‹ Critique de la raison pure (volume 5)Chapitre 26 sur 49 · Nous sommes réellement en possession de coû · texte numérisé non relu

Nous sommes réellement en possession de coû

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naissances synthétiques a priori, comme le prouvent les principes de l'entendement qui anticipent {anticipiren) l'expérience. Si cependant quelqu'un n'en comprenait pas la possibilité, il pourrait à la vérité douter d'abord si elles sont réellement en nous a priori, mais il ne pourrait pas en conclure l'impossibilité par les simples facultés de l'entendement, ni déclarer inutiles tous les pas de la raison suivant la règle qui résulte de ces connaissances. Seulement il pourrait dire : si nou& en apercevions l'origine et la vérité, nous pourrions déterminer la circonscription et les bornes de notre raison, mais auparavant toutes les assertions de- la raison sont téméraires. De cette manière un doute universel dans toute philosophie dogmatique, laquelle va son chemin sans la critique de la raison, serait tout à fait fondé; mais on ne pourrait cependant pas absolument contester à la raison un semblable progrès s'il était préparé et assuré par une meilleure constitution. Car enfin, tous les concepts, et même toutes les questions que nous propose la raison pure, ne sont pas simple hasard de l'expérience; ils ùe sont même que dans la raison, qui doit pouvoir comprendre la valeur ou la nullité des uns et résoudre les autres. Nous ne sommes pas non plus autorisés à rejeter ces questions en prétextant notre faiblesse^ comme si leur solution tenait réellement à la nature des; choses, et à nous refuser à leur investigation ultérieure; la raison seule ayant engendré ces idées dans son sein, elle doit se rendre compte de leur valeur ou de leur apparence dialectique.

905. Toute polémique sceptique n'est proprement dirigée contre le dogmatiste qui, sans se défier de ses premiers principes objectifs, c'est-à-dire sans critique.

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poursuit gravement son chemin, que pour déranger ses plans et le ramener à la connaissance de lui-même. Elle ne décide absolument rien par rapport à ce que nous pouvons savoir ou ne pas savoir. Toutes les vaines tentatives dogmatiques* de la raison sont des faits qu'il est toujours utile de soumettre à la censure. Mais ceci ne peut rien décider sur l'attente de la raison relativement à un meilleur succès de ses efforts futurs, et à ses prétentions à cet égard. La simple censure ne peut donc pas terminer la querelle sur les droits de la raison humaine.

906. Hume étant peut-être de tous les sceptiques le plus ingénieux, mais étant sans contredit le plus remarquable par l'influence que la méthode sceptique peut avoir pour provoquer un examen fondamental de la raison, il vaut la peine d'exposer, autant qu'il entre dans mon plan de le faire, la marche de ses raisonnements, et les erreurs d'un homme si habile et si estimable, erreurs qui ont cependant pris naissance sur le sentier de la vérité.

907. Hume pensait peut-être, quoiqu'il ne s'en soit jamais expliqué clairement, que nous sortons, dans certains de nos jugements, hors de notre concept de l'objet. J'ai appelé cette espèce de jugements, jugements synthétiques. Un fait qui ne souffre pas la moindre difficulté, c'est que je puis, par le moyen de l'expérience, sortir du concept que j'ai déjà des objets. L'expérience est même une semblable synthèse des perceptions, qui augmente le concept résultant d'une perception par d'autres perceptions qui s'y ajoutent. Mais nous croyons aussi pouvoir a priori sortir de notre concept, et étendre ainsi notre connaissance. Nous tentons de le faire, ou par l'entendement pur, dans ce qui peut être au moins

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ub objet de t expérience, ou par la raison puma l'égard des qualités sensible» des choses, ou même de Texis^ •tence d'objets qui ne peuvent jamais se présenter dans l'expérience. Notre sceptique ne distingua pas ces deux sortes de jugements comme il aurait cependant jdû le faire ; et il regarda comme impossible, sans expérience antérieure, cette augmentation des concepts par des concepts, et, si je puis ainsi dire, F enfantement spontané de notre entendement même (et de la raison). D'où il conclut que tous ces prétendus principes a priori n'étaient que des rêves. Il crut trouver qu'ils n'étaient que. l'habitude résultant de l'expérience et de ses lois, par conséquent que ce n'étaient que des règles purement empiriques, c'est-à-dire contingentes par elles -mêmes, auxquelles nous accordons faussement la nécessité et l'universalité. A l'appui de cette étrange assertion, il en appelle au principe universellement reconnu du rapport de la cause et de l'effet. Comme aucune faculté intellectuelle ne peut nous conduire du concept d'une chose à l'existence de quelque autre chose qui soit par là donnée universellement et nécessairement, il crut pouvoir en conclure qu'il n'y a rien en nous qui soit capable sans expérience d'augmenter notre concept, et qui nous autorise à porter un jugement qui ait une valeur matérielle a priori. Que la lumière solaire fonde la cire qu'elle éclaire, en même temps qu'elle durcit l'argile, c'est qe qu'aucune intelligence n'aurait pu deviner, loin de le conclure régulièrement en partant de& concepts que nous avions déjà de ces choses ; l'expérience seule pouvait nous apprendre cette loi. Nous avons vu, au contraire, dans la Logique transcendantale, que, tout en ne pouvant jamais sortir immédiatement de la matière

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du concept qui nous est donné, nous pouvons cependant connaître parfaitement a priori la loi de liaison avec d'autres choses, mais par rapport h une troisième chose,* savoir, à une expérience possible. En conséquence 6i la cire qui auparavant était solide se fond, je puis coq naître a priori que quelque chose a dû précéder (par exemple, la chaleur solaire), ensuite de quoi la fusion s est opérée suivant une loi contante, quoique, sans expérience, je ne puisse connaître a priori d'une manière déterminée, et sans l'enseignement de l'expérience, ni la cause par l'effet, ni l'effet par la cause. Hume conclut donc faussement de la contingence de notre détermination suivant la loi, à la contingence de la loi même, et il confondit le fait de passer du concept d'une chose à l'expérience possible (ce qui arrive a priori et constitue la réalité objective de ce concept), avec la synthèse des objets de l'expérience réelle, qui est toujours empirique. 11 fît donc d'un principe de l'affinité, qui a son siège dans l'entendement et énonce une liaison nécessaire, une règle de l'association qui n'a lieu que dans l'imagination imitative, et ne peut exposer que des liaisons fortuites et non objectives.

908. Mais les erreurs sceptiques de cet homme, d'ailleurs très pénétrant, résultèrent principalement d'un défaut qull eut cependant de commun avec tous les dogmatiques, savoir, de ce qu'il ne considérait pas systématiquement a priori toutes les espèces de synthèses de l'entendement. Car il aurait trouvé, par exemple, pour ne pas parler ici du reste, que le principe de la permanence, tout aussi bien que celai de la causalité, précède l'expérience. De'cette !manière il aurait pu prescrire à l'entendement s'étendant a priori, et à la raison

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pure, certaines limites. Mais lorsqu'il se contente de ctrcomerirz notre entendement sans en poser les bornes, et qu'en établissant une défiance générale, il ne donne aucune connaissance déterminée de l'ignorance qui nous est invincible ; lorsqu'il censure quelques principes de l'entendement, sans le soumettre lui-môme à l'épreuve de la critique dans toute son étendue, et qu'il accuse cette faculté de refuser ce qu'elle ne peut réellement accorder, alors il va trop loin, puisque sans l'avoir soumise tout entière à l'exameo, il lui conteste tout pouvoir de s'étendre a priori. Il lui arrive donc ce qui ruine toujours le scepticisme ; c'est que le scepticisme lui-même ne manque jamais d'être mis en doute, parce que ses objections ne reposent que sur des faits accidentels, au lieu de porter sur des principes capables de faire renoncer nécessairement au droit d'affirmer, dogmatiquement.

909. Comme il ne connaît non plus aucune différence entre les droits fondés de l'entendement et les prétentions dialectiques de la raison, contre lesquelles cependant sont surtout dirigées ses attaques, la raison, dont l'élan propre n'est pas le moins du monde ici troublé, mais entravé seulement ne s'aperçoit pas que le champ de ses excursions est entièrement fermé, et ne peut jamais être complètement détourné de ses efforts; et, quoiqu'elle soit attaquée çà et là dans ses tentatives, elle n'çst jamais parfaitement repoussée; car'elle s'arme pour résister aux attaques, et s'opiniâtre d'autant plus à établir ses prétentions. Mais une revue rigoureuse de tous nos moyens, et la persuasion qui en résulte de la jouissance assurée d'une petite possession, fait disparaître tout litige, malgré la vanité de prétentions plus élevées,

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et porte à se contenter d'une propriété restreinte, mais incontestable.

910. Le dogmatiste sans critique, qui n'a point mesuré la sphère de son entendement, qui, par conséquent, n'a pas déterminé suivant des principes les bornes de la connaissance possible, et qui ne sait pas d'avance ce qu'il peut, mais qui pense s'en assurer en l'essayant, doit courir plus que le danger d'être en butte à ces attaques sceptiques ; il doit en essuyer un vrai dommage. Car s'il affirme une seule chose dont il ne puisse rendre raison, mais sans pouvoir en expliquer l'apparence par des principes, alors son soupçon tombe sur toutes les assertions, quelque persuasives qu'elles puissent être d'ailleurs.

911. C'est ainsi que le sceptique corrige le disputeur dogmatique, et le conduit à une saine critique de l'entendement et de la raison même. Dès qu'il y est parvenu, il n'a plus rien à craindre; car il distingue alors sa possession de tout ce qui n'est pas elle ; il ne s'arroge aucun droit sur ce qui ne lui appartient pas, et évite ainsi les contestations. À la vérité, la méthode sceptique ne satisfait pas par elle-même aux questions de la raison, mais cependant elle préparela raison en l'exerçant, excite sa vigilance, et la conduit aux moyens fondamentaux qui peuvent lui garantir sa possession légitime.

SECTION III

Discipline de la raison pure par rapport ara hypothèses.

912. Puisqu'enfin nous savons par la critique de notre raison qu'en fait, dans son usage pur et spéculatif, nous ne pouvons rien savoir, ne devrait-elle pas ouvrir, un

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champ d'autant plus vaste aux hypothèses, puisqu'il nous est du moins permis d'inventer et d'opiner, sinon d'affirmer?

913. Si l'imagination ne doit pas délirer, mais femdre, soirs la censure sévère de la raison, quelque chose de parfaitement certain, de non fictif et qui ne soit point de simple opinion, doit toujours précéder ; et ce quelque chose est la possibilité de l'objet même. Alors il est bien peripis, par rapport à sa réalité, de recourir à l'opinion. Mais, pour que cette opinion ne soit pas vaine, elle doit être employée comme principe d'explication, conjointement avec ce qui est vraiment donné, et qui est par conséquent certain; et alors l'opinion s'appelle hypothèse.

914. Mais comme nous ne pouvons nous faire la moindre notion de la possibilité de l'union dynamique a priori, et que la catégorie de l'entendement pur ne sert point à la penser, mais seulement à la comprendre partout où elle se trouve dans l'expérience , nous ne pouvons pas imaginer originellement suivant ces catégories un seul objet d'après une qualité nouvelle et qui ne puisse être donné empiriquement, ni le donner pour fondement à aucune hypothèse légitime; ce serait simplement soumettre à la raison de vaines chimères, au lieu de concepts de choses. Ainsi, il n'est pas permis d'imaginer de nouvelles facultés primitives, par exemple un entendement capable de percevoir son objet sans le secours des seùs, — ou une force attractive sans contact, — ou une nouvelle espèce de substance qui, par exemple, soit présente dans l'espace sans impénétrabilité, — ni par conséquent aucun commerce des substances différent du commerce universel que présente l'expérience, -r- au-

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cane durée si ce n'est dans le temps. En un mot , notre raison peut seulement faire servir les conditions de l'expérience possible, comme conditions de la possibilité des choses, mais pas du tout se créer à elle-même des Choses indépendamment de ses conditions, parce que des concepts de cette nature, quoique sans contradiction, seraient toujours sans objet.

915. Les concepts rationnels sont, comme nous l'a-* vous dit, de simples idées, et n'ont aucun objet dans une expérience quelconque* Mais ce n'est pas à dire pour cela qu'ils indiquent des objets fictifs et qui soient par là même regardés comme possibles. Ils sont simplement pensés problématiquement pour fonder dans le champ de l'expérience à leur égard (comme fictions heuristiques) des principes régulateurs de l'usage systématique de l'entendement. Sort-on de l'expérience, ce ne sont plus que de simples êtres de raison, dont la. possibilité ne peut être établie, et qui par conséquent ne peuvent être hypothéiiquement posés pour fondement à l'expia cation des phénomènes réels. H est bien permis de concevoir l'âme comme simple, afin, suivant cette idée, de donner pour principe de notre jugement sur les phénomènes internes une parfaite et nécessaire unité à toutes les facultés de l'âme, quoiqu'on ne puisse les apercevoir en même temps in concreto. Mais admettre l'âmè comme substance simple (ee qui est un concept transcendant) serait une proposition qui* non seulement ne pourrait être prouvée (ce qui est le cas de plusieurs hypothèses physiques),' mais qui serait de plus tout arbitraire et aveugle, parce que le simple ne peut se présenter dans aucune expérience, et que, si l'on comprend ici sous le mot substance l'objet permanent de l'intuition

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sensible, la possibilité d'un phénomène simple ne peut absolument pas être aperçue. La raison a le droit de regarder comme une opinion la notion d'êtres purement intelligibles ou les qualités simplement intelligibles des choses du monde sensible, quoique (parce qu'on n'a aucun concept de leur possibilité ni de leur impossibilité) ces choses ne puissent non plus être niées dogmatiquement, par suite d'une vue de l'esprit prétendue meilleure.

* 916. Pour expliquer des phénomènes donnés on ne peut employer d'autres choses, comme principes d'explication, que celles qui ont été unies avec les choses données, suivant des lois déjà reconnues des phénomènes. Une hypothèse trancendantale dans laquelle une simple idée de la raison serait employée à l'explicatien de la nature des choses, serait par le fait une explication nulle, puisque ce qui ne serait pas suffisamment compris par des principes empiriques reconnus serait expliqué par quelque chose qu'on ne comprend absolument pas. Le principe d'une telle hypothèse ne servirait proprement qu'à tranquilliser ta raison, mais pas du tout à L'avancement de l'usage de l'entendement par rapport aux objets. L'ordre et la finalité dans la nature ne doivent à leur tour s'expliquer que par des causes physiques et suivant des lois physiques ; et les hypothèses les plus audacieuses, si toutefois elles ne sont que physiques, y sont plus tolérables encore que l'hypothèse métaphysique, c'est-à-dire que l'appel à un auteur divin que Ton suppose à cet effet. Ce principe serait en effet celui de la raison paresseuse (ignava ratio), qui permettrait d'admettre d'un seul coup toutes les causes dont on peut encore connaître, par une expérience progressive, la

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réalité objective, du moins quant à la possibilité , pour se reposer dans une simple idée qui est très corn mode à la raison. Mais pour ce qui est de la totalité absolue du principe d'explication dans la série des causes, ce ne peut être un obstacle par rapport aux objets cosmiques, parce que ces objets n'étant que des phénomènes , jamais rien d'achevé ne peut y être espéré dans la syn thèse de la série des conditions.

917. On ne peut recourir à des hypothèses trânscendantales de l'usage spéculatif de la raison, ni à la liberté de se servir de principes métaphysiques pour suppléer au défaut de principes physiques d'explication, soit parce que la raison n'avancerait point par là, mais plutôt verrait tout le progrès de son usage interrompu, soit parce que cette licence la priverait de tout le fruit de la culture de son terrain propre, savoir l'expérience. Car si l'explication de la nature nous devient ici ou là difficile , alors nous avons tout de suite sous la main un principe d'explication transcendant qui nous dispense de toute recherche, et notre investigation se termine, non par une connaissance, mais par l'entière incompréhensibilité d'un principe déjà tellement préconçu qu'il devait contenir le concept de F absolument Premier.

918. La deuxième condition requise pour qu'une hypothèse puisse être admise, c'est qu!elle suffise pouf déterminer a priori les conséquences, qui sont données* S'il faut, à cet effet, recourir à des hypothèses subsidiaires, elles font soupçonner qu'elles ne sont qu'une simple fictioq ; chacune d'elles, ayant besoin de la même justification que requérait déjà la pensée fondamentale ou première, ne peut, par conséquent, donner un témoi-

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goage idoine. Si, dans la supposition d'une cause infiniment parfaite, on ne manque pas de principe d'explication de toute la régularité, de tout Tordre et de toute la grandeur qui se remarque dans le monde, cette supppsition a cependant besoin, dans les aberrations et les maux qui se présentent, du moins suivant nos concepts, de nouvelles hypothèses pour être à l'abri des doutes qui pourraient naître de la vue de ces maux. Si lasubstantialité simple de l'âme humaine, qui est posée comme fondement de ses phénomènes, est attaquée par. les difficultés qui naissent de la ressemblance de ses phénomènes avec les changements qu'éprouve la matière (l'accroissement et le décaissement) , de nouvelles hypothèses doivent être invoquées; hypothèses à la vérité, qui ne sont pas sans apparence [Scheiri], mais qui,* cependant, manquent de toute confiance, excepté de celle que leur accorde l'opinion, prise pour principe fondamental, à laquelle elles doivent cependant servir d'appui.

9 19. «Si les affirmations de la raison, données ici pour exemples (l'unité incorporelle de l'âme et l'existence d'un être suprême), ne doivent pas valoir comme hypothèses, mais comme dogmes prouvés a priori, alors il n'est plus question d'hypothèses. Mais aussi la preuve doit avoir la certitude apodictique d'une démonstration. Car si l'yon veut rendre simplement vraisemblable la réalité de ces idées, c'est une entreprise aussi absurde que si Ton pensait démontrer seulement comme probable une proposition géométrique. La raison séparée de toute expérience ne peut rien connaître. qua priori et nécessairement, à moins de ne rien connaître dû tout* Par conséquent son jugement n'est jamais opinion; c'est ou une abstention de tout jugement, ou une certitude

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apodictique. Des opinions et des jugement» vraisemblables sui* ce qui convient aux choses , ne sont possibles qu'à titre de principes d'explication de ce qui est réellement donné, ou comme conséquences, suivant des lois empiriques, de ce qui est fondamental et réel, par conséquent dans la série des objets de l'expérience seulement. Opiner hors de ce champ, c'est jouer avec des pensées, à moins que l'on ne croie simplement pouvoir trouver par hasard la vérité sur une voie incertaine du jugement.

920. Mais quoique dans les questions simplement spéculatives de la raison pure, il n'y ait pas lieu de faire des hypothèses pour fonder des propositions, elles y sont cependant très admissibles pour se défendre seulement, c'est-à-dire non dans l'usage dogmatique, mais dans l'usage polémique. J'entends, par le mot défense, non la multiplication des arguments en faveur d'une proposition, mais simplement l'anéantissement des vues apparentes d'un adversaire, destinées par lui à ruiner notre assertion. Or, toutes les propositions synthétiques par raison pure ont cela de propre, que, si celui qui affirme la réalité de certaines idées, n'en sait jamais assez pour rendre sa proposition certaine, d'un autre côté son adversaire en sait tout aussi peu pour affirmer le contraire. Cette égalité du sort de la raison humaine ne favorise* à la vérité, aucun des deux partis dans les connaissances spéculatives; mais elle devient par là même le théâtre naturel de coirçbats sans fin. Cependant on verra clairement par la suite que, par rapport à l'usage pratique, la raison a Je droit de supposer quelque chose qu Bile ne peut légitimement admettre dans le champ de la simple spéculation sans des preuves suffisantes, parce

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que, d'un côté, toutes ces suppositions nuisent à la perfection de la spéculation, et que, de l'autre, l'intérêt pratique n'a point à s'occuper de spéculation. En morale, la raison est donc en possession, sans avoir besoin de démontrer la légitimité du fait : ce que d'ailleurs elle ne pourrait faire. C'est donc à l'adversaire à prouver. Mais, comme celui-ci sait aussi peu, touchant l'objet en question, pour affirmer qu'il n'est pas, que le premier qui en affirme l'existence, il y a évidemment ici un avantage de la part de celui qui affirme quelque chose comme supposition pratiquement nécessaire (melior est condùio possidentà) . Je dis donc qu'il lui est libre, pressé qu'il est en quelque sorte par la nécessité, de se servir, pour défendre sa cause, des mômes moyens que l'adversaire emploie contre elle, c est-à-dire d'hypothèses. Mais ces hypothèses ne doivent pas servir à fortifier la preuve de la proposition attaquée; elles ne sont destinées qu'à faire voir que l'adversaire connaît trop peu l'objet de la difficulté pour que, par rapport à nousT il puisse se flatter de l'avantage d'une vue spéculative. . 921. Les hypothèses ne sont donc permises dans le champ de la raison pure que comme des armes, c'està-dire non pour fonder un droit, mais uniquement pour le défendre. Mais ici nous devons toujours chercher l'adversaire en nous-mêmes, car la raison spéculative est -essentiellement dialectique dans son usage transcendante, et les objectiojis qui pourraient être à craindre sQpt au-dedans de nous-mêmes. Nous devons les exhumer comme des prétentions anciennes, mais imprescriptibles, afin de fonder une paix éternelle sur leur abolition. Un repos extérieur n'est qu'apparent; il faut extirper le germe des hostilités qui se trouve dans la

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nature de la raison humaine. Mais comment en pour-' rons-npus venir à bout si nous ne lui donnons pas la liberté de se déyelopper, de se nourrir pour qu'il se montré, afin de le détruire ensuite radicalement? Imaginez (Jonc vous-mêmes des objections qui ne sont encore venues à la pensée de personne, donnez dés armes à votre adversaire, ou mettez-le sur le terrain le plus favorable. Rien à craindre, mais tout à espérer en cela; vous prendrez ainsi une possession qui ne pourra plus vous être enlevée par la suite.

922. Une parfaite armure a donc aussi besoin des hypothèses de la raison pure, hypothèse qui , bieu qu'elles ne soient que des armes de plomb (parce qu'elles ne sont acérées par aucune loi de l'expérience), seront cependant toujours aussi bounes que celles dont un adversaire peut se servir contre vous. Si donc vous êtes pressés par une objection (sous un autre rapport non spéculatif) contre la nature de l'âme supposée immatérielle et à l'abri de tout changement corporel, sous prétexte que l'expérience semble prouver $oit l'accroissement, soit le décaissement des; facultés de l'âme, comme si elles n'étaient que différentes modifications de nos organes, vous pouvez infirmer la force de cet argument en supposant que notre corps n'est que le phénomène fondamental auquel , comme condition , sç rapporte, dans l'état actuel (la vie) , toute la capacité det sentir, et avec elle toute la pensée; en supposant que la séparation du corps est la fin de cet usage sensible dé notre faculté de connaître, et le commencement de son usage intellectuel. Le corps ne serait donc pas la cause de la pensée, il en serait simplement la condition restrictive-, et par conséquent devrait être considéré çom-r

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!«# auxiliaire de la vie sensible et animale, et à plus forte tdkmm encore, comme un obstacle à la Vie pure et spirituelle. En sorter que la dépendance où est la vie «emsible delà constitution corporelle, ne prouverait rien pour la dépendance où serait toute la> vie de l'état de nos organes. Vous pouvea même aller plus loin et élever des doutes nouveaux , ou qui n'ont .point encore suigi, ou qui n'ont pas été poussés assez loin.

923. La contingence des générations qui, dans les hommes comme dans les brutes, dépend de l'occasion, et trouve en outre des aliments, de la conduite, des caprices et des fantaisies, trop souvent mémo do vice, forme une grande difficulté contre l'opinion de l'éternité à venir d'une créature, dont k* vie commence d'abord dansides circonstances si peu importantes, et si entièrement abandonnées à notre disposition. Pour ce qui est de la. perpétuité de toute l'espèce (sur la terre), k difficulté a peu de poids, parce que l'accident individuel n'est soumis à aucune loi dans l'espèce. Mais par rapport à tout individu, il est sans doute difficile d'atteadre un si grand effet de si petites causes. Vous pouves de plus former cette hypothèse transcendantale, que toute kt vie nBSt proprement qu'intelligible, exempte des révolutions du temps l qu'elle, n'a point commencé par la naissance et qu'elle ne doit point finir par la mort; que cette vie n'estqu'un simple phénomène, c'est-à-dire une représentation sensible de la vie. spirituelle pure, çt que le monde sensible tout entier n'est qu'une pure image qui sfe présente à notre manière de connaître actuelle, efqui, comme iin songe, n'a aucune réalité objective en soi; que si nous devions bous apercevoir naus-mâmes comme nqu$ sommes^ et les choses cwnmç eiles sont,

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nous nous verrions dans un monde de natures spirituelles, avec lequel notre unique et vrai commerce n'a pas commencé à la naissance, et ne doit point finir à la mort, qui. n'est qu'un phénomène, etc.

924. Quoique nous ne sachions pas la moindre chose de tout ce que nous avons ici prétexté hypothétiquement contre l'attaque, et que nous ne l'affirmions pas sérieusement; quoique tout cela ne soit pas même de» idées de raison, njais simplement des conceptions imaginées pour la défense; cependant nous nous conduisons ici d'une manière raisonnable, parce que nous faisons seulement voir à notre adversaire, qui pense avoir épuisé toute possibilité en présentant mal à propos le défaut de conditions empiriques de cette pos- . sibilité pour une preuve de l'impossibilité universelle de tout cq que nous croyons, qu'il ne peut pas plus embrasser par les simples lois de l'expérience tout le champ des choses possibles en soi, que nous ne pouvons acquérir fondamentalement par la raison la connaissance de quoi que ce «oit au delà des bornes de l'expérience. Celui qui emploie ces moyens hypothétiques contre les prétentions audacieuseiûent négatives d!un adversaire, ne doit pas être pour cela considéré comme voulant en faire tes «propres et vraies opinions; il les abandonne aussitôt qu'il a repoussé la suffisance dogmatique de son antagoniste; car s'il y a, modération et modestie .à ne point admettre les assertions hasardées des autres, il n'y a cependant pas moins de prétention orgueilleuse à vouloir faire passer ses propres négations et objections comme des preuves du contraire, que si VotL avait pris le parti affirmàtif et le rôle de l'assertion. 925. On voit donc par 1£ que, dans l'usage spééqla^

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tif de la raison , des hypothèses n'ont par elles-mêmes aucune valeur comme opinions, mais seulement par rapport à des prétentions transcendantes opposées. Car l'extension des principes de l'expérience possible à la possibilité des choses en général, est aussi transcendante que l'affirmation de la réalité objective de concepts qui ne peuvent trouver leur objet qu'en dehors dés bornes 4e toute expérience possible. Ce que la raison pure juge assertoriquement doit (comme tout ce qu'elle connaît) être nécessaire, à moins de n'être absolument rien* Elle ne renferme donc réellement aucune* opinion, Mais ces hypothèses ne sont que des jugements problématiques qui ne peuvent pas du moins être contredits, quoique sans doute ils ne puissent être démontrés par rien. Ce ne sont par conséquent pas des opinions privées, bien qu'elles ne puissent pas être facilement exemples de de doute (même par rapport à la tranquillité interne). Mais on doit les maintenir telles, et faire grandement attention qu'elles ne croient pas à elles-mêmes, qu'elles ne prétendent pas à une valeur absolue, et quelles n'étouffent pas la raison sous des fictions et des illusions,

SECTION IV

Discipline de la raison pare par rapport à bm preuves.

. 926. Les^ preuves de propositions transcendantales et synthétiques ont cela de propre, entre toutes les preuves d'une connaissance synthétique a priori, que la raison par le moyen de ses concepts n'y doit pas s'appliquer . immédiatement à l'objet; la valeur objective des concept$ et la possibilité de leur synthèse doivent d'abord

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être prouvées a priori. Il ne s agit pas là simplement d'une règle de prudence nécessaire, mais -encore de la nature et de la possibilité des preuves mêmes. Si je dois dépasser a priori le concept d'un objet, je ne pourrai le faire sans un fil conducteur particulier et étranger à ce concept. Dans les mathématiques, ce fil est l'intuition a priori qui dirige ma synthèse ; toutes les conséquences peuvent y être iléduites immédiatement de l'intuition pure. Dans la connaissance transcendantale, qui n'a d'objet que les concepts de l'entendement, cette règle consiste dans l'expérience possible. La preuve ne fait donc pas voir que le concept donné (par exemple le concept de ce qui arrive) conduise directement à un autre concept (celui d'une cause); car ce passage serait un saut qu'on ne pourrait justifier : mais elle montre que l'expérience elle-même, par conséquent l'objet de l'expérience, serait possible sans cette liaison. La preuve devait donc faire voir en même temps la possibilité d'ar-*river synthétiquement et a priori à une certaine connaissance des choses qui n'était pas comprise dans leur concept. Sans cette attention, les arguments se précipitent comme des eaux qui débordent avec impétuosité et se répandent à travers la campagne, partout où la pente d'une association cachée les dirige fortuitement. L'apparence de la persuasion, apparence qui repose sur des causes subjectives de l'association, et qui passe pour l'aperçu d'une affinité naturelle, ne peut absolument pas contrebalancer l'ambiguïté qui ne peut manquer de se rencontrer dans une marche aussi hasardée. Toutes les tentatives pour prouver la proposition du principe suffisant ont donc été vaines, de l'avis unanime des docteurs; et avant que la critique transcendantale eût paru,

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on Ven rapportait obstinément, puisqu'on ne pouvait pa§ abandonner ce principe, au sens commun de l'humanité (appel qui montre toujours que la cause ds la raison est désespérée), plutôt que de consentir à chercher de nouveaux arguments dogmatiques ,

. 927. Mais si la proposition qui doit être prouvée est uttetissertion de la raison pure, et si je veux m'éleyer par le moyen de simples idées au-dessus de mes concepts empiriques, cette proposition doit, à plus forte raison, contenir en elle la justification d'une pareille progression synthétique (si cette progression était d'ailleurs possible), comme une condition nécessaire de sa force démonstrative. Ainsi, quelque spécieuse que soit la prétendue preuve de la simplicité de la nature de notre substance pensante, tirée de l'unité de l'apperception, j'y rencontre cependant une difficulté incontestable : c'est que là simplicité absolue n'étant pas un concept susceptible d'être immédiatement rapporté à une perception, mais un concept qui doit être simplement conclu comme idée , on ne voit pas comment là. simple conscience, contenue dans tout acte de la pensée, ou du moins qui peut y être contenue, devrait, toute représentation simple qu'elle est, me conduire k la conscience et à la connaissance d?une chose dans laquelle seule la pensée peut être contenue. Gar si je me représente en mouvement la force démon corps, il sera pour moi une unité. absolue, et la représentation que je m'en fais sera simple. Je puis donc exprimer cette force représentative par le mouvement d'un point, attendu que le volume ne fait rien ici, et que je puis me le représenter sans aucune diminution déjà force, si petit qu'il soit supppsé, dût-il se trouver réduit à un point. Je ne conclurai cependant pas de là que,

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si rien ne' m'était donné que la force motrice d'an oo*ps, je pusse concevoir le corps comme substance simple par la raison que sa représentation est abstraite fie toute quantité du contenu dans l'espace, et. par conséquent est simple. Par là même donc que le simple dans l'abstraction est tout à fait différent du simple dans l'objet, et que le moi, qui dans le premier sens ne comprend aucune diversité, peut, dans le second sens, lorsqu'il signifie l'âme même, être un concept très complexe, où contenir sous lui et désigner beaucoup de choses, par -là même je découvre un paralogisme. Mais, pour le pressentir (car sans une telle conjecture préalable jamais cet argument n'aurait été suspecté), il est absolument nécessaire d'être constamment armé d'un critérium permanent de la possibilité de ces propositions synthétiques, qui doivent toujours plus prouver que l'expérience ne ,peut donner. Or, ce critérium consiste en ce que la preuve ne soit pas conduite directement à l'attribut désiré, mais par le moyen d'un principe de la possibilité d'étendre un concept a priori jusquJ à des idées, et de les réaliser ensuite. Si l'on usait toujours de cette précaution ; si, avant de chercher une preuve,- on examinait d'abord sagement en soi-même comment et avec quel motif d'espoir on peut se promettre une telle extension par la raisdïi pure, et d'où l'on veut tirer en pareil cas ces vues qui ne peuvent être dérivées de concepts, ni être anticipées par lé rapport à l'expérience possible, on s'épargnerait beaucoup d'efforts pénibles et toujours infructueux, car on n accorderait pas à la raison ce qui surpasse manifestement sa force ; ou plutôt on mettrait un frein à ses élans vefs" l'extension spéculative, qu'il est si difc ficile de modérer. .

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928. La première règle est donc de n'essayer aucune preuve transcendantale sans avoir auparavant réfléchi, et sans s'être d'abord rendu compte de la source où l'on puisera les principes sur lesquels on pense . établir ces arguments, ainsi que du droit qu'on a d'attendre de ces principes de justes conséquences. Si ce sont des principes de l'entendement (par exemple dé la causalité), en vain l'on s'efforcera d'arriver par leur moyen aux idées de la raison pure, car ils ne valent que pour des objets de l'expérience possible. Si ce sont des principes de la

.raison pure, alors toute peine est également perdue. Ils sont à la vérité dans la raison; mais, comme principes objectifs, ils sont tous dialectiques, et ne peuvent en tout cas valoir que comme des principes régulateurs de l'usage empirique, coordonné systématiquement. Mais si ces prétendus arguments se présentent, opposez à la fausse persuation le nori liquet d'un jugement par la réflexion ; et, quoique vous ne puissiez pas encore pénétrer leur prestige, vous avez néanmoins le plein droit de demander la déduction -des principes employés dans ce cas ; déduction qui, si ces principes doivent être tirés de la simple raison, ne peut jamais vous être donnée. Et ainsi vons n'avez pas même besoin d'entreprendre le dénoûment et la réfutation de chacune de ces apparences sans fondement; vous pouvez renvoyer toute ceàte dialectique, inépuisable en artifices, devant le , tribunal de la raison critique, qui demande des lois.

929. Le second caractère des preuves transcendantales est que, pour chaque proposition transcendantale, on ne peut trouver qu'un seul argument. Si je ne dois pas conclure des concepts, mais de l'intuition gui correspond à un concept, que ce soit une intuition pure,

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comme dans les mathématiques ou une intuition empirique, comme' dans la physique, l'intuition posée en principe me donne alors une matière diverse de propositions synthétiques, matière que je puis unir de plus d'une manière; et, pouvant partir aussi de plusieurs points, je puis arriver par différente^ voies à la même proposition.

930. Mais toute proposition transcendantale part simplement d'un concept unique, et pose la condition synthétique de là possibilité de l'objet d'après ce concept. Il ne peut donc y avoir qu'un seul argument, parce que, à l'exception de ce concept, il n'y a plus rien par quoi Tobjet puisse être déterminé. La preuve ne peut donc contenir que la détermination d'un objet en général suivant ce concept, qui est aussi seul et unique. Par exemple, dans l'Analytique transcendantale, nous avons lire la proposition : tout ce qui arrive a une cause, de la seule condition de la possibilité objective d'un concept de ce qui arrive en général: si bien que la détermination d'un événement dans le temps, par conséquent cet événement lui-même comme appartenant à l'expérience, serait impossible, s'il n'était soumis à cette règle dynamique. Tel est donc aussi le seul argument possible; car, par cela seul qu'un objet est destiné au concept par le moyen de la loi de la causalité, l'événement représenté vaut objectivement, c'est-à-dire est vrai. À la vérité, on a encore cherché d'autres preuves de cette proposition', en essayant de les tirer, par exemple, delà contingence; mais en considérant cette proposition de plus près, oh ne peut trouver aucun autre signe de la contingence que le fait A' arriver, c'est-à-dire l'existence précédée du nonêtre de l'objet, et l'on revient par conséquent toujours

au wème argument . S'il s'agit de prouver la proposition: tout ce qui pense est simple, r>n ne s'arrête pas à la diversité de la pensée, njais on tient fermement au concept du moi, concept simple et auquel se rapporte toute pensée. Il en çst de même de la preuve transcendance de l'existence de Dieu, qui repose simplement sur la réciprocité des concepts d'un être très réel et. nécessaire, et qui ne peut être tentée autrement.

931. Cette observation préventive réduit singulièrement la critique des assertions de la raison. Dès que la raison traite de simples concepts, il n'y a qu'une seule preuve possible, si toutefois il y en a une. Par conséquent, si l'on. voit le dogmatiste se présenter avec dix preuves, on peut être sûr alors qu'il n'en a aucune. Car s'il en avait une, qui (comme cela doit être en matière de raison pure), prouvât appdictiquement, qu'aùrait-il besoin des autres? Son but n'est donc pas différent de celui de cet avocat au parlement qui avait des arguments divers pour tous les juges, et qui faisait tourner à son profit la faiblesse de chacun d'eux. Car, sans se donner la peine d'approfondir une affaire, et pour se çtëbarrasser bien vite de la besogne, ils saisissaient la première raison qui leur semblait la meilleure, et décidaient en conséquence.

932 . La troisième règle propre à la raison pure, quand par rapport aux. preuves transçendantales elle e$t sou-r mise à une discipline, c'est que ses preuves jae doivent jamais être apagogiqùes, mais toujours ostensives. La preuve directe ou ostensive est, dans toute espèce de connaissance, celle qui unit en même temps la persuasion de la vérité et la connaissance de ses sources. La preuve ap^gogïque, au contraire, peut à la vérité pro-

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duire la certitude; mais pas l'intelligence de la vérité, par rapport à l'enchaînement des raisons de sa possibilité. Par conséquent les preuves apagogiques sont plutôt des procédés utiles en certains cas, qir'une méthode qui satisfasse à toutes les vues de la raisom Elles ont cependant l'avantage de l'évidence sur les preuves directes, en ce que la contradiction emporte toujours avec elle plus de clarté dans là représentation, que la meilleure synthèse, et approche de plus près de l'intuitif d'une démonstration.

-033. Ce qui fait sans doute que l'on emploie les preuves apagogiques dans les différentes sciences, c'est que, quand les principes d'où une certaine connais^ sance doit être dérivée sont trop variés et trop profonds, alors on cherche si l'on peut l'atteindre par ses conséquences. Mais le modus ponens (1), qui consiste h conclure la vérité d'une connaissance de la vérité de ses conséquences, n'est permis qu'autant que toutes ses conséquences possibles sont vraies ; car alors elles ne peuvent avoir qu'un seul principe possible, qui par conséquent est aussi le vrai. Mais cette méthode est impraticable, parce qu'elle surpasse notre force, puisque nous ne pouvons apercevoir toutes les conséquences possibles d'une proposition donnée. On emploie néanmoins cette manière de raisonner, quoique sans doute avec une certaine indulgence, lorsqu'il s'agit de prouver . quelque chose simplement comme hypothèse, permettant ce raisonnement par analogie, que, si toutes les conséquences que l'on a cherchées s'accordefnt parfaitement avec un principe reconnu, toutes les autres doi-

(i) V. Log*We de Kant, trad, ff., seconde édit.yp. 190 et i9U -* T.

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vent aussi se trouver d'accord avec lui. Une hypothèse ne peut donc jamais être par là convertie en vérité démontrée. Le modus tollens des raisonnements qui concluent des conséquences aux principes, prouve non seulement très strictement, mais aussi très facilement. Car si même une seule conséquence fausse peut être tirée d'une proposition, cette proposition elle-même est fausse. Au lieu donc de parcourir toute la série des principes dans une preuve ostensive, série qui peut conduire à la vérité d'une connaissance par le moyen de la vue complète de. sa possibilité, il suffit seulement de trouver une seule conséquence fausse parmi toutes celles qui découlent du principe contraire; alors ce contraire est également faux ; par conséquent la connaissance à démontrer est vraie.

934. Mais l'argumentation apagogique ne peut être permise que dans les sciences où il est impossible de substituera subjectif de notre représentation à l'objectif , c'est-à-dire à la connaissance de ce qui est dans l'objet. Mais si l'élément objectif prédomine, il doit arriver fréquemment ou que le contraire d'une certaine proposition répugne aux lois purement subjectives de la pensée, mais non à l'objet, ou que' deux propositions faussement regardées comme objectives ne soient réputées contradictoires entre elles que sous la condition subjective; et alors, comme la condition est fausse, toutes deux doivent être fausses, sans que de la fausseté de l'une on puisse conclure la vérité de l'autre.

935 . Dans les mathématiques , cette subreptiori est impossible. Les mathématiques sont donc le domaine propre de ces sortes de preuves. En physique, où tout se fonde sur l'intuition empirique, cette subreption peut

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le plus souvent être prévenue par un grand nombre d'observations comparées; cependant cette espèce de preuve y est en général de nulle valeur. Mais les recherches transcendantales de la raison pure partent toutes du foyer {Médium) propre de l'apparence dialectique; c'est-à-dire du subjectif, qui se présente ou s'impose à la raison dans ses prémisses comme objectif. Dans les propositions synthétiques de cette nature; il ne peut donc être permis de justifier ses assertions par la seule réfu-»tation du contraire. Car, ou cette réfutation n'est autre chose que la simple représentation du rejet de l'opinion contraire ainsi que des % conditions subjectives dé la compréhensibilité par notre raison, ce qui n'est assurément pas un motif pour nier la chose même (c'est ainsi par exemple que la nécessité absolue dans l'existence d'un être ne peut tout simplement pas êtrç comprisepar nous, et que par conséquent cette impossibilité s'oppose avec droit à toute preuve, subjective d'un être suprême nécessaire, sans s'opposer avec raison à la possibilité d'un tel être primitif en lui-même) ; — ou les deux parties, tant celle, qui affirme que celle qui nie, trompées par l'apparence transcendantale, mettent en- principe un concept impossible d'un objet : et alors il y a lieu à la règle non entis nulla simt prœdiçata, c'est-à-dire que ceux qu'on affirme et ceux, qu'on nie d'un objet sont également faux, et l'on ne peut apagogiquement parvenir à la connaissance de la Vérité par la réfutation de l'opposé. Soit, par exemple, la supposition que le monde sensible en lui-même est donné quant à sa totalité : alors il est faux, ou qu'il soit infini quant à l'espace, ou qu'il doive être fini et borné, parce que les deux cas sont faux. Car ,des phénomènes (comme simples représentations) ,

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qui cependant seraient donnés en eux-mêmes (comme objets) , sont quelque chose d'impossible, et l'infinité de ce tout imaginé serait à la vérité inconditionnée, mais contredirait (parce que tout dans les phénomènes est conditionné) la détermination quantitative absolue, qui est cepei}dant supposée dans le concept.

936. La preuve apagogique est aussi l'illusion propre qui a toujours attiré les admirateurs de la solidité <ie nos raisonneurs dogmatiques : elle est en quelque sorte le champion qui veut démontrer l'honneur et le droit incontestable du parti dont il s'est chargé, par cela seul qu'il s'engage à se battre avec quiconque en voudrait douter, quoique cette fanfaronnade ne décide absolument rien de ce qu'il affirme; elle ne sert qu'à faire voir la force respective des adversaires, et encore seulement du côté de l'agresseur. Les spectateurs, en voyant que chacun dans son rang a tantôt le dessus, tantôt le dessous, prennent trop souvent de là l'occasion de douter sceptiquement de l'objet même qui est l'occasion du combat. Mais* c'est à tort ; et il suffit de leur rappeler le non defensoribyts istis tempus eget. Chacun doit directement établir sa cause par le moyen d'une preuve légitimement obtenue par déduction transcendantale des arguments, ^'est-à-dire directement, afin que l'on voie ce que chacun peut alléguer en faveur de ses prétentions rationnelles. Car si un adversaire s'appuie sur des principes subjectifs, il est assurément facile de le. réfuter, niais sans avantage pour le dogmatique, qui d'ordinaire s'attache aussi à des causes subjectives du jugement, et qui peut être également poussé à bout par son adversaire» Mais si les deux parties agissent d'une manière toute directe, ou elles sentiront la difficulté, l'impossibilité

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MljlTHOBQLOCHE TBANSCEttDÀNTÀLE. " 383

même de trouver le titre de leurs assortions, et pourront enfin tre s'en rapporter qu à la prescription ; ou biefr la critique découvrira facilement l'apparence dogmatique, et forcera la raison pure à l'abandon de ses prétentions exagérées dans l'usage spéculatif, et à rentrer dans les bornes de son territoire propre, savoir les principes pratiques.

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