POSSIBILITÉ DE LA CAUSALITÉ
PAR UBERTti
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645. J'appelle inîelligible ce qui, dans un objet des sens, n'est pas phénomène. Si donc (!e qui doit être considéré comme 'phénomène dans le monde sensible possède aussi en lui-même une faculté qui n'est pas un objet de l'intuition sensible, mais par laquelle cependauf il peut être la cause de phénomènes, on peut alors considérer la caiisaliié de cet être sous deux points de vue : comme intelligible quant à son action, c'est alors la causalité d'une chose en soi ; et comme sensible quant h ses e/fets, c'est-à-dire comme causalité d'un phénomène dans le monde sensible. Nous nous ferions donc de la faculté d'un tel sujet un concept empirique, et en même temps un concept intellectuel de la causalité, deux concepts qui ont lieu ensemble dans un seul et même effet. Cette double manière de concevoir la faculté d'un objet des sens ne contredit aucun des concepts que nous devons nous faire des phénomènes et d'une expérience possible; car ces phénomènes n'étant pas des choses eu soi, doivent avoir pour fondement un objet transcendantal qui les détermine comme simples représentations ; en sorte que rien n'empêche que nous ne devions attribuer aussi à cet objet transceudantal, outre la propriété par laquelle il apparaît, une causalité, qui n'est pas phénomène, quoique son e/^et fasse néanmoins partie du phénomène. Hais toute cause efficiente doit avoir un
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CMUkCTÈiu, c'est-à-dire une loi de «a caïualité, sans quoi elle ne serait pas cause. Et alors nous aurions dana nu sujet du monde sensible, premiferement un caractère empirique par lequel ses actions, comme phéoomënes, seraient en rapport avec d'autres phénomènes suivant les lois constantes de la nature, et pourraient en être dérivées comme de leurs conditions, et par conséquent composeraient, par leur rapport avec ces conditions, les anneaux d'une ^rie unique de l'ordre de la nature. On pourrait lui reconnaître encore un caractère mtelligibl». par lequel il est à la vérité la cause de toutes ces actions comme phénomènes, mais sans être soumis à aucune condition de la sensibilité, ^ n'est pas mtofe un phénomène. On pourrait encore appeler le premier, de ces caractères, caractère de cette chose dans le phénomène; le second, caractère de la chose en soi.
Ô46. Ce sujet agissant ne serait donc, quant à son caractère intelligible, soumis à aucune condition de temps ; car le temps n'est que la condition des phénomènes, mais non celui àe» choses en elles-mêmes. En lui ne naîtrait ni nepauerait aucune action ; il ne serait par conséquent pas soumis non plus à la loi de toute détermination de temps, à la'loi de tout ce qui est muable, à savoir que tout ce gui arrive a sa cause dans les ;)AAu)m^s (de l'état précédent). En un mot, sa causalité, en tant qu'elle est intellectuelle, ne serait point dans la série des conditions empiriques qui rendent l'événement nécessaire dans le monde sensible. Jamais, à la vérité, ce caractère intelligible ne pourrait être connu immédiatemeot, parce que nous ne pouvons rien percevoir que ce qui apparaît; mais il devrait néanmoins être conçu selon le caractère empirique, de la même
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DlALBCnODE TRANeCEtntàHTALB. ITI
manièraque nous somimw oblîf^és en général de donner, par lapenaée, pour fondement aux phénomènes, on objet transcendaotal , quoique nous ne sachions rien de ce qu'il est en lui-même.
<147. Conndéré d'aprèi son caractère empirique, oe sDJet senùt donc, comme phénomène, soumis, suivant tontes Isa lois de la détennination , à la liaison causale, et ne serait sous ce rapport qu'une partie du mnide sen^ sible, dont les effets, ctmime tout autre phénomène, découleraient inévitablement de la nature, à mesure que des phénomènes exerceraient sur lui leur influence et que son caractère empirique , c'est-à-dire la loi de sa causalité, serait connu par expérience ; toutes ses actions devraient pouvoir s'expliquer par des lois naturelles, ei tout ce qui est requis pour leur parfaite et nécessaire détermination devrait être trouvé dans une expérience possible.
648. Mais, suivant son caractère intèll^ble (quoiqu'à la vérité nous n'en puissions avoir que le concept purement général), le même sujet devrait néanmoins être déclaré libre de toute influence de la sensibilité et de toute détermination phénoménale; et comme rien n'arrive en lui tant qu'il est noitmène. comme il n'y a aucun changement qui exige une détennipation dynamique de temps, comme par conséquent aucune liaison avec des phénomènes comme causes ne se présente en lui; cet être actif, en tant qu'il serait affranchi dans ses actions de toute nécessité naturelle telle qu'elle se présente dans le monde sensible, serait indépendant et libre. On dirait très bien de lui qu'il commence tie lui-même [ou spontanément] ses effets dans le monde sensible, sans que l'action commence m lui; et cela serait vrai sans que les
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effets dussent pour cela commencer d'eux-mfimes dam le monde sensible, parce qu'ils y sont toujours prédéterminés par des conditions empiriques dans le. temps passé, mais cependant par le moyen seul du caraclère empirique (qui est simplement le phénomfme de l'intelli^ble), et qu'ils ne sont possibles que comme une continuation de la série des causes physiques. Ainsi donc, liberté et nature, chacune dans son sens complet, se trouvent en même temps et sans contradiction dans les mêmes actions, suivant qu'on les compare avec leur cause intelligible ou sensible.