Cet argument si vanté se résout donc en un
(1) La pensée présente dans les deux prémisses un sens totalement différent. Dans la majeure elle est considérée comme se rapportant à un objet en général (par conséquent tel qu'il peut être donné en intuition) ; mais dans la mineure, elle ne consiste plus que dans le rapport à la conscience de soi , où par conséquent on ne pense aucun objet, mais où se retrouve seulement représenté le rapport à soi comme sujet (comme la forme de la pensée). Dans le premier cas, il est question de choses qui ne peuvent être pensées que comme sujet; dans le second, au contraire, il n'est plus question de choses, mais de l'acte de la pensée (puisque l'on fait abstraction de tout objet) dans laquelle le moi sert toujours de sujet pour la conscience. On ne peut donc avoir dans la conclusion : Je ne puis exister que comme sujet; — on n'a au contraire que ceci : Je ne puis, dans la pensée de mon existence, me servir de moi que pour sujet du jugement; — proposition identique qui ne dit absolument rien sur le mode de mon existence.
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paralogisme. C'est ce qui devient évident quand on fait attention à l'observation générale sur l'exposition systématique des principes, et à la section des noumènes, où nous avons démontré que le concept d'une chose qui peut exister en soi comme sujet, mais non comme simple attribut, n'emporte avec lui aucune réalité objective. Ce qui veut dire qu'on ne peut savoir si quelque objet peut lui correspondre quelque part , puisqu'on n'aperçoit pas la possibilité d'une telle manière d'exister ; c'est-à-dire par conséquent qu'il n'en résulte aucune connaissance. Donc, pour que ce concept puisse désigner, sous la dénomination de substance, un objet susceptible d'être donné, de devenir. une connaissance, il faut qu'une intuition constante, comme condition indispensable de la réalité objective d'un concept , à savoir, ce par quoi seul l'objet est donné, soit posé comme fondement. Or, nous n'avons absolument rien de permanent dans une intuition interne, car le moi n'est que la conscience de ma pensée. Si donc nous nous arrêtons à la pensée seule, il nous manque ainsi la condition nécessaire pour appliquer le concept de substance, c'est-à-dire d'un sujet existant en soi, pour lui-même comme être pensant. Et, dès lors c'en est fait aussi de la simplicité de la substance rattachée à ce sujet ; elle s'évanouit complètement avec la réalité objective du concept, et se résout en une unité qualitative purement logique de la conscience dans la pensée en général , que le sujet soit ou non composé.
Réfutation de l'argument de Mendelssohn en faveur de la permanence de Pâme.
467. Ce philosophe subtil aperçut facilement qu'il y a un vice dans l'argument par lequel on démontre ordi-
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n ai rement que l'âme (si l'on accorde qu'elle est un être simple) ne peut périr par la décomposition, et qu'il n'en démontre point nécessairement la permanence, puisque l'on pourrait encore trouver la fin de son existence dans l 'extinction, .11 cherche donc, dans son Phédon,h prouver que l'âme est à l'abri de cette extinction, qui serait un véritable anéantissement, en essayant de démontrer qu'un être simple ne peut absolument pas périr, parla raison que, comme il ne peut pas être diminué, ni rien perdre insensiblement de son existence de manière à être enfin réduit à rien (puisqu'il ne renferme aucune partie, et par conséquent aussi aucune multiplicité), il faudrait trouver un instant entre le moment eu il est et celui où il ne serait plus, ce qui est impossible. Mais il ne faisait pas attention que , quand même nous accorderions à l'âme cette nature simple, comme ne contenant aucune diversité respectivement extérieure à elle-même, par conséquent aucune quantité extérieure, on ne peut cependant pas plus lui refuser qu'à tout autre être existant une quantité intensive, c'est-à-dire un degr^ de réalité par rappport à toutes ses facultés, et même en général à tout ce qui compose l'existence, degré qui peut décroître insensiblement jusqu'à l'infini, de telle sorte que la prétendue substance (la chose dont la permanence n'est pas assurée d'ailleurs) peut se réduire à rien, quoiqu'il n'y ait pas en elle décomposition, mais bien par une perte insensible (remissio) de ses facultés (par conséquent par suite d'un dépérissement, s'il est permis d'employer cette expression) ; car la conscience elle-même a toujours un degré qui peut être indéfiniment diminué (1) ; par con-
(1) La clarté n'est pas, comme disent les logiciens, la conscience
séquent aussi la faculté d'être conscient de soi, et ainsi des autres facultés. La permanence de l'âme, comme objet du sens intime, reste donc à démontrer, et même est indémontrable , quoique cette permanence dans la vie soit claire en elle-même , puisque l'être pensant (tel que l'homme) est en même temps un objet des sens extérieurs. Mais cela ne suffit point au psychologue rationnel, qui entreprend de prouver par de purs concepts la permanence absolue au-delà de la vie actuelle (1).
d'une représentation ; car nn certain degré de conscience , mais qui ne sufût pas au souvenir, doit se trouver jusque dans les représentations obscures, puisque sans conscience nous ne ferions aucune diffé rence dans la liaison de représentations obscures, ce que nous pouvons cependant faire dans les éléments de plusieurs concepts (comme ceux du juste et de l'injuste, et même dans ceux du musicien qui touche plusieurs notes en môme temps dans un morceau d'improvisation). Mais une représentation claire est celle dans laquelle la conscience suffît pour donner conscience de la différence de cette représentation avec d'autres. Mais si cette conscience suffit pour la différence, sans suffire pour le sentiment de la différence, alors la représentation doit encore être dite obscure. Il y a donc une infinité de degrés de conscience, depuis la conscience la pltjs claire jusqu'à son entière disparition.
(i) Ceux qui, pour établir une nouvelle possibilité, croient avoir assez fait en défiant de montrer aucune contradiction dans leurs suppositions (comme font tous ceux qui croient pouvoir apercevoir la possibilité de la pensée, même après la fin de cette vie, possibilité dont ils n'ont cependant d'exemples que dans les intuitions empiriquesde la vie actuelle) peuvent être mis dans un très grand embarras par d'autres possibilités qui ne sont pas moins hardies. Telle est celle de la division d'une substance simple en plusieurs substances, et réciproquement de l'agrégation [coalition] de plusieurs substances en une seule. Car, quoique la divisibilité suppose un composé, elle n'exige cependant pas un composé de substances, mais seulement un composé de degrés (des diverses facultés) d'une seule et même substance. Or, de même que l'on peut concevoir toutes les facultés de l'âme, celle même de la conscience, affaiblies de moitié , de telle sorte néanmoins qu'il reste toujours quelque substance; de même aussi l'on peut concevoir sans contradiction cette moitié éteinte , non dans la substance, mais hors d'elle, tout aussi bien qu'on l'y conçoit conservée. Seulement, comme tout ce qui est en elle n'est jamais que réel, et par conséquent possède
468. Si donc nous prenons nos propositions précédentes, comme elles doivent être valablement prises par tout être pensant, dans la psychologie rationnelle comme système, c'est-à-dire comme un enchaînement synthétique, et si, partant de la catégorie de la relation par la proposition : tous les êtres pensants sont comme tels des substances, nous parcourons à rebours la série des catégories, jusqu'à ce que le cercle en soit révolu , nous rencontrons enfin l'existence de ces substances. Dans ce système, elles sont non seulement conscientes de leur
au degré, et que son existence entière a été diminuée de moitié sans cependant que rien ne manque, il en résulterait alors une substance particulière hors d'elle, car la multiplicité qui a été divisée était déjà auparavant, non à titre de multiplicité de substances f mais bien de chaque réalité, camme quantum de l'existence en elle. L'unité de la substance n'était donc qu'une manière d'exister qui ne pouvait être changée en une pluralité de la subsistance que par cette division. Par la môme raison aussi, plusieurs substances simples peuvent confluer en une seule, dans laquelle rien ne périrait si ce n'est la pluralité de la subsistance, puisqu'une seule renfermerait en elle le degré de réalité de toutes les substances précédentes ensemble. Peut-être même que les substances simples qui nous donnent le phénomène de la matière (non sans doute par une influence mécanique ou chimique réciproque, mais cependant par une influence à nous inconnue et dont le degré seul formerait le phénomène de la matière) produisent les âmes des enfants par une semblable division dynamique des âmes de leurs parents comme de quantités intensives, de façon que celles-ci réparent leur perte par leur union avec une nouvelle matière de la même espèce. Je suis très éloigné d'accorder à ces fictions la moindre valeur; les principes précédents de l'Analytique ant suffisamment convaincu de la nécessité de ne faire des catégories (v. g. de la substance) qu'un usage empirique. Mais si le rationaliste, par la simple faculté de penser, sans une intuition constante par laquelle un objet serait donné, est assez hardi pour en faire un être subsistant par lui-même, uniquement par la raison que l'unité de l'apperception ne lui permet dans la pensée aucune explication par le composé, tandis qu'il ferait mieux d'avouer ingénuement son impuissance à expliquer la possibilité de la nature pensante, pourquoi le matérialiste, quoiqu'il ne puisse pas plus se fonder sur l'expérience pour établir ses possibilités hypothétiques, ne serait-il pas autorisé à se servir de ce même principe pour un usage opposé, en conservant l'unité formelle de son adversaire ?
existence, indépendamment des choses extérieures, mais elles peuvent mêipe la déterminer en vertu de leur propre nature (par rapport à la permanence qui appartient nécessairement au caractère de la substance). Mais il suit de là que Y idéalisme (du moins le problématique) est inévitable dans ce système rationnel, et que si l'existence des choses extérieures n'est pas requise pour la détermination de la sienne propre dans le temps, elle ne 6era admise que gratuitement, sans être jamais susceptible de preuve.
469. Si au contraire nous suivons la méthode analytique, puisque le cogito, à titre de proposition qui comprend déjà une existence en soi comme donnée, et par conséquent la modalité, est mis en principe, et que nous le décomposions pour en connaître le contenu , pour savoir si et comment ce moi détermine par là son existence dans l'espace ou le temps, alors les propositions de la psychologie rationnelle ne commenceraient pas parle concept d'un être pensant en général, mais par une réalité; ce qui convient à un être pensant en général se conclurait, comme on le voit dans la table suivante, de la manière dont cette réalité est pensée après que tout ce qu'il y a d'empirique en aurait été séparé.
Je pense; 2° 3V
Comme sujet ; Comme sujet simple ;
Comme sujet identique,
dans tout état de ma pensée.
470. Or, comme on ne décide pas ici, dans la seconde proposition, si je ne puis exister et être pensé que
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comme sujet , et non aussi comme prédicat d'un autre sujet, le concept d'un sujet n'y est donc pris que logiquement, et il reste à savoir si par là on doit ou l'on ne doit pas entendre une substance. Mais, dans la troisième proposition, l'unité absolue de l'apperception, le moi simple, dans la représentation à laquelle se rapporte toute liaison ou séparation qui constitue la pensée , devient importante en soi , quoique je n'aie encore rien déterminé sur la qualité ou la subsistance du sujet. L'apperception est quelque chose de réel , et sa simplicité est déjà dans sa possibilité. Or, il n'est rien de réel dans l'espace qui soit simple, car des points (qui sont la seule chose qu'il y ait de simple dans l'espace) ne sont que des limites ; ce n'est pas même quelque chose qui serve, comme parties, à constituer l'espace. De là, par conséquent, l'impossibilité de me définir comme sujet simplement pensant, en partant des principes du matérialisme. Mais, mon existence considérée dans la première proposition comme donnée , signifiant non pas : tout être pensant existe (ce qui indiquerait en même temps une nécessité absolue de ces êtres , en quoi par conséquent l'on dirait beaucoup trop), mais seulement j'existe pensant, cette proposition est donc empirique et ne renferme que la déterminabilité de mon existence par rapport à mes feprésentations dans le temps. De plus, comme j'ai besoin à cet effet de quelque chose de permanent, et que rien de semblable ne m'est donné dans l'intuition interne en tant que je me pense, il est impossible alors de déterminer par cette simple conscience de moi-même mon mode d'existence, c'est-à-dire si j'existe comme substance ou comme accident. Si donc le matérialisme est inutile pour expliquer mon moded'exis-
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tence, lç spiritualisme n'est pas moins insuffisant. D'où la conséquence que nous ne pouvons connaître d'aucune manière que ce soit la qualité de notre âme touchant la possibilité de son existence prise isolément.
471. Et comment serait-il possible, en vertu de l'unité de la conscience, que nous ne connaissons d'ailleurs que par le besoin que nous en avons pour la possibilité de l'expérience, de sortir de l'expérience (de notre existence dans la vie), et d'étendre ainsi notre connaissance à la nature de tous les êtres pensants en général par la proposition empirique, mais indéterminée par rapport à toute espèce d'intuition : je pense?
472. La psychologie rationnelle n'existe donc pas comme doctrine, en ce sens qu'elle ajoute quelque chose à la connaisance de nous-mêmes. Mais, comme discipline, elle met dans le champ de la connaissance des bornes infranchissables à la raison spéculative, pour l'empêcher, d'une part, de se livrer au matérialisme pur, d'autre part, de se laisser entraîner à un spiritualisme sans fondement pour nous dans la vie. Cette discipline nous avertit donc de donner cette incompétence de notre raison pour réponse satisfaisante à ces questions curieuses qui portent sur une sphère étrangère à celle de la vie actuelle. C'est un signe en effet par lequel elle nous engage à fuir, dans la connaissance de nous-mêmes, toute spéculation inutile, et à nous appliquer à l'usage pratique toujours utile. Cette méthode, quoique exclusivement dirigée vers des objets d'expérience, prend cependant ses principes de plus haut et règle la conduite comme si notre destinée s'étendait infiniment au-delà de l'expérience, et par conséquent au-delà de cette vie.