‹ Critique de la raison pure (volume 4)Chapitre 7 sur 39 · On voit par tout cela que la psychologie ratiw · texte numérisé non relu

On voit par tout cela que la psychologie ratiw

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DIALECTIQDE TBAnSGBNDANTALB. 59

nelle tire son origine d'une simple confusion. L'unité de la conscience, qui sert de fondement aui catégories , est prise ici pour l'intuition du sujet comme objet, et la catégorie de la substance y est appliquée. Mais cette unité n'est que celle de la pensée, par laquelle seule aucun objet n'est donné , à laquelle par conséquent la cat^orie delà substance, toujours supposée donnée par l'intuition , ne peut s'appliquer; par conséquent ce sujet ne peut être connu. Le sujet des catégories, par le fait qu'il les pense, ne peut donc pas acquérir un concept de lui-même comme d'un objet des catégories; car, pour les penser, il doit mettre en principe la conscience pure de lui-même ; ce qui cependant devait être expliqué. De même, le sujet, dans lequel la représentation du temps a son principe originel , ne peut déterminer par là sa propre existence dans le temps ; et si ce dernier fait n'est pas possible par les catégories , il en est de même du premier, comme détermination de soi-même (en tant qu'être pensant eu général) (1).

(1) Le cogito est, comme on l'a déjidit, nne proposition empirique, et contient la proposition j'existe. Hiis je ne pais pu dire : toat ce ce qui pense existe; car alors la propriété de penser ferait de Ions les ftres qoi la possèdent des Mres nécessaires. Par conséquent mon eiistencene pent non plus être conclue de la proposition : je pense, comme Descartes l'a crn (parce qu'autrement la majeure, tout ce qni pense existe, derrait précéder), mais mon eiistence est identiqne an eoffito. Cette proposition exprime noe intaition eoapiriqne indéterminée, c'est-à-dire nne peroeption (et par conséqnent démontre que déjà la sensation, qni appartient à la semibilitâ, sert de fondement à cetle proposition énonciatife de l'ezistance) ; mais elle jHrécède l'eipérienee, qoi doit terminer l'objet de la peroepUon, par rapport an tempe, an mojen des catégories. L'existence n'est donc pins ici nne catégorie qoi se rapporte, non à nn objet indëterminément donné, mais à nn objet dont on a nn concept, et dont on rent savoir s'il existe on n'existe pas anssi en dehors de ce concept. Une perception indéterminée ne signifie ici qne qnelqae chose de réel qui est donné, qnoiqofl

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474. Voilà, donc une connaissaDce des plus intéressaotes pour le genre humam qui se résout en une vaine espérance lorsqu'elle est cherchée au-delà des bornes de l'expérience possible, lorsqu'elle est le fruit de la philosophie spéculative. La critique, quoique sévère en ce qu'elle montre l'impossibililé de décider dogmatiquement quelque chose sur un objet de l'expérience au-delà des bornes de l'expérience, rond néanmoins par là même un grand service à la raison, en la prémunissant contre toutes les assertions possibles du contraire ; service qui ne peut avoir lieu que de l'une de ces deux manières : soit en démontrant sa proposition apodictiquement, ou , si cela ne réussit pas, en cherchant les raisons de cette impuissance; raisons qui, si elles tiennent aux bornes nécessaires de notre intelligence, doivent alors soumettre toutadversaireàla loi même de renoncer à toute prétention d'affirmer dogmatiquement.

475. Cependant le droit, et même la nécessité d'admettre une vie à venir, n'est pas le moins du monde perdu, suivant les principes de l'usage pratique de la raison, uni à l'usage spéculatif; car la preuve purement spéculative n'a jamais pu exercer aucune influence sur

à la Téritéponrla pensée en général, par conséqaent pas comme phénomène ni comme chose en soi (noomËne), mais comme quelque chose d'existant réellement, et qaî duns la proposition je pense, est désigné comme tel; car il est à remarquer qne, si j'ai appelé la proposition je pente une proposition empirique, je n'ai pas Tonin dire par liqne leje, dans cette proposition, soit nnc représentation empirique : c'est bien pluUt nne représentation iatellectnelle, parce qu'elle appartient à la pensée en général. Hais, sans une représentation empirique, qni donne matière à la pensée , l'acte je pense n'aurait cependant pas lien, et l'empiriqae n'est qne la condition de l'application on de l'nsage de la facalté inteliectnelle pure.

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la raison humaine. Elle est si bien fondée sur la pointe d'un cheveu, que l'école n'a pu l'y maintenir si longtemps qu'en la tournant sans cesse sur elle-même comme une toupie, et qu'elle n'y a jamais rien aperçu qui puisse servir de base à quoi que ce soit. Toutes les preuves qui sont à l'usage du monde restent au contraire à cet égard dans leur force entière, et gagnent plutôt en clarté et en persuasion naturelles, à proportion qu'elles rejettent davantage toute prétention dogmatique, en plaçant la raison dans sa propre sphère, savoir, dans l'ordre des fins, qui est en même temps l'ordre de la nature. Mais alors aussi la raisoi^ comme faculté pratique en soi, sans être bornée aux conditions de la nature, est fondée à étendre l'ordre des fins, et avec lui notre propre existence, au-delà des bornes de l'expérience et de la vie. Suivant Vanalogie avec la nature des êtres vivants dans ce monde, au sujet desquels la raison doit nécessairement supposer qu'aucun oi^ane, aucune faculté, aucun appétit n'est inutile, indispensable ou disproportionné avec son usage, que rien par conséquent n'y est sans but, mais que tout au contraire est parfaitement conforme à leur destinée'dans la vie; suivant cette analogie, l'homme, qui peut cependant renfermer à lui seul le but final de toutes ces choses, devrait être la seule créature qui fit exception; car les dons de sa nature, non pas seulement ceux qui tiennent aux talents pratiques et aux inclinations, mais ceux surtout qui regardent la loi morale en lui, sont tellement au-dessus des avantages qu'il en pourrait tirer dans cette vie, — que cette loi enseigne à estimer avant tout la simple conscience de l'honnêteté des sentiments au préjudice de tous les biens , même de cette ombre de

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-vaine gloire qui doit passer k la pcetéritâ, — et que l'homme se sent intérieurement appelé à devenir citoyen d'un meilleur monde dont il a l'idée, en agissant conformément à la raison dans cette via, sans égard aux intérêts sensibles. Cet allument puissant, irrésistible, accompagné de la connaissance de la ânalité, connaksance qui s'étend toujours davantage à mesure que nous comprenons mieux tout ce qui frappe nos sens, et que nous pénétrons plus «lant dans l'immensité de la création; cet argument, accompagné par conséquent de la ccmscience d'une certaine illimitation dans l'extension ^ssible de nos connaissances, jointe au penchant qui j correspond, resterait toujours, quand même nous devrions désespérer d'apercevoir, par la connaissance sioaplement théorique, la durée nécessaire de notre existence.

ConclutioD de la •olation du pualogîame pcyehologiiiDe.

476. L'apparence dialectique dans la psychologie rationnelle est fondée sur la confusion d'une idée de la raison (celle d'une pure intelligence) avec le concept parfaitement indéterminé d'un $tre pensant ea général* Je me pense moi-même au moyen d'une expérience possible, tout en faisant encore abstraction de toute expérience réelle ; d'où je conclus que je puis avoir conscieuc« de mon existence, même en dehors de l'expérience et de ses conditons empiriques. Je prends par conséquent l'abstraction possible de mon existence empiriquement déterminée avec la prétendue conscience d'une existence possible de moi-même pensant considérée abstractivement, et je crois connaître en moi le substantiel comme sujet Iraascendantal, lorsque j'ai simplement en pensée

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' DIAI^CTIQUE TBÀNSCEHD&mALe. 63

l'unité de conscience, qui sert de fondement à tout acte de détermination comme simple forme de la connaissance.

477. La guesti(m du commerce de l'âme avec le corps □'appartient pas proprement à la psychologie dont il est ici question, psychologie qui a pour objet de démontrer la ptirsoimalité de l'Ame, mënie hors de ce commerce (après la mort), et qui est par conséquent tranacendanie dans le sens propre du mot, quoiqu'elle s'occupe d'un objet de l'expéiience, mais seulement eu tant que cet objet cesse d'être soumis à l'expérience. Cependant on peut donnef jk cette question une réponse satisfai&anfje d'après notre doctrine. La difBcuIté que cette question a présentée consiste, comme on sait. Axas, U dissimilitude suposée entre on objet du sens interne (de l'âme) et les objets des sens externes, puisque la première de ces choses n'a que le temps pour condition formelle de son intuition, et que les seconde ont de plus l'espace. Si cependant l'on fait attention que ces deux espèces d'objets ne diffèrent pas l'un de l'autre intrinsèquonent, maïs en tant seulement que l'un semble extérieur à l'autre, et que par conséquent ce qui sert de fondement au phéno' mèee de la matière comme chose en soi pourrait bien D'être pas si cUfférent, alors la difficulté disparaît, il n'en reste pas d'autre que celle-ci : comment en général un commerce entre substances est-il possible? question dont la solutiui est tout k fait hors du champ de la (sfcbologie, et qui, comme le lecteur en jugera facilement par ce qui a été dit dans l'Analytique des capacités et des facultés, est sans aucun doute hors du champ de toute connaissance humaine.

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LOQIQDE TRANSCENDANT ALE.

OBSERVATION G&HËRALE

coBceniiiit U tnniUon de U Pijcbokigie ntionneUs à II Cwmologie-

478. La proposition : je peusfi, ou j'existe pensant, est une proposition empirique. Or une proposition de cette espèce a pour fondement une intuition empirique, par conséquent aussi un objet pensé comme phénomène. D'où il semble que, d'après notre théorie, que l'àme, même dans l'acte de la pensée, serait entièrement convertieen un phénomène, et que, de cette manière, notre conscience, même comme pure apparence, ne devrait en réalité aboutir à rien.

479. La- pensée, prise en soi, n'est que la fonction logique, par conséquent une simple "spontanéité de la liaison de la diversité d'une intuition purement possible, et ne présente d'aucune manière, comme phénomène, le sujet de la conscience, par la seule raison qu'elle n'a aucun égard à l'espèce de l'intuition, que cette intuition soit sensible ou intellectuelle. Je ne me représente de cette manière à moi-même ni comme je suis, ni comme je m'apparais ; je ne me pense au contraire que comme tout objet en général, abstraction faïle de l'espèce d'intuition de cet objet. Si je me représente ici comme sujet des pensées, ou même comme principe de la pensée, ces espèces de représentations ne désignent pas les catégories de la substance ou de la cause, car ces catégories sont des fonctions de la pensée (du jugement) déjà appliquées à notre intuition sensible, fonctions dont j'aurais assurément besoin si je voulais me connaître. Mais si je ne veux avoir conscience de moi que comme

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DIALECTIQUE TIUU4SCENDANTALE. 65

être pensant, et ei je ne m'occupe point de savoir comment mon propre [moi] Même est donné en intuition, alors il pourait bien n'être qu'un simple phénomène pour moi qui pense, mais non en tant qu'il pense. Dans la conscience de moi-même, en tant que je pense purement et simplement, je suis Vétre Tnétne, mais assurément rien par-là de cet être ne m'est encore donné que je puisse penser.

480. Mais la proposition : je pense, en tant qu'elle siffù&e J'existe pensant, n'est pas simplement une fonction logique : elle détermine encore le sujet (qui est en même temps objet) par rapport à l'existence, et ne peut avoir lieu sans le sens intime, dont l'intuition donne toujours l'objet, non comme chose en soi, mais simplement comme phénomène. Dans le sens intime n'est donc déjà plus la simple spontanéité de la pensée ; il y a de plus la réceptivité de l'intuition, c'est-à-dire ma pensée, la pensée de moi-même, appliquée à l'intuition empirique du même sujet. Le Même pensant devait donc chercher dans cette intuition les conditions de l'usage de ses propres fonctions logiques dans les catégoriel de la substance, de la cause, etc. Et cela, non pas simplement pour se désigner par le moi, comme objet en soi, mais aussi pour déterminer le mode de son existence, c'està-dire pour se connaître comme noumène. Mais la chose est impossible, puisque l'intuition empirique interne est sensible ; elle ne fournit que des données du phénomène, qui n'apportent rien à l'objet de la conscience pure pour la connaissance de son existence propre; elle ne peut donc servir qu'à l'expérience.

481 . A supposer cependant que nous trouvions par la suite, non pas dans l'expérience, mais dans certaines lois

établies a priori (et non des règles purwieot logiques) de l'usage de la raison pure concemaot notre existence, l'occasion de nous supposer absolument a priori psur rapport à notre propre existmce, comme réglant et détenninant cette existence marne par le fait, oo découvrirait alors une spontauéilé qui servirait à déterminer notre réalité, sans qu'on fût pour cela obligé de pasaw par les conditions de l'intuition empirique ; et l'on verrait qu'il y a dans la conscience de notre existence a priori quelque chose qui peut servir à déterminer cette existence (laquelle n'est absolument déterminable que d'unemanièresensible),maistoutefoispar rapport à une certaine faculté interne à l'égard d'un monde intelligible (qui serait simplement conçu).

482. Malgré cela les tentatives de psychologie rationnelle ne seraient pas plus avancées. En effet, j'aurais à la vérité, par cette faculté merveilleuse que la conscience de la loi morale seule me révèle, un principe purement intellectuel de la détermination de mon existence ; mais par quels attributs? Uniquement par ceux qui doivent m'être donnés dans l'intuition sensible; en sorte que j'en serais toujours au même point dans la psychologie rationnelle, c'est-à-dire que j'aurais toujours besoin d'intuitions sensibles pour donner une valeur à des concepts intellectuels de substance, de cause, etc., par lesquels seuls je puis avoir connaissance de moi-même. Hais ces intuitions ne pourront jamais me faire sortir du champ de l'expérience. Cependant, pour ce qui est de l'usage pratique de ces concepts, usage qui n'a jamais d'autre but que des objets de l'expérience, j'aurais le droit, en suivant l'analogie de l'ust^e théorique, d'appliquer ces concepts à la liberté et à son sujet. Je n'en-

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DIALECTIQDE TBANSCENDAKTALE. 6T

tends en effet par là que la fonction l(^que du sujet et du pi-édicat, du principe et de la conséquence, fonc» tions d'après lesquelles les actes, les faits sont détwminés suivant ces lois, de façon h pouvoir toujours être expliqués, ainsi que les lois de la nature, d'après les catégories de substance et de cause, quoiqu'ils résultent d'un principe tout différent. Cette observation n'a d'autre but que de prémunir contre l'erreur à laquelle la doctrine de l'intuition de nous-mêmes, comme phénomènes, est si facilement sujette. On aura par la suite occasion d'en faire us^e.

Aolinomiei de U raitan pure.

4S3. Nous avons fait voir dans l'introduction de cette partie de notre ouvrage, que toute apparence transcendantale de la raison pure repose sur des raisonnements dialectiques dont la 1%'ique donne le schème dans lee trois espèces formelles des raisorfnements en général, de la même manière à peu près que les catégories trouvent leur schëme logique dans les quatre fonctions de tout jugement. LSipremière espèce de ces raisonnements dialectiques tendait h conclure l'unité absolue des conditions subjectives de toutes les représentations en général (du sujet ou de l'âme) , en rapport avec les raisonnements catégoriques, dont la majeure, comme principe, énonce le rapport de l'attribut au sujet. La seconde espèce d'arguments dialectiques, par analogie avec les raisonnements Ây^M^^i^/tMJ, aura pour objet l'unité absolue des conditions objectives dans le phénomène; de la mft-

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ftO LOGIQUE TRANSCENDANTALE.

me manière que la troisième espèce, dont il sera question dans le chapitre suivant, aura pour thème l'unité absolue de la condition objective de ta possibilité des choses en général.

484. Mais il faut remarquer que le paralogisme transcendantal n'a produit une apparence que dans un seul sens, c'est-à-dire par rapport à l'idée du sujet de noire pensée, et que les concepts rationnels ne fournissent pas la moindre apparence en faveur de l'assertion contraire. L'avantage est tout entier du côté du pneumatisme , quoiqu'il ne puisse désavouer le vice originel , malgré toute apparence à iui favorable, de se résoudre au creuset de la critique en tine pure fumée.

485. 11 en est tout autrement quand nous appliquons la raison à lasynthèse objective des phénomènes, où elle pense faire valoir, avec beaucoup d'apparence il est vrai, son principium de l'unité inconditionnée [ou absolue], mais où bientôt elle se jette dans des contradictions telles qu'elle est forcée, sous le rapport cosmologique, de renoncer h ses prétentions.

486. Ici se présente un nouveau phénomène de la raison humaine, savoir, une antithétique tout h fait naturelle, que chacun peut rencontrer sans subtilité, sans raisonnements alambiqués, dans laquelle au contraire la raison tombe d'elle-même et inévitablement. Sans doute elle se préserve par là de l'assoupissement d'une persuasion imaginaire produite par une apparence unique, mais aussi elle court en même temps le danger ou de s'abandonner à un désespoir sceptique , ou de prendre une sufnsance dogmatique, de s' entêter de certaines assertions de manière à ne point écouter les raisons contraires, et à repousser la justice. L'un et l'autre excès

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DIALECTIQUE TRANSCENDANTAI.E. 69

est mortel à uoe philosophie saine et sage , quoique le premier puisse plus particulièremeat s'appeler I'eutha- KAsiB de la raison pure.

487. Avant d'exposer la scène de discorde qu'engendre ce conflit des lois (antinomie) de la raison pure, nous donnerons quelques éclaircissements qui pourront expliquer et justifier ta méthode que nous aurons h suivre. J'appelle toutes les idées Iranscendantales concernant la totalité absolue dans la synthèse des phénomènes , concepts cosmiques , tant à cause de cette totalité absolue sur laquelle même le concept du tout universel repose, concept qui lui-même n'est qu'une idée, que par la raison que ces concepts ne conceruonl que la synthèse des phénomènes, par conséquent la synthèse empirique, quand au contraire la totalité absolue dans ta synthèse des conditions de toutes tes choses possibles en général , donne un idéal de la raison pure, idéal qui diffère totalement du concept cosmique, quoiqu'il soit en rapport avec lui. C'est pourquoi, de même que les paralogismes de la raison pure servent de fondement à une psychologie dialectique, de même l'antinomie de la raison pure fera connaître les principes transcendantaux d'une prétendue cosmologie pure (rationelle), non pour que nous en soyons satisfaits et que nous les adoptions, mais bien, comme le fait déj^ voir le mot d'antinomie de la raison, afin d'exposer la cosmologie pure dans son apparence éblouissante, mais fausse, comme une idée qui oe peut se concilier avec les phénomènes.

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LOGIQUE TRANSCENDAnTALB.

Sriltme deildéti cosnulogiqiiei.

488. Afîn de pouvoir éaumérer ces idées, suivant un principe, avec une précision systématique, nous devons remarquer : Premièrement, que l'entendement seul est ce d'où peuvent procéder des concepts purs et transcendantauz; que la raison n'engendre proprement aucun concept, qu'elle ne fait qu'affranchir le concept intellectuel des circoDscriptioDs inévitables d'une expérience possible, et par conséquent cherche à l'étendre au-delà des bornes de l'empirique, mais sans l'en séparer. Ce qui a lieu en ce qu'elle exige, du côté des conditions (auxquelles rentendement soumet tous les phénomènes de l'unité synthétique), une totalité absolue pour un conditionné déterminé, et, par là, fait de la catégorie une idée transcendantale pour donner à la synthèse empirique une intégralité absolue, en la poursuivant jusqu'à l'inconditionné (qui ne se trouve jamais dans l'expérience, mais seulement dans l'idée). La raison le requiert en vertu du principe : si le conditionné est donné, la somme tout entière des conditions est aussi donnée, par conséquent aussi l'absolionent inconditionné, par lequel seul le conditionné était possible. Les idées transcendantales ne sont pas autre chose dans leur origine que des catégories élevées jusqu'à l'absolu, et peuvent se disposer en une table ordonnée suivant le titre des catégories^ Il faut' cependant remarquer, secondement, que toutes les catégories n'en sont pas susceptibles, mais celles-là seulement dans lesquelles la synthèse forme une série, et même une série de conditions subordonnées (et non

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DIALECTIQUE TRAMSCBNDANTALE . 71

coordonoées) les unes aux autres pour un conditionné. La totalité absolue n'est exigée de la raison qu'autant que celle-ci considère la série ascendante des conditions d'iia conditionné déterminé, et non par conséquent lorsqu'il s'agit de la ligne descendante des conséquences, ou de la réunion des conditions coordonnées pour cette conséquence. Car des conditions sont déjà supposées par rapport au conditionné donné, et doivent aussi être considérées comme données avec lui, au lieu que les conséquences ne rendant pas leurs conditions possibles, mais au contraire les supposant, on peut ne pas s'inquiéter, dans la progression de conséquences en conséquences (ou en descendant d'une condition donnée au conditionné), si la série cesse ou non, et la question en général, quant à leur totalité, n'est en aucune Tacon une sui^ûtion de la raison.

489. C'est ainsi que l'on conçoit nécessairement un temps comme donné (quoique pas détenninable par nous) entièrement écoulé jusqu'au moment présent. Pour ce qui est du futur, comme il n'est pas la condition du présent, il est tout à fait indifférent, pour comprendre ce présent , de s'arrêter dans le futur , ou d'y plonger à l'infîni. Soit la série m, n. o dans laquelle n est donné comme conditionné par rapport à m, mais en même temps comme condition de o; la série est ascendante du conditionné n à m (/. &. I, etc.), en même temps qu'elle est descendante de la condition n au conditionné 0 (p, ç, r, etc.) ; ta première série doit donc être supposée pour considérer n comme donné , et n n'est possible, suivant la raison (la totalité des conditions), que par le moyen de cette série; mais sa possibilité ne repose pas sur la série suivante o, p, q, r, qui peut, par cette raison.

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72 LOGIQUE TRANSCENDAnTALE.

être considérée seulement comme susceptible d'6tre donnée (daàilis), et non comme donnée actuellement.

490. J'appellerai régressive ou rétiograde la synthèse d'une série de coudition en condition , par conséquent celle qui part de la condition la plus proche d'un phénomène donné, et qui s'élève ainsi h des conditions de plus en plus éloignées; et progressive celle qui se dirige vers le conditionné en s'avançant de la conséquence immédiate vers des conséquences éloignées. La première va d'antécédents à anlécédenls, la deuxième de conséquents à conséquents. Les idées cosmologiques s'occupent donc de la totalité de la synthèse régressiTe, et vont d'antécédents à antécédents, non de conséquents à conséquents. Lorsque ce dernier cas a lieu , c'est un pro* blême arbitraire et non nécessaire de la raison pure, parce que nous avons besoin, pour la parfaite compréhensibilité de ce qui est donné dans le phénomène, non de conséquences, mais de principes.

491. i" Or, pour pouvoir dresser la table des idées d'après celle des catégories, nous prendrons d'abord les deux grandeurs (quanta) originelles de toutes nos intuitions, le temps et l'espace. Le temps est en soi une série (et la condition formelle de toute série). Il faut par conséquent y distinguer a priori, par rapport à un présent donné, les antécédents (le passé) comme conditions des conséquents (le futur). L'idée transcendantale 'de la totalité absolue de la série des conditions pour un conditionné quelconque ne concerne donc que tout le temps passé; ce temps, suivant l'idée de la raison , est nécessairement donné comme condition de l'instant donné. Quant à l'espace, il n'y a en lui aucune distinction de progression et de r^ession, parce qu'il forme un a^r^

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DIAUBCTIQDE TBANSCENDANTALE. 73

gat, et pas de série, puisque toutes ses parties sont ensemble en même temps. Je ne puis considérer l'instant présent, par rapport au temps passé, que comme son conditionné, mais jamais comme sa condition , parce que cet instant n'existe enfin que par le temps passé (ou plutôt par son écoulement). Les parties de l'espace , au contraire , n'étant pas subordonnées entre elles , mais coordonnées, une de ces parties n'est pas la condition de la possibilité de l'autre, en sorte que l'espace ne constitue pas en soi une succession comme le temps. , Mais la synthèse des différentes parties de l'espace, synthèse par laquelle nous le saisissons, est cependant successive; elle n'a donc lieu que dans le temps et contient une série. Et comme dans cette série d'espaces agrégés (tels que des pieds dans la perche), en parlant d'un espace donné, les espaces conçus plus loin [immédiatement à la suite d'autres espaces précédemment conçus]^ sont toujours la condition des limites des précédents. La memre d'un espace doit donc aussi fitre regardée comme une synthèse d'une série de conditions pour un conditionné déterminé; mais de telle manière seulement que la partie des conditions n'est pas essentiellement différente de la partie conditionnée, et qu'ainsi la régression et la progression dans l'espace semblent identiques. Cependant , comme une partie de l'espace n'est point donnée par une autre partie, mais en est bornée seulement, nous devons considérer tout espace limité comme étuit ausà conditionné, en tant qu'il suppose un antre espace comme la condition de ses bornes , et ainsi de suite. Par rapport & la limitation, la pn^ression dans l'espace est donc aussi une régression; en sorte que l'idée transcendantale de la réalité absolue de la syn-

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thèse, dans la série des conditions , concerne aussi l'espace, et que l'on peut par conséquent tout aussi bien demander la totalité absolue des phénoraëoes dans l'espace que dans le temps écoulé. On Term plus tard s'il y a une réponse pc^sible à cette double question.

492. 2* Ainsi la réalité dans l'espace, c'est-à-dire la matière, est un conditionné dont les conditions internes sont ses parties, et les parties des parties les conditions éloignées; tellement qu'il y a lieu ici à une synthèse r^ressive dont la raison exige la totalité absolue, tota-

' lité qui ne peut avoir lieu que par une division complète, au moyen de laquelle la réalité do la matière revient ou à rien ou à quelque chose qui n'est plus matière, savoir, le simple. Ici donc il y a également une série de conditions et une progression vers l'inconditionné.

493. 3° Quant à ce qui concerne les catégories du rapport réel entre les phénomènes, la catégorie de substance avec ses accidents ne se prête point à une idée transcendantale; c'est-à-dire que la raison n'est pas fondée à remonter à des conditions par rapport à cette catégorie. Car des accidents sont {en tant qu'ils adhèrent à une substance propre) coordonnés les uns aux autres, et ne forment aucune série. Mais, par rapport à la substance, ils ne lui sont point proprement subordonnés, ils sont seulement la manière d'exister de la substance elle-même. Ce qui pourrait néanmoins sembler Mre ici nne idée de la raison transcendantale, ce serait le concept de substantiel. Mais comme substantiel ne s^;nifie rien de plus que le concept d'un objet en général qui subùste, en tant qu'on ne pense en lui que le simple sujet transcendantal sans aucun attribut, et conune il n'est ici question que de l'absolu dans la série des phé-

DIALECTIQUE TRAMSCEnD&nTALE. 75

Domënes, il est clair que ce substantiel ne peut faire partie de ces phénomènes. Il en est de même des substances en commerce d'action et de réaction, qui sont de simples agr^ats et n'ont pas d'exposants d'une série, puisqu'elles ne sont pas subordonnées entre elles comme conditions réciproques de leur possibilité; ce que l'on pouvait bien dire des espaces dont la limite n'est jamais déterminée en soi, mais toujours par un autre espace. Reste donc la seule catégorie de la causalité, qui présente une série de causes pour un effet donné, dans laquelle on puisse s'élever de cet effet comme d'un conditionné à ses causes comme conditions, et répondre à la question proposée par la raison.

494. 4' Enfin les concepts du possible, de l'existence et du nécessaire ne conduisent k aucune série; excepté seulement en ce sens, que le fortuit dans l'existence doit toujours être conditionné, et que, suivant la règle de l'entendement, il indique une condition sous laquelle il est nécessaire de faire rentrer celle-ci sous une condition plus élevée, jusqu'à ce que la raison trouve dans la totalité absolue de cette série la nécessité inconditionnée.

495. Il n'y a donc que quatre idées cosraologiques, suivant les titres des catégories, si l'on écarte celles qui entraînent nécessairement avec elles une série dans la synthèse de la diversité.

L'intégralité absolue de la

de la totalité donnée de tous les phénomènes.

db.Googlc

tH LOGIQUE TRAIÏSCEITOANTALK.

L'intégralité absolue L'intégralité absolue

de la division de Vorigine

d'un tout donné d'un phénomène

' dans le phénomène. en général.

L'intégralité absolue de la

dépendance de Yexistence

du variable dans le phénomène.

496. i> Sur quoi il faut remarquer d'abord que l'idée de la totalité absolue ne concerne que l'exposition des phénomènes, par conséquent pas le concept intellectuel pur d'un tout des choses en général. Des phénomènes sont donc ici considérés comme donnés, et la raison demande l'uniTersalité, l'intégralité absolue des conditions de leur possibilité, en tant qu'elles composent une série, et par conséquent une synthèse absolument {c'est-à-dire sous fous les rapports) complète, qui permette d'exposer les phénomènes suivant des lois intellectuelles.

497. 2° C'est proprement l'incoadi tienne seul que la raison cherche dans cette synthèse des conditionnés en série régressive, à peu près comme l'intégralité dans ta série des prémisses, qui, prises ensemble, n'en supposent plus aucune autre. Cet inconditionné est donc toujours contenu dans la totalité absolue de la série, quand on se la représente en imagination. Mais cette synthèse, absolument complète, n'est jamais qu'une idée; car on ne peut savoir, au moins a priori, si une telle synthèse est aussi possible en fait de phénomènes. Si l'on se représente un tout par de simples concepts intellectuels

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□ULBCTIQDE TRAMSCENDANTALE. 77

purs, sans conditions de l'intuition sensible, on peut dire avec raison qu'à l'^rd d'un conditionné déterminé, toute la série des conditions subordonnées entre elles est aussi donnée ; car le conditionné n'est donné que par les conditions. Mais on trouve dans les phénomènes une circonscription parliculière de la manière dont sont données des conditions; savoir, par la synthèse successive de la diversité de l'intuition, synthèse qui doit être r^ressivement parfaite [ou complète]. C'e^t donc encore on problème que de savoir si cette intégralité est possible ea fait, mais l'idée de cette intégralité est néanmoins dans la raison, sans avoir ^ard à la possibilité ou à l'impossibilité d'unir avec elle, d'une manière adé- 'quate, des concepts empiriques. Par conséquent, l'inconditionné se trouvant nécessairement contenu dans la totalité absolue de la synthèse de la diversité phénoménale (suivant la direction des catégories qui la représentent comme une série de conditions pour un conditionné déterminé), on peut aussi laisser indécise la question de savoir si et comment cette totalité existe ; alors la raison se décide ici à partir de l'idée de la totalité, quoiqu'elle ait proprement pour but dernier Yinconditiormé, soit de la série totale, soit d'une partie de cette série.

498. Or.cet inconditionné peut être conçu, ou comme consistant simplement dans la série totale, dans laquelle par conséquent tous les membres sans exception sont conditionnés, et leur tout seul absolument inconditionné, et alors la ré^ssion est dite inûnie; — ou bien l'absolument inconditionné n'est qu'une partie de la série, à laquelle partie les autres membres sont tenus subordonnés, quand elle-même n'est soumise à nulle

b.Googlc

78 UWIQCB TRANSCBHDANTALii:.

autre condition (1). Dans le premier cas, la série est, a parte priori, sans limites (sans commencement), c'està-dire infinie, et néanmoins toute donnée ; mais la régression n'y est jamais complète et peut seulement être appelée virtuellement inSnie, c'est-à-dire possibleàTinfiui. Dans le second cas, il y a quelque chose de premier dans la série, qui, par rapport au temps passé, s'appelle commencement du monde; par rappoil à l'espace, limite du monde; par rapport aux parties d'un tout donné dans ses limites, le simple; par rapport aux causes, la spothtanéité absolue (liberté) ; par rapport à rexisteuce des choses muables, la nécessité pktfsiçue absolue.

499. Nous avons deux expressions, monde et nature, qui sont quelquefois prises indistinctement l'une pour l'autre. La première signifie l'ensemble mathématique de tous les phénomènes, et la totalité de leur synthèse, tant en grand qu'en petit, c'est-à-dire tant par composition progressive dans leur développement que par division; mais ce même monde est appelé nature (2), en tant qu'il est considéré comme un tout dynamique, sans

(1) L'eûgemble absolu de la série dâs coaditions d'un cùDdilionné «9t toujours iaconditionoô, perce qae, hors de ceUe série, il n'y a plus de coadilioa dont il puisse dépendre. Hais le tout absolu de la série n'est qu'uae idée, on plutAt un concept problématique dont la possibilité doit ëlre recbercbée, et même par rapport à la manière dont l'iacondilionué , comme l'idée traiiec«ndanlala propre k laquelle il aboutit, peut y être compris.

(2) Le mot nature, pris adjectivement ifomaliter), désigne l'enchalDementdesdéterminationsd'une chose, suivant nn principe interne de la causalité. Au contraire, on entend par natare, prise substantwentent [materialiter], l'ensemble des phénomènes, en tant qu'ils se lient uni versellenient en vertu d'un principe interne de la causalité. Dans le premier sens on parle de la nature des fluides, du feu, etc., et ce mot ne s'emploie qu'adjectivemenl; au contraire, quand on parle des choses de la nature, on pensn à un tout subsistant.

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DIALECTIQDE TRAN3CENDANTALE. 79

égard à l'^régatioQ dans l'espace ou le temps pour U coDslituer comme quantité, mais en l'envisageant par rapport à l'unité dans Vexistence des phénomènes. Alors la condition de ce qui amw est appelée cause, et la causalité inconditionnée de la cause daus le phénomène, liberté ; mais comme conditionnée, elle s'appelle au contraire, dans un sens plus strict, cause naturelle [ou phyùque]. Le conditionné dans l'existence en général s'appelle contingent, et l'inconditionné, nécessaire. La oécessité incoudilionnée des phénomènes peut s'appeler nécessité naturelle [ou physique].

500. Les idées dont nous nous occupons maintenant ont été appelées précédemment idées cosmologiques, en partie parce que nous comprenons par le mot monde l'ensemble de tous les phénomènes, et que nos idées ne concernent que l'absolu parmi les phénom^es; en partie aussi parce que le mot monde, dans le sens transcendantal, signifie la totalité absolue de l'ensemble des choses existantes, et que nous ne dirigeons notre vue que sur l'intégralité de la synthèse (quoique seulement dans la régression des condilions). En considérant que, de plus, toutes ces idées sont transcendantes, et que, bien qu'elles ne dépassent pas, à la vérité, l'objet qttant à l'espèce, savoir les phénomènes, qu'elles ne portait au contraire que sur le nwnde sensible (non sur les noumènes), elles poussent cependant la synthèse jusqu'à un degré qui va au-delà de toute expérience possible ; on peut très bien les appeler toutes ensemble, suivant mon opinion, concepts cosuiques. Par rapport h la distinction de l'inconditionné mathématiquement et de l'inconditionné dynamiquement, distinction à laquelle tend la régression, j'appellerais cependant volontiers cosmo-

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logiques, dans un sens strict, les deux premiers concepts cosmiques (concepts du inonde en grand et en petit) et les deux autres, concepts physiques transcendants. Cette distinction ne semble pas à présent d'une grande utilité, mais on en verra l'importance par la suite.

SECnON II.

AntiihiUqoe de U nitoo pan.

501. Si une tliétique est tout ensemble d'assertions dt^matiques, j'entends parantitbétique, non des assertions dogmatiques du contraire, mais plutôt le conflit de connaissances en apparence dc^matiques {thesis cum antithesi). saus que l'on se rende à l'une plutôt qu'à l'autre. L' antithétique ne s'occupe donc pas d'affirmations unilatérales, mais elle considère certaines connaissances générales de la raison seulement quant h leur conflit entre elles et quant aux causes de ce conflit. L'antithétique transcendantale est une recherche sur l'antinomie de la raison pure, sur ses causes et ses résultats. Lorsque nous appliquons notre raison, non simplement pour l'usage des principes de l'entendement à des objets de l'expérience, mais que de plus nous essayons de l'étendre au-delà des bornes de celte dernière, alors naissent des théorèmes dialectiques qu'on ne peut espérer ni craindre de voir confirmés ou contredits par l'expérience, et dont chacun d'eux est non seulement sans contradiction en lui-même, mais trouve encore dans la nature de la raison les conditions de sa nécessité. Malheureusement, le contraire a aussi, de son côté, des raisons d'affirmation ni moios bonnes ni moins nécessaires.

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DIALECTIOOB THAHSCENDAHTALB. 81

502. Les questions qui se présentent naturellement dans cette dialectique de là raison pure sont donc : 1" dans quelles propositions la raison pure est-elle in^ vitablement soumise à une antinomie ; 2' quelles sont les causes de cette antinomie; 3° si, et de quelle manière la raison peut néanmoins, dans ce conflit, avoir un moyen d'anÎTer k la certitude.

503. Un théorème dialectique de la raison pure doit donc se distinguer de toutes les propositions sophistiques, en ce qu'il concerne non pas une question arbitraire que l'on propose seulement dans un certain but pris à plaisir, mais une question que toute raison humaine doit nécessairement rencontrer dans sa marche. 11 en diffère secondement, en ce qu'il renferme en soi, avec son opposé, non une apparence simplement artificielle qui disparaisse aussitôt qu'on la regarde, mais une apparence naturelle et inévitable, qui, même quand on n'est plus trompé par elle, fait toujours illusion, et peut par conséquent être rendue innocente sans jamais pouvoir être détruite.

504. Cette théorie dialectique aura pour objet, non l'unité de l'entendemeut dans les concepts empiriques, mais l'unité de la raison dans les idées seules; unité dont les conditions soot (puisqu'elle doit s'accorder avec l'entendement, en tant que synthèse conforme aux r^les, et en même temps aussi avec la raison, en tant qu'une unité absolue de cette synthèse), si elle est adéquate à l'unité rationnelle, d'être trop grande pour l'enlaidement, et, si elle est d'accord avec l'entendement, d'être trop petite pour la raison. De là précisément un inévitable conflit, de quelque manière qu'on s'y prenne.

Ces affirmations sophistiques {argutcaites) ouvrent

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B2 LOGIQUE TR&NSCEKUUn'AUE.

donc une arène dlalecliqua, où chaque partie qui peut prendre l'offensiTe conserve l'avantage, et oh celle qui est forcée de se défendre doit certainement succomber. D'où il arrive que de vigoureux champions, qu'ils défendent la bonne ou la mauvaise cause, sont sûrs de recevoir la couronne triomphale, pourvu qu'ils aient soin de se ménager l'avantage de la dernière attaqu« , et de n'être pas obligés de soutenir un nouvel assaut. On pense bien que cette arène a été souvent foulée jusqu'ici, qu'un grand nombre de victoires ont été remportée& de part ^ d'autre, mais qu'à la fin on a toujours réservé la dernière, celle qui décidait L'affaire, pour le champion de la bonne caus0, eu décidant qu'il resterait maître du champ de bataille, parce que défense serait faite à son adversaire de reprendre désormais les armes. Comme juges impartiaux, nous ne devons faire aucune attention h la qualité bonne ou mauvaise de la cause que les combattants soutiennent, et nous la laisstH<ons décider entre eux seuls. Peut-être que tour à tour, plutôt lassés que vaincus, après avoir aperçu d'euxmêmes la veûaité de leur querelle, il se sépareront bons amis.

505. Cette manière d'assister à un combat d'assertions, ou plutôt de l'engager, non à. la véritépour le décider enfin à l'avantage de l'une ou de l'autre des parties, mais pour-chercher si son objet n'est peut-être pas une pure illusion que chacun soutient, et dans laquelle il n'y a rien à gagner, lors même qu'(»i no rencontrerait aucune résistance; cette manière, dis-je, peut s'appeler MÉTHODE SCEPTIQUE. Elle est tout à fait différente du scepticisme, principe d'une ignorance artificielle et scientifique, qui mine les fondements de toute connais-

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DIALECTIQUE TBANSCENDANTiX£. 83

sance, pour ne laisser nulle part aucune croyance^ aucune certitude, s'il est possible. Car la méthode sceptique a pour but la certitude, parce qu'elle s'efforce de découvrir, dans un combat loyalement engagé des deux c6tés et conduit avec intelligence et bonne foi, le point du dissentiment, afin de s'instruire comme un sage législateur par l'embarras des juges dans le procès, de ce qu'il y a de défectueux dans ses lois. L'antinomie révélée par rappIicaLion des lois est, pour notre sagesse bornée, la meilleure pierre de loucbe de la nomothétique, pour rendre la raison, qui ne s'aperçoit pas facilement de ses faux pas dans la spéculation abstraite, plus attentive aux moments de la détermination de ses principes.

506. Mais cette méthode sceptique n'est essentielle qu'à la philosophie transcendantale, et peut en tout cas être omise dans toute autre espèce d'investigations. En mathématiques, il serait absurde de s'en servir, puisqu'il n'y a pas dans cette science d'assertions fausses qui puissent être cachées et incertaines, les preuves devant toujours y suivre le fil de l'intuition pure, et même par le moyen d'une synthèse toujours évidente. Dans la philosophie expérimentale, un doute de suspension peut bien être utile, mus il n'y a du moins aucun malentendu qui ne puisse être facilement levé, et l'expérience doit enfin contenir les moyens définitifs de décider le procès, que ces moyens se trouvent tôt ou tard. La morale peut aussi donner, dans des expériences possibles, toutes ses propositions in concreto avec les conséquences pratiques, el par là éviter le malentendu de l'abstraction. Au contraire, les assertions transcenda ntates qui prétendent à des connaissances en dehors du champ de l'expérience, ne sont pas telles que leur synthèse abstraite puisse être

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84 LOOIQDB TRAHSCBNDAKT&U.

donnée en intuition a priori, ni que le malentendu en puisse 6tre découvert au moyen d'une expérience. La raison transcendantale ne permet donc aucune autre pierre de touche que la tentative de concilier ses assertions entre elles. Mettons-les donc franchement aux prises et contentons-nous de voir ce qui va se passer (t).

PHEWÉBB OPPOSmON DES IDÉES IKANSCENDANTALES.

THËSE.

507. Le monde a un commencement dans le temps, il est limité dans l'espace.

508. Car si l'on snppose, quant an temps, qne le monde n'a pas de commencement, une éternité est donc écoulée i tout moment donné; et par conséquent une série infinie d'états successifs des choses dans le monde est aussi écoulée. Or, l'infinité d'une série eonsiste précisément en ce qu'elle ne peut jamais être achevée par une s;rnthèse successive. Par conséquent une série cosmique

' passée ne peut être infinie. Donc un commencement du inonde est une condition nécessaire de son existence. Ce qu'il fallait d'abord démontrer.

509. Si maintenant nous supposons qne le monde n'a pas de limite, alors le monde sera un tout infini donné de choses simultanément existantes. Or nous ne pouvons concevoir la grandeur d'une quantité qui n'est donnée en intuition dans de certaines limites (3) d'aucune antre manière qne par la synthèse des parties, ni la totalité d'un tel quantum, que par la synthèse complète

(I) Le* antinomies se saccéderont iniTuit l'ordre du idéM truueendantales rapportées pina hant.

(S} Noos poDTons percevoir an quantum indâtermiaé comme un tont, s'il est renfermé dans des bornes, sans qn'il soit nécessaire d'en coDstraire la totalité en la masnraat, c'est-à-dira en constmisant la sjnthèie saccessive de ses parties : car les bornes déterminent déj& la totalité, poisqa'elles font disparaître tonte qnantité oltérieme.

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DIALECTIQUE TBANSCENDANTALE. 8S

00 par l'addition répétée de l'unité à elle-mâme (1). Posr concevoir le monde comme an tout qui remplisse l'espace entier, la synthèse successive des parties d'un monde infini devrait donc fitre considérée comme complète; c'est-à-dire qn'nn temps infini devrait être concn dans l'énimiération de tontes les choses coexistantes, comme écoulé; ce qni est impossible. Un agrégat infini de choses réelles ne pent donc être considéré comme nn tont donné, par conséquent pas non plus comme donné m mimt temps. Donc on monde, qnant à son étendue dans l'espace, n'est pas mfim, mais an contraire renfermé dans ses bornes. Ce qni était la seconde chose à démontrer.

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