ses illusions sont signalées, ne cesse cependant de lui faire la guerre, de la précipiter constamment dans des erreurs qu'elle a toujours à dissiper de nouveau.
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6 , LOOIQQB TR&HSCRND&nTAU.
Df U UIWII PUR! OMUn S[t«l DB L'iPPAHUfCB TKlAsCBHDANTALE.
396. Toute notre connaissance commence par Içs sens, (L'aù elle gagne l'entendement et s'achève dans la raison, au-delà de laquelle rien de plus élevé ne se trouve en nous pour travailler la- matière de l'intuition et la réduire à l'unité la plus haute de la pensée. Or, je troui^ un certain embarras h donner ici une définition df cette faculté suprême de connaître. Elle a, comme r^otendement, un usage purement formel , c'est-à-dire us usage logique , la raisou faisant abstraction de tout conteou de la connaissance; mais elle a aussi un usage r^, puisqu'elle renferme eUe-mèm^ l'origine de cei^ tiûns concepts et de certains principes, qu'elle n'emprunte ni d^ sens, pi de l'entendement. Depuis longtemps sans doutç, les logiciens ont défini cette première faculté, la faculté de conclure médiatement [h la différence dw QOnçlnsigms immédiates, começuentiù imm^diatis). Hais la seconde, qui engendre des concepts par ellemême, n'« pas encore été prise en considération sous ce rappprt. Puis donc qu'il se présente ici une division de la raison en faculté logique et en faculté transcendantale, il faut chercher un concept plus élevé de cette source dç connaissance, et qui renferme ces deux idées. Cependant nous pouvons nous attendre, d'après l'analogie avec les concepts de l'entendement, que le concept lo-
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-DIALÈHlOtfB WAHSCEMUUtT&LB. 7
gique donnera en même temps là clef du cofice{ft ttUifr* cendantal , et que la table des fonctions deb concepts intellectuels donnera la branche des concepts rationnels.
397. Nous avons dâfmi l'entendement dans la première partie de notre It^que transcendantale : la faculté des règles. Nous en distillons ici la raison, en ce que nous l'appelons h faculté desprmcipes.
398. L'expression Ae principe est ambiguë, et ne signifie communément qu'une connaissance dont nous pouvons faire usage comme principe, quoique, en ellemême et quant h sa propre origine, elle oe soit pas un principe. Toute proposition générale, fût-elle dérivée de l'expérience (par induction), peut servir de majeure dans un raisonnement , mais elle n'est pas pour cela un principe. Les axiomes mathématiques (v. g. , entre deux points il ne peut y avoir qu'une ligne droite), sont des comiaissances g^érales a priori, et sont appela, avec raison, des principes relativement aux cas qui leur sont soumis. Mais je ne puis pas dire pour oela que je connais cette propriété de la ligne droite en. géoénU et en soi, par principes; je ne la connais qu« dans l'intuition pure.
309. j'appellerai donc coonaissance par principes cdle qui a lieu quand je connais le particulier dans le général su moyen de concepts. Tout nusonnMnent est ainsi une manière de dériver une conufùssaooe âe qoel-^ que principe. Car la majeure donne toujours un omtfept qui &it que tout ce qui eet subsumé à n con^tion est connu par elle d'après un principe. Or, comme tD«t« eonaussance gtoéralé peut servir dé majeure dans un raisonn^nent, et que l'entendement fournit de CM pro-
positions générales a priori, elles pourront donc être appelées principes par rapport à leur usage possible.
400. Mais si nous considérons ces principes de l'entendement pur en soi, quant à leur origine, ils ne sont rien moins que des connaissances résultant de concepts; car ces connaissances ne seraient pas même possibles a priori, si nous n'y faisions entrer l'intuition pure (dans les mathématiques), ou des conditions d'une expérience possible en général. Le principe : tout ce qui arrive à une cause, ne peut absolument pas être conclu du concept de ce qui arrive en général. Ce principe fait plutôt voir comment il est possible d'acquérir primitivement un concept empirique déterminé de quelque cbose qui arrive.
L'entendement ne peut donc tirer de concepts des connaissances synthétiques, et ces connaissances sont ce que j'appelle proprement principes [principes absolus]; tandis que toutes les propositions universelles, en général peuvent s'appeler principes comparatifs [ou relatifs].
401. C'est un vœu bien ancien, et qui s'accomplira peut-être je ne sais dans combien de temps, que celui de pouvoir découvrir enfin, au lieu de l'infinie variété des lois civiles, leurs principes ; car en cela est tout le secret de simplifier, comme on dit, la législation. Mais les lois ne sont ici que des restrictions de notre liberté à. des conditions sous lesquelles elle est universellement d'accord avec elle-même; elles ont donc pour objet quelque chose qui est tout à fait notre propre ouvrage et dont nous pouvons nous-mêmes être cause par ces concepts. Mais s'il n'est pas impossible, il est du moins très étrange de demander comment des objets en soi, et par conséquent la nature des choses, sont soumis à des
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principes et doivent en être déterminés suivant de simples concepts. Quoi qu'il en soit cependant (car c'est une recherche encore à faire), il est clair au moins que la connaissance par principes (en soi) est tout à fait différente de la simple connaissance intellectuelle, qui peut, à la vérité, précéder les autres connaissances sous la forme d'un principe, mais qui, par elle-même (en tant qu'elle est synthétique), ne repose pas sur la simple pensée et ne contient point en soi quelque chose de général suivant des concepts.
402. Si l'entendement peut être une faculté de l'unité des phénomènes par le moyen de règles, la raison est alors la faculté de l'unité des lois de l'entendemeut sous des principes. Elle ne concerne donc jamais immédiatement l'expérience ou un ohjet quelconque, mais l'entendement, pour donner de l'unité a priori f8.t des concepts aux connaissancesdiversesdeTentendement, unité qu'on peut appeler rationnelle, et qui est d'une tout autre espèce que celle qui peut dériver de l'entendement.
403. Tel est le concept général de la faculté-raison, autant qu'il peut s'expliquer sans des exemples (qui ne seront donnés que plus tard.)
404. On fait une distinction entre ce qui est connu immédiatement et ce qui n'est connu que par voie de conséquence. Que dans une figure renfermée par trois lignes droites, soient trois angles, c'est immédiatement connu ; mais que ces angles pris ensemble soient égaux à deux angles droits, c'est ce qui n'est connu que par
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iO LofflQire i%w9CBNtujrrAUG.
voie de oonséquence. Comme doqs avons «onstamment besoin d'un raiBonnemeDt, et que doub nous y accoatnmoDB uifin, il arrive que noufi ne mmorquons plus<»tt8 dférence, et que nous posons souvent, comme par exemple dans l'illusion dite des sens, que nons aperoevous immédiatement ce qni n'est cependant qne conclu. Dans tout raisonnement est une proposition fondamentale, et une autre qui s'en forme, savoir, la conclu^sion, et enfin la conséquence, suivant laquée la venté de la seconde proposition est nécessairement liée à la vérité de la première. Si dans celle-ci se trouve déjà le jugonent conclu, de manière qu'il puisse être tiré sans l'intervention d'une troisième représentation, la conclusi4»i s'appelle immédiate {consequeatia immedista), qne j'umerais mieux appeler conclusion intellectuelle. Hais si, outre la connaissance posée en principe , il faut un autre jugement pour arriver à la conclusion, cette conclusion s'ïqtpelle alors raisonnement rationnel. Dans cette proposition : tous les hommes sont mortels, sont déjà les propositions : quelques hommes sont mortels, — quelques mortels sont hommes, — rien d'immort^ n'est homme; et ces propositions sont par conséquent des conclusions immédiates de la première. Au contraire, la proposition : tons les savants sont mortels, n'est pas dans le jugement susdit (car le concept de savant n'y est pas compris), et il n'en pourra résulter, à moins d'un jugement intermédiaire.
405. Dans tout raisonnement rationnel ou médiat, je pense d'abord une règle [major] par Y entendement. En second lieu, je subsume une connaissance à ta condition de la règle [minor] par le moyen an jugement pur. Enfin, je détermine ma connaissance par le prédicat de la règle
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DiàLKcnQm tftAXÈGEmyunhix. Il
{(imclmi&), p8T coïKéqnent a priori, par la nwOTi. Le rapport que représente la majeure, oorame la i^g^ entre une connùssance et sa condition, constitue donc ^flérraites e^tèces de raisonnements. Il sont de trois sortes, ni pins ni moins, de même que tous les jugemuits en général, suivant la manière dont ils expriment le rapport de la connaissance dans l'entendement, saTroir : les raisonnements médiats catégoriques, ou hypothétiques, ou disjomtifs,
406. Si, comme ii arrive le plus souvent, la conclusion est donnée comme un jugement, alors, pour voir si ce jugement ne découle pas de jugements déjà donnés, par lesquels un tout autre objet est encore pensé, je cherche dans l'entendement l'assertion de cette conclusion pour savoir si elle ne s'y trouve pas sous certaines conditions conformément à une règle générale. Or, si je trouve une telle condition, et que l'objet de la conclusion se subsume à la condition donnée, alors cette conclusion résulte de la règle qui vaut aussi pour les attires objets de la cotmaissance. D'où l'on voit que la raison cherche, dans les raisonnements, à ramener la grande variété de la connaissance de l'entendement à un très petit nombre de principes (conditions générales) , et s'efforce par là d'obtenir leur unité la plus élevée.
407. Peut-on isoler la raison, et, si on le peut, estelle encore alors la source particulière d'idées et de jugements qui ne dérivent que d'elle, et par lesquels elle se rapporte aux objets ; ou bien est~elle seulement une
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ii LOGIQUE TBANSCENDANTALE.
faculté subalterne dont la destination soit de donner une certaine forme aiix connaissances données, forme qu'on appelle logique, et par laquelle les connaissances de l'entendement sont soumises respectivement les unes aux autres, et les règles secondaires à d'autres règles supérieures {dont la condition renferme dans sa sphère la condition des précédentes), autant que faire se peut par leur comparaison? Telle est la question dont nous nous occuperons préalablement. Dans le fait, la variété des règles, l'unité des principes, sont deux choses exigées par la raison pour maintenir l'entendement dans un accord universel avec lui-même, de la même manière que l'entendement soumet la variété de l'intuition aux concepts, et par ce moyen lui donne de la liaison. Mais un tel principe ne prescrit aucune loi aux objets, et ne renferme pas la raison de la possibilité de les connaître et de les déterminer comme tels en général ; il est simplement une loi subjective pour l'usage économique de l'acquis de notre entendement par la comparaison de ses concepts, une loi tendant à soumettre l'usage général de ces concepts au plus petit nombre de concepts possible, sans que l'onpuisse pour cela demanderavec raison, touchant les objets mêmes, un accord qui serve à la commodité et à l'extension de notre entendement, et donner à cette maxime une valeur en même temps objective. En un mot, la question est de savoir : Si la raison en soi, c'est-à-dire la raison pure a priori, contient des principes et des règles synthétiques, et en quoi ces principes peuvent consister?
408. Le procédé formel et logique de la raison dans le raisonnement médiat nous montre suffisamment sur quel fondement son principe transcendantal doit re-
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DIALECTIQUE TBANSCENDÂNT&LE. 13
poser dans la connaissance synthétique par raison pure.
409. 1° Le raisonnement rationnel [ou médiat, que nous n'appellerons plus désormais que i-aisonnement] ne considère pas des intuitions pour les soumettre à des règles {comme le fait l'entendement pratique avec sescatégories), mais des concepts et des jugements. Quoique , par conséquent , la raison pure concerne des objets , elle ne s'y rapporte point immédiatement ni à leur intuition, mais seulement à l'entendement et à ses jugements , qui s'appliquent immédiatement aux sens et à leur tntuitiou , pour en déterminer l'objet. L'unité rationnelle n'est donc pas l'unité d'une expérience possiUe ; elle en diffère essentiellement comme elle diffère de l'unité de l'entendement. Que tout ce qui arrire ait une cause, ce n'est pas là un principe reconnu et prescrit par la raison. Ce principe rend possible l'unité de l'expérience, et n'emprunte rien de la raison, qui, sans ce rapport à l'expérience possible, n'aurait pu, par des concepts seuls, prescrire cette unité synthétique.
410. 2* La raison cherche dans son usage logique la condition générale de son jugement (de la conclusion), et le raisonnement n'est même autre cbose qu'un jugement par le moyen de la subsomption de sa condition à une règle générale (la majeure). Or, comme cette règle est exposée à son tour à cette même recherche de la raison, et qu'ainsi la condition de la condition doit (par le moyeu d'un prosyllogisme) être cherchée aussi loin que possible, on voit bien alors que le principe propre de la raison en général (dans l'usage lexique) est de trouver à la connaissance conditionnée de l'eu-
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14 LOeiQUB TIUU4SCENDANTALB.
tendeiiient l'absolu, au moyeu duquel son uuUé est accomplie.
4.11 . Mais cette maxime lo^quene peut 6tre un priacipe de la raison pure qu'autant que l'on admet que si le conditionné est donné, toute la série des conditions subordonnées entre elles , série qui , par conséquent, est elle-même inconditionnée, est aussi donnée (c'est-^dire comprise dans l'objet et sa liaison). ,
41 â. Mais ce principe de la raison pure est yisiblement synthétique; car le conditionné se rapporte analytiquement, il est vrai, à une condition, mais pas à l'absolu. De ce même principe doivent résulter différentes propositions synthétiques à l'égard desquelles l'entendement pur ne sait rien, puisqu'il n'a affaire qu'aux objets de l'expérience possible, dont la connaissance et la synthèse sont toujours conditionnées. Mais l'absolu^ quand il a effectivement lieu, est considéré en particulier d'après toutes les déterminations qui le distinguent du conditionné, et doit par là donner matière à plusieurs propositions synthétiques a priori.
413. Mais les propositions fondamentales résultant de ce principe suprême de la raison pure seront transcendantes par rapport à tous les phénomènes , c'est-àdire qu'aucun usage empirique de ces propositionsprincipes ne pourra jamais lui être adéquat. Il se distingue donc de tous les principes de l'entendement (dont l'usage est absolument immanent, puisqu'ils n'ont pour objet que la possibilité de l'expérience). Or, la dialectique transcendantale a pour objet d'examiner si ce principe : la série des conditions (dans la synthèse des phénomènes, ou même de la pensée des choses en g^érsj) s'étend jusqu'à l'absolu , possède ou nott une
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DIAUSCTIQUE laUJSCENDAHXALE. . 15
valfiiu QbjectlT&, el de faire eoima!tre les conséquences qui ai dâoaulent pour l'usage empirique de l'entaulemeof ; ou plutAt d'exauÙBer s'il n'y a aucune propositioQ ratioimeUe d'une valeur objective , s'il n'y a , au contraire, qu'un précepte purenient logique de s'élever toujours à des conditions de plus en plus hautes pour appcQcher de plus [irës de l'intégralité , et par là soumettre notre connaissance à la plus haute unité rationnelle à. nous possiUe ; si ce besoin de la raison est pris par erreur pour un principe transcendantal de la raison pure, qui exigerait témérairement une telle plénitude absolne touchant la série des conditions dans les objets mêmes; enfin de' voir quels sont, dans ce cas, les malentendus et les illusions qui peuvent se glisser dans les raisoimements après que la majeure en a été prisa de la raison pure (ce qui est peut-être plus une pétition (pi'uo ^o«talat) , et qui s'élèvent de l'expérience à sa condition.. TeJUIie sera donc notre tâche dans la dialectique. traoGcsndaotala Nous développerons cette dialectiq]ue dans ses som-ces profondément cachées au fond da la raison humaine. Nous la. partagerons en deux, parties grincigales i dans la première , nous traiterons, ôm wncepts transcendantaux de la raison pure ; dans la. sec(md&, de ses raisomiements transcendants et dialectiques.
DIALECTIQUE TRANSCENDAMTALE.
UVBE PRXHIBB. Dei concepts de U ndaoo pnn.
44ti.. Quoiqu'il eu soit de la possibilité des coDCâpts^le larùson pure,,ils.n(isii>nt passimplament réfléchis, mais
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16 LOGIQUE TRAMSCENDANTALE.
encore conclus. 11 y a aussi des concepts de l'entendement qui sont conçus a priori, c'est-à-dire avantl'expérience et pour la rendre possible; mais ils ne contiennent que l'unité de la réflexion sur les phénomènes en tant que ces phénomènes doivent nécessairement appartenir à une conscience empirique possible. La connaissance et la détermination d'un objet ne sont possibles que par le moyen de ses concepts. Ils sont donc les premiers à donner matière à conclusion, et ne sont précédés d'aucun concept a priori d'objets dont ils puissent se conclure. Leur réalité objective repose au contraire simplement sur ce que , constituant la forme intellectuelle de toute expérience, leur application doit toujours pouvoir être montrée dans l'expérience.
415. Mais la dénomination d'un concept rationnel indique déjà par anticipation qu'il ne veut point être circonscrit dans l'expérience, parce qu'il se rapporte à une connaissance dont toute connaissance empirique n'est qu'une partie (peut-être le tout de l'expérience possible, ou de sa synthèse empirique), et à laquelle une expérience réelle ne suffit jamais parfaitement, quoiqu'elle .en fasse cependant toujours partie. Les concepts rationnels servent à comprendre [zum Begreifen) , comme les concepts de l'entendement à entendre (zum Verslehen) (les perceptions). Lorsqu'ils renferment l'absolu, ils se rapportent à quelque chose qui contient toute expérience, mais qui n'est jamais lui-même un objet de l'expérience; à quelque chose à quoi la raison conduit dans ses conclusions en partant de l'expérience, et d'où elle apprécie et mesure le d^ré de l'usage empirique de ces concepts, mais qui ne forme jamais un membre de la synthèse empirique. Si néanmoins ces concepts ont une valeur
DIAUCnQCB TBAHSCENIMJRALB. 17
objectiye, on peut les appeler conceptus ratioemati (concepts légitimement déduits); dans ie cas contraire, ils sont au moins délusoires par une apparence de conclusion, et peuvent s'appeler conceptus ratiocinantes {concepts dialectiques [sophistiques]). Hais conmie ceci ne peut être décidé qu'au chapitre des raisonnemebts dialectiques de la raison pure, nous ne pouvons pas encore en parler. De la même manière cependant que nous avous appelé catégoriques les concepts purs de l'entendement, nous appellerons provisoirement les concepts de la raison pure du nom nouveau d'Idées transcendantales. Il s'agit maintenant d'expliquer et de justifier cette dénomination.