‹ Critique de la raison pure (volume 5)Chapitre 2 sur 49 · DE L'APPARENCE TRANSCENDANTALE · texte numérisé non relu

DE L'APPARENCE TRANSCENDANTALE

392. Nous avons appelé plus haut la Dialectique en général une Logique de l'apparence. Ce qui ne veut pas dire quelle soit une théorie de la vraisemblance, car la vraisemblance est vérité , mais connue par des principes insuffisants. La vraisemblance est donc une connaissance défectueuse, mais non pas fausse pour autant, et qui , par conséquent , ne doit pas être séparée de la partie analytique de la Logique. Le phénomène et Y apparence doivent encore être moins pris pour identiques. Car ni la vérité ni l'apparence ne sont dans l'objet considéré comme perçu, mais dans le jugement qui a porté sur cet objet, en tant que cet objet est

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2 LOGIQUE TEANSCENDANTALE.

conçu. On peut ctopç Ufa b|ep 4îr* flu® tes sens ne se trompent point, non parce qu'ils jugent toujours juste, mais parce qu'ils ne jugent pas du tout. La vérité et l'erreur , paç conséquent aussi l'apparence comme entraînement àr l'erreur, ne se trouvent que dans le jugement , c'est-à-dire dans le seul rapport de la chose à notre entendement. Dans une connaissance universellement d'accord avec les lois de l'entendement, il n'y pas d'erreur. Il n'y en a pas davantage dans une représentation des sens (parce qu'elle ne contient aucun jugement). Mais, comme aucune force de la nature ne peut d'elle-même dévier de ses propres lois, ni l'entendement par lui seul (sans influence d'une autre cause), ni les sens considérés en eux-mêmes» ne se trompent : le premier , par la raison que , s'il agit simplement suivant ses lois, l'effet (le jugement) doit nécessairement s'accorder avec elles. Mais l'accord *avec les lois de l'entendement constitue le formel de toute vérité. Dans les sens il n'y a point de jugement, ni vrai ni faux. Or, comme nous n'avons d'autres sources de connaissauces, que ces deux-là, il s'en suit que l'erreur n'arriva que par l'influence non, remarquée de la sensibilité sur L'entendement ; ce qui a lieu lorsque les principes subjectifs du jugement se confondent avec les, principes objectifs, et font dévier ceux-ci de leur destination (1). ILen est ici comme d'un corps qui suivrait toujours la ligne droite s'il était abandonné à une seule impulsion.

(i) La, solvabilité soumise à l'entendement, comme l'objet auquel celui-ci applique sa fonction , est la source des connaissances réelles. liais la moine sensibilité, en tant qu/elle influe .sur l'actipam^me de, l'entendement ^t le extermine à juger, est le principe de l'erreur.

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DIALECTIQUE TRAN9CENDANTALE. 3

mais qui décrit une ligne courbe si un autre corp» lui imprime une direction différente. Pour distinguer Faction propre de l'entendement de la force qui se mêle avec elle , il faut donc considérer le jugement erroné comme la diagonale résultant de deux forées par lesquelles le jugement est déterminé suivant deux directions différentes, qui forment pour ainsi dire un angle, et résoudre cet effet composé en simple effet de l'entendement et en simple effet de la sensibilité ; ce qui doit se faire par des jugements purs a priori au moyen de la réflexion transcendantale , par laquelle (ainsi quoi Ta déjà vu) toute représentation a sa place désignée dans la faculté de connaître qui lui correspond, par laquelle, conséquemment , l'influence de là sensibilité sur l'entendement est aussi distinguée.

393. Notre objet n'est pas ici de traiter de l'appât rence empirique (v. g., de l'optique) qui se rencontre dans l'usage empirique des lois , d'ailleurs justes, de l'entendement, et par laquelle la faculté de juger est entraînée au moyen de l'influence de l'imagination; nous n'avons affaire qu'à cette apparence transcendant taie, qui influe sur des principes dont l'usagé ne se rapporte pas même à l'expérience (auquel cas nous aurions au moins une pierre de touche pour éprouver leur valeur), mais qui nous emporte nous-mêmes, contre tous les avertissements de la critique, hors de l'usage empirique des catégories, et nous impose par l'illusion de l'extension de Y enterrement pur. Nous appellerons immanents les principes dont l'application se tient dans les bornes de l'expérience possible; mais* nous» appellerons principes transcendants ceui qui dépassent ces bornes. Je ne comprends cerclant pas*

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parmi ceux-ci l'usage ou plutôt l'abus transcendantal des catégories, qui n'est qu'une simple vue d'un jugement que ne contient pas assez la critique et qui ne fait pas attention aux limites du seul fond qui puisse servir de théâtre à l'entendement ; mais j'entends des principes réels, qui nous déterminent à renverser ces bornes, et à nous mettre en possession d'un terrain entièrement nouveau, sans limites. Le transcendantal et le transcendant ne sont pas identiques. Les principes de l'entendement pur, que nous avons exposés plus haut, ne doivent recevoir qu'un usage empirique, et non un usage transcendantal ou qui dépasse les bornes de l'expérience. Mais un principe qui arrache ces bornes, et qui ordonne même de les franchir, s'appelle transcendant. Si notre critique peut parvenir à mettre à découvert l'apparence de ces prétendus principes , alors ceux du simple usage empirique, par opposition à ces derniers, pourront s'appeler principes immanents de l'entendement pur.

394. L'apparence logique, qui consiste dans la simple imitation de la forme de la .raison (l'apparence des faux raisonnements ou paralogismes) , résulte du seul défaut d'attention à la règle logique. Aussitôt, par conséquent, que cette règle est appliquée à un pareil cas, disparaît l'apparence. L'apparence transcendantale , au contraire, ne discontinue pas, quoique mise à découvert , et quoique la vanité en ait été aperçue clairement par le secours de la critique transcendantale (v. g., l'apparence dans la proposition : Le monde doit avoir un commencement suivant le temps). La caiise en est que, dans notre raison (subjectivement considérée comme faculté dç la connaissance humaine), sont des

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règles fondamentales et des maximes de son usage qui ont tout à fait l'apparence de principes objectifs, d'où il arrive que la nécessité subjective d'une certaine liaison de nos concepts en faveur de l'entendement est prise pour une nécessité objective des déterminations des choses en soi. Illusion qu'il n'est pas plus possible d'éviter, qu'il ne lest que la mer ne paraisse pas plus haute loin des terres que près du rivage, parce que nous la voyons par des rayons plus élevés; — ou pas plus encore que l'astronome lui-même ne peut empêcher que la lune ne lui paraisse pas plus grande à son lever, bien qu'il ne soit pas trompé par cette apparence.

395. La dialectique transcendantale se contente donc démettre à découvert l'apparence des jugements transcendantaux, et en même temps d'empêcher que cette apparence ne trompe ; mais elle ne pourra jamais faire que cette apparence s'évanouisse et cesse d'être (comme il arrive à l'apparence logique) : nous avons affaire à une illusion naturelle et inévitable, qui repose même sur des principes subjectifs , et les prend pour des principes objectifs ; au lieu que la dialectique logique, dans la solution des paralogismes , n'a affaire qu'à une application vicieuse des principes , ou à une apparence spécieuse dans leur imitation. Il y a donc une dialectique naturelle et inévitable de la raison pure, non celle, il est vrai, dans laquelle s'embarrasse l'homme, faute de connaissance, le gâte-métier, ou celle qu'inventa un sophiste ingénieux pour troubler des gens raisonnables, mais celle qui tient nécessairement à la raison humaine, et qui, même après que ses illusions sont signalées, ne cesse cependant de lui faire la guerre, de la précipiter constamment dans des erreurs qu'elle a toujours à dissiper de nouveau.

DE LA BAI^W PfJRE COMME SIÉQE DE L'APPARENCE TBA^CE^DANyALE.

Pe la raison en général.

^|96. foute notre connaissance commence par le§ s§#§, $'pù e^e £3gne l'Bntendejflent et s'achève d$ns la raison, au-delà de laquelle rien de pl#s élevé ne se trouve en nous pqpr travailler 1$ matière de l'intuition $ la rédujpe à l'upité la plus hapte .de la pensée. Or, je trquyp u^ pgrtain embarras à 40nner ÎPÏ #ne déflation 4$ cettp faculté ^prême 4P connaître. Elle $, cqmipe J'^itendef^eiït, \\j\ u$$ge puren^nt fq^mel , c'est-à-^ire yjft usqge logique , la raison f^s^nt abstraction 4e tout cor^pni} de la por^aissance j mai§ elle a ?iu$si ijn ijs?ige ré$J, puisqu'elle enferme eHe-mêpi^ l'origine 4e <#rt$jn§ po^cepts et 4e cei^aiiis principes, qu'elle n'emprunte n\ 4?3 £ens, $} de Fenteudement. Depuis longtemps sans dqiute, Jes }pgicien$ ont défini cptte première f§cult£, 1$ faculté de conclure médiatemept (à 1$ 4lfféreftc£ de§ çqnclusipps immédiates, consequentiiç immediatiç). l\f ai^ la ^coflc^ç , qui engendre des concepts par ejlen$Hie, n^ p$s encpre été prise eq considération, sou^ c§ çftppprt. Puis 4091c qu'il se présente }çi \me diyis^Qfl de ^jrai^pp enfapulté logique et en faculté transcendance, ij[ fa^t chercher jjp cppcept plus élevé 4© ççtte spurpç dft connaissance, et qui renferme ces ieu% {déçs. Çe- P#ad^t VW ÇP^ons nous atten4re , 4^près, V^n^lpgie avec les, çpncepts 4e l'entendement, que le coftoept lo-

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DIÀLETCiPKiÛÉ H^USrâCENbÀKTÀLB. 1

gique donnera en même temps la clef du concept tràiiscendantal , et que la table des fonctions des concepts intellectuels donnera là branche des concepts rationnels.

397. Nous avons défini l'entendement dans la première partie de notre logique transcendantale : la faculté des règles. Nous en distinguons ici la raison, en ce que nous l'appelons la faculté des principes.

398. L'expression de principe est ambiguë, et ttô signifie communément qu'une connaissance dont nous pouvons faire usage comme principe* quoique, en ellemême et quant à sa propre origine, die ne soit pas tin principe. Toute proposition générale, fût-elle dérivée de l'expérience (par induction), peut servir de majetire dans un raisonnement, mais elle n'est pas pour cela un principe. Les axiomes mathématiques (v. g. , entre deux points il ne peut y avoir qu'une ligne droite), sont des connaissances générales a priori, et sont appelés, avec raison, des principes relativement aux cas qui leur sont soumis. Mais je né puis pas dire pont ftfela que je connais cette propriété de la ligne drdite en général et en soi, par principes; je ne la donnais que dans l'intuition pure.

399. J'appellerai donc connaissance piir principe* celle qtiî a lieti quand je connais le particulier dans lé général ati moyen de concepts. Tout raisonnement est ainai une manière de dériver une connaissance de quelque principe. Car là majeure donne toujours uût concept qui fait que tout ce qui est subsumé à sa condition est connu pair elle d'après un principe. Or, comme toute connaissance générale peut sertir de majeure dans un raisonnement, e* que l'entendement fournit de 6é$ pro-

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positions générales a priori, elles pourront donc être appelées principes par rapport à leur usage possible.

400. Mais si nous considérons ces principes de l'entendement pur en soi, quant à leur origine, ils ne sont rien moins que des connaissances résultant de concepts; car ces connaissances ne seraient pas même possibles a priori, si nous n'y faisions entrer l'intuition pure (dans les mathématiques), ou des conditions d'une expérience possible en général. Le principe : tout ce qui arrive à une cause, ne peut absolument pas être conclu du concept de ce qui arrive en généraL Ce principe fait plutôt voir comment il est possible d'acquérir primitivement un concept empirique déterminé de quelque chose qui arrive.

L'entendement ne peut donc tirer de concepts des connaissances synthétiques, et ces connaissances sont ce que j'appelle proprement principes [principes absolus]; tandis que toutes les propositions universelles, en général peuvent s'appeler principes comparatifs [ou relatifs].

401. C'est un vœu bien ancien, et qui s'accomplira peut-être je ne sais dans combien de temps, que celui de pouvoir découvrir enfin, au lieu de l'infinie variété des lois civiles, leurs principes; car en cela est tout le secret de simplifier, comme on dit, la législation. Mais les lois ne sont ici que des restrictions de notre liberté à des conditions sous lesquelles elle est universellement d'accord avec elle-même; elles ont donc pour objet quelque chose qui est tout à fait notre propre ouvrage et dont nous pouvons nous-mêmes être cause par ces concepts. Mais s'il n'est pas impossible, il est du moins très étrange de demander comment des objets en soi, et par conséquent la nature des choses, sont soumis à des

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principes et doivent en être déterminés suivant de simples concepts. Quoi qu'il en soit cependant (car c'est une recherche encore à faire), il est clair au moins que la connaissance par principes (en soi) est tout à fait différente de la simple connaissance intellectuelle, qui peut, à la vérité, précéder les autres connaissances sous la forme d'un principe, mais qui, par elle-même (m tant quelle est synthétique), ne repose pas sur la simple pensée et ne contient point en soi quelque chose de général suivant des concepts.

402. Si l'entendement peut être une faculté de l'unité des phénomènes par le moyen de règles, la raison est alors la faculté de l'unité des lois de l'entendement sons des principes. Elle ne concerne donc jamais immédiatement l'expérience ou un objet quelconque, mais l'entendement, pour donner de l'unité a priori par des concepts aux connaissances diverses de l'entendement, unité qu'on peut appeler rationnelle, et qui est d'une tout autre espèce que celle qui peut dériver de l'entendement.

403. Tel est le concept général de la faculté-raison, autant qu'il peut s'expliquer sans des exemples (qui ne seront donnés que plus tard.)

De l'usage logique de la raison.

404. On fait une distinction entre ce qui est connu immédiatement et ce qui n'est connu que par voie de conséquence. Que dans une figure renfermée par trois lignes droites, soient trois angles, c'est immédiatement connu; mais que ces angles pris ensemble soient égaux à deux angles droits r c'est ce qui n'est connu que par

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10 LO<HÛ0fi TftAM9CfeNÏ>AM,AL'E.

voie de conséquence. Comme nous avons toftstaaitfcënt besoin d'un raisonnement, et que nous noufe $ accbatumons enfin, il arrive que nous ne remarquons plus cette différence, et que nous pensons souvent, comme par exemple dans l'illusion dite des sens, que hous apercevons immédiatement ce qui n'est cependant qtie conclu. Dans tout raisonnement est une proposition fondamentale, et une autre qui s'en forme, savoir, la conclusion, et enfin la conséquence, suivant laquelle la vérité de la seconde proposition est nécessairement liée à la vérité de la première. Si dans celle-ci se trouve déjà le jugement conclu, de manière qu'il puisse être tiré sans l'intervention d'une troisième représentation, la conclusion s'appelle immédiate {consequentia immédiate)* que j'aimerais mieux appeler conclusion intellectuelle. Mais si, outre la connaissance posée en principe, il faut Un autre jugement pour arriver à la conclusion, cette conclusion s'appelle alors raisonnement rationnel. Dans cette proposition : tous les hommes sont mortels, sont déjà les propositions : quelques hommes sont mortels, — quelques mortels sont hommes, — rien d'immortel n'est homme; et ces propositions sont par conséquent des conclusions immédiates de la première, Au contraire, la proposition : tous les savants sont mortels, n'est pas dans le jugement susdit (car le concept de savant n'y est pas compris), et il n'en pourra résulter, à moins d'un jugement intermédiaire.

405. Dans tout raisonnement rationnel ou médiat, je pense d'abord une règle {major) par Y entendement. En second lieu, je subsume une connaissance à la condition de la règle (minor) par le moyen du jugement pur. Enfin, je détermine ma connaissance par le prédicat de la règle

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(cmclwtâ), par conséquent a priori, par la raison. Le rapport que représente la majeure, comme la règle entre une connaissance et sa condition, constitue donc différentes espèces de raisonnements. Il sont de trois sortes, ni plus ni moins, de même que tous les jugements en général, suivant la manière dont ils expriment le rapport delà connaissance dans l'entendement, savoir : les raisonnements médiats catégoriques, ou hypothétiques, ou disjonc tifs.

406. Si, comme il arrive le plus souvent, la conclusion est donnée comme un jugement, alors, pour voir si ce jugement ne découle pas de jugements déjà donnés, par lesquels un tout autre objet est encore pensé, je cherche dans l'entendement l'assertion de cette conclusion pour savoir si elle ne s'y trouve pas sous certaines conditions conformément à une règle générale. Or, si je trouve une telle condition , et que l'objet de la conclusion se subsume à la condition donnée, alors cette conclusion résulte de la règle qui vaut aussi pour les autres objets de la connaissance. D'où l'on voit que la raison cherche, dans les raisonnements, à ramener la grande variété de la connaissance de l'entendement à un très petit nombre de principes (conditions générales) , et s'efforce par là d'obtenir leur unité la plus élevée.

De l'usage pur de la raison.

407. Peut-on isoler la raison, et, si on le peut, estelle encore alors la source particulière d'idées et de jugements q«i ne dérivent que d'elle, et par lesquels elle se rapporte aux objets ; ou bien esthelle seulement une

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12 LOGIQUE TRANSCENDÂNTALE.

faculté subalterne dont la destination soit de donner une certaine forme aux connaissances données, forme qu'on appelle logique, et par laquelle les connaissances de l'entendement sont soumises respectivement les unes aux autres, et les règles secondaires à d'autres règles supérieures (dont la condition renferme dans sa sphère la condition des précédentes), autant que faire se peut par leur comparaison? Telle est la question dont nous nous occuperons préalablement. Dans le fait, la variété des règles, l'unité des principes, sont deux choses exigées par la raison pour maintenir l'entendement dans un accord universel avec lui-même, de la même manière que l'entendement soumet la variété de l'intuition aux concepts, et par ce moyen lui donne de la liaison. Mais un tel principe ne prescrit aucune loi aux objets, et ne renferme pas la raison de la possibilité de les connaître et de les déterminer comme tels en général ; il est simplement une loi subjective pour l'usage économique de l'acquis de notre entendement par la comparaison de ses concepts, une loi tendant à soumettre l'usage général de ces concepts au plus petit nombre de concepts possible, sans que l'on puisse pour cela demander avec raison, touchant les objets mêmes, un accord qui serve à la commodité et à l'extension de notre entendement, et donner à cette maxime une valeur en même temps objective. En un mot, la question est dé savoir : Si la raison en soi, c'est-à-dire la raison pure a priori, contient des principes et des règles synthétiques, et en quoi ces principes peuvent consister?

408. Le procédé formel et logique de la raison dans le raisonnement médiat nous montre suffisamment sur quel fondement son principe transcendante doit re-

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PIALECTIQUE TRAIfSCENDANTALE. 13

poser dans la connaissance synthétique par raison pure.

409. 1° Le raisonnement rationnel [ou médiat , que nous n'appellerons plus désormais que raisonnement] ne considère pas des intuitions pour les soumettre à des règles (comme le fait l'entendement pratique avec ses catégories), mais des concepts et des jugements. Quoique , par conséquent , la raison pure concerne des objets , elle ne s'y rapporte point immédiatement ni à leur intuition, mais seulement à l'entendement et à ses jugements , qui s'appliquent immédiatement aux sens et à leur intuition , pour en déterminer l'objet. L'unité rationnelle n'est donc pas l'unité d'une expérience possible ; elle en diffère essentiellement comme elle diffère de l'unité de l'entendement. Que tout ce qui arrive ait une cause^ ce n'est pas là un principe reconnu et prescrit par la rai&on. Ce principe rend possible l'unité de l'expérience, et n'emprunte rien de la raison, qui, sans ce rapport à l'expérience possible, n'aurait pu, par des concepts seuls, prescrire cette unité synthétique.

410. 2° La raison cherche dans son usage logique la condition générale de son jugement (de la conclusion), et le raisonnement n'est même autre chose qu'un jugement par le moyen de la subsomption de sa condition à une règle générale (la majeure). Or, comme cette réglé est exposée à son tour à cette même recherche de la raison , et qu'ainsi la condition de la condition doit (par le moyen d'un prosyllogisme) être cherchée aussi loin que possible, on voit bien alors que le principe propre de la raison en général (dans l'usage logique) est de trouver à la connaissance conditionnée de l'en-

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14 L0&IQU& TRANSCENDAKTALEr

tendement l'absolu, au moyen duquel son unité est accomplie r

411 . Mais cette maxime logique ne peut être un principe de la raison pure qu'autant que Ton admet que si le conditionné est donné, toute la série des conditions subordonnées entre elles, série qui , par conséquent, est elle-même inconditionnée, est aussi donnée (c'est-àdire comprise dans l'objet et sa liaison).

412. Mais ce principe de la raison pure est visiblement synthétique; car le conditionné se rapporte analytiquement, il est vrai, à une condition, mais pas à l'absolu. De ce même principe doivent résulter différentes propositions synthétiques à l'égard desquelles l'entendement pur ne sait rien , puisqu'il n'a affaire qu'aux objets de l'expérience possible, dont la connaissance et la synthèse sont toujours conditionnées. Mais l'absolu, quand il a effectivement lieu, est considéré en particulier d'après toutes les déterminations qui le distinguent du conditionné, et doit par là donner matière à plusieurs propositions synthétiques a priori.

413. Mais les propositions fondamentales résultant de ce principe suprême de la raison pure seront transcendantes par rapport à tous les phénomènes , c est-àdire qu'aucun usage empirique de ces propôsitïotisprincipes ne pourra jamais lui être adéquat. Il se distingue donc de tous les principes de l'entendement (dont l'usage est absolument immanent, puisqu'ils n'ont pour objet que la possibilité de l'expérience). Or, la dialectique transcendantale a pour objet d'examiner si ce principe: la série des conditions (dans la synthèse des phénomènes, ou même de la pensée' des choses en général) s^tend jusqu'à l'absolu5, possède' oU non une

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valpur objective, et, de faire connaître les conséquences qj4 en découlent pour l'usage empirique de l'entendement; ou plutôt d'examiner s'il n'y a aucune proposition rationnelle d'une valeur objective , s'il n'y a , au contraire, qu'un précepte purement logique de s'élever toujours à des conditions de plus en plus hautes pour approcher de plus près de l'intégralité , et par là soumettre notre connaissance à la plus haute unité rationr nelje à, nous possible ; si ce besoin de la raison est pris par erreur pour un principe transcendante de la raison pure .j qjui, exigerait témérairement une telle plénitude absolue touchant la série des conditions dans les objets mêmes; enfin de voir quels sont, dans ce casT les malentendus et les illusions qui peuvent se glisser dans les raisonnements après que la majeure en a été prise de la raison pure (ce qui est peut-être plus une pétition qjji'un postulat) , et qui s'élèvent de l'expérience à sa cpflditipik TeUe sera donc notre tâche dans la dialectiqjue transcfsodantalei Nous développerons cette dialectique dans ses sources profondément cachées au fond de la, raison humaine. Nous la partagerons en deux parties principales : dans la première, nous traiterons des œncegjtsJranscendantaux de la raison pure; dans la secoride, dfr ses raisonnements transcendants et dialectiques.

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