‹ Critique de la raison pure (volume 4)Chapitre 10 sur 39 · ANTITHÈSE · texte numérisé non relu

ANTITHÈSE

533. H n'y a pas de liberté, mais tout dans le monde arrive suivant des lois naturelles.

5M. Supposez qu'il y ait une liberté, dans le sens transcendantal, comme espèce particulière de causalité suivant laquelle les événements du monde pourraient avoir lieu, c'est-à-dire une faculté de commencer absolument on état , par conséquent nue

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THAi£cnQae transcendahtale. 97

série commencera absolument en vertu de cette spontanéité, mais encore la détermination de cette spontanéité même à produire la série, c'est-à-dire la causalité; tellement qne rien ne précède eo vertD de quoi cette action qui arrive soit déterminée suivant des lois constantes. Mais tout commencement d'action suppose uu état de la cause encore non agissante ; et un commencement dynamiquement premier de l'actioD suppose un état qui n'a aucun rapport de causalité avec le passé de la même cause, c'est-à-dire qui n'en résulte d'aucune manière. La liberté transcendantale est donc opposée à la loi de causalité, et une liaison des états successifs produits par des causes efficientes, suivant laquelle aucune usité expérimentale n'est possible, et qai par conséquent ne se trouve dans aucune expérience , n'est donc qu'un vain être de raison.

S35. C'est donc uniquement dans la nature que nous devons chercher l'enchaînement et l'ordre des événements du monde. La liberté (l'indépendance) à l'égard des lois de la nature, est à la vérité un affranckiesement de la la contrainte; mais c'est aussi on affi-anchissement du fil conducteur de toutes les règles. Car on ne peut pas dire qu'au lieu des lois de la nature, des 1(hs de la liberté pénètrent dans la causalité du cours du monde, parce qne ^ cette causalité, était déterminée suivant des lots, elle ne serait pas liberté; au contraire, elle ne serait autre chose que la nature. Par conséquent la nature et la liberté transcendantale se distinguent comme la légalité et la licence. La première, à la vérité, fatigue l'entendement par la difficulté de rechercher de pins en pins hant l'origine des événements dans la série des causes, parce que la causalité est toujours conditionnée'en eux ; mais elle promet en retour une onité d'expérience universelle et légale. Au contraire, l'illusion de la liberté promet, il est vrai, du repos à l'entendement qui scrute dans la chaîne des causes, puisqu'elle le woduit à une causalité inconditionnée ou absolue, qui commence à agir d'elle-raérne; mais comme cette causalité est aveugle, ^e rompt le fil conducteur des règles, suivant lequel seulement une expérience universellement liée dans toutes ses parties est possible.

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M UMUOtra TItANBCBim4MTU.B.

S36. L'iSée transcendantale de la liberté ne forme pas i beaucoup près, il est vrai, le conienn total ia eoscept psjiAologiqae de ce nom, concept qni est en grande partie emplrigne ; eDe ne forme (jue celai de la spontanéité absolue de l'action , coninw raison propre de Timpatabilité de cette action. Néamnoins ce concept est la pierre d'achoppement de la philosophie, cfni trooTC des difficultés insurmontables à reconnaître cette espèce de cansalité absolue. Ce qui , par conséquent, dans la question snr la liberté de la volonté, a mis jusqu'ici la raison spécnlatire dans on si g^rand embarras, n'est que transcendantal, et a seulement pour objet de savoir si une faculté de commencer spontanément < nne série de choses on d'états successifs doit être admise. Il n'est pas nécessaire de dire comment une faculté de cette nature est possible, puisque nous sommes également obligés de noos boraer, en fait de causalité suivant des lois naturelles, k reconnaître « priori qa'une telle causalité doit être supposée, quoique nous ne comprenions pas du tout comment il est possible qu'en vertu d'une certaine existence, l'existence d'une autre chose soit posée, et que nous soyons ainsi forcés de nous en tenir simplement i l'expérience. Nous n'avons donc proprement prouvé cette nécessite d'un premier commencement d'une série âe phénomènes par la liberté, il est vrai, qu'autant qu'il est îndispensaUe pour conc»voir nne origine au monde, tandis que l'on peut prendre tons les états successifs pour nue dérivation d'après des lois purement physiques. Mais parce que la faculté de commencer toot i fait spontanément nne s^e dans le temps vient cependant d'ëtreenfin démontrée par là (quoique non aperçue), il nons est aussi perrùis maintenant de faire commencer spontanément difTérentes séries m railien du cours du monde, et d'attribuer i lenrs snbstincei one faculté d'agir librement. H ne faut pas toutefois se laissa* embarrasser ici par no malentendu, i savoir que, puisqu'aiic série successive ne peut avoir dans le monde un premier coBf mencement que comparativement, un état de choses dansie monde

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DIALECTIQUE TRAKSCEHDAinAU. 99

«n prêchant toujoan un antre, aocon imntier commeDcoment abMln des séries n'est sans dOuM absolBinenl poKible pendant le coan du monde. Car nous né parlons pas ici d'an ccanmenceiuenl «teolument premier qoant an temps, mais guant à la caïualitâ. Si pr^nlementiParexempIc.jesnisparfaitementlibredeBie lever de mon ^ége, et que, sans l'inOnence de cames pbysiqnes néeeSr sairement d^rminsntes, Je me lève en effel, dans cet âvénemeiil commence alors une série absoloment nonvelle avec toutes ses «nséiiaences naturelles à l'inflnl, qaolqie, ii l'égard do temps, etsl événement ne soit que la cnntinoation d'nte série précédente', ur cette résolution et ce fait ne sont pas une simple dérivation deracUondelanatnre; ils n'en sont pis une simple continuation, mais leurs canses naturelles déterminâmes remontent indéfioiment haut ; en sorte que ce donble événement, qui , i la Térité. les suit, mais sans en dériver, ne doit par conséquent pas être appelé un commencement absolument premier d'une série de phénomènes quant au temps, U est vrai, mais bien par rapport i la causalité.

K37. La confirmation de la nécessité oà se trouve la raison de s'en rapporter, dans la série des causes naturelles, à un premier commencement par liberté, se fait remarquer d'une manière très frappaote dans ce fait, que tous les philosophes anciens, excepté cenx de l'école empiriqne', se sont vus forcés d'admettre, ponr expliquer les mouvements du monle, un premier moteur, c'estè-dire une cause librement agissante qui ait commencé d'abord et d'dle-méme cette série d'états ; car ils n'ont pas tenté l'expli* cation d'oH premier commencement par simple nature.

s* ftm l'intilliba.

B38. Lés défenseurs de la toute-puissance de la nature (phyiiih cratie transcendanlale), en opposition à la doctrine de la liberté, pourraient argumenter de la manière suivante cojitre les paralogismesen faveur de cette dernière : St vous ne supposez nen dans le monde de mathémalJquement premier par rapjHtrt au temps, vous n'ave'x pas besoin, non plus de chercher quelque chose de dynamiquement premier quant à la causalité. Qui vous a chargés d'imaginer on état absolument premier du monde, et par consé-

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100 LOOIQCE TRANSCENDAHTAI^.

qaent an comtnencenieat absolu de la série des pbéDOinènes successifs? Et ponvez-Tous psr là donner qii point d'appui à votre ima^nation pour mettre des bornes à la nature illimité? Pnisqne les substances ont toujours été dans le monde , l'unité de l'expérience rend an moins cette supposition nécessaire, il n'y a aucune difficulté à supposer aussi que le changement de leurs états, c'estàHlireune série de leurs changementâ, a toujours été, et, par conséquent, qu'aucun commencement premier, soit mathématique, soit dynamiqne, ne doit âtre cherché. La possibilité d'one telle dérivation infinie, sans un premier membre par rapport auquel tout le reste soit seulement successif, est incompréhensible, il est vrai ; mais si vous voulez pour cela rejeter ces énigmes physiques, vous vous verrez forcés de rejeter plusieurs propriétés fondamentales synthétiques (forces primitives) que vous comprenez aussi peu : et même la possibilité d'un changement en général doit vous paraître choquante; car si vous ne trouviez pas par l'expérience qu'il est réel, jamais vous ne pourriez imaginer a priori comment une telle succession perpétueUe d'existence et de Qon-existence est possible.

B38. Quand môme, en tons cas, ou reconnaîtrait une faculté transcendantale de liberté pour commencer les évolutions du monde, an moins cette faculté ne devrait être qu'en dehors du monde (quoiqu'il y ait toujours use prétention bien téméraire à admettre un objet hors de l'ensemble de toutes les intuitions possibles, objet qui ne peut être donné dans aucune perception possible). Hais dans le monde même, il n'est absolument permis à personne d'attribuer une telle faculté aux substances, parce que c'en serait fait alors de l'enchaînement des phénomènes qui se déterminent les uns les autres nécessairement suivant des lois universelles, enchaînement que nous appelons nature; et avec lui disparaîtrait en très grande partie la marque de la vérité empirique, qui distingue la veille du sommeil. Car avec cette faculté de liberté qui n'est soumise à aucune loi, la nature est à peine concevable ; ses lois, en effet, éprouveraient sans cesse des changements par l'influence du libre arbitre, et le jeu des phénomènes, qui serait uniforme et régulier d'après la nature seule, se trouverait par là troublé et sans enchaloement.

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DIALECTIQ1TB TBANSCENDAKTALE. 101

QUATBIÈiœ OPPOSITION DES IDÉES TIUHSCENDAHTAUS,

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