‹ Critique de la raison pure (volume 5)Chapitre 9 sur 49 · On voit par tout cela que la psychologie ration · texte numérisé non relu

On voit par tout cela que la psychologie ration

nelle tire son origine d'une simple confusion. L'unité de la conscience, qui sert de fondement aux catégories , est prise ici pour l'intuition du sujet comme objet , et la catégorie de la substance y est appliquée. Mais cette unité n'est que celle de la pensée, par laquelle seule aucun objet n'est donné , à laquelle par conséquent la catégorie de la substance, toujours supposée donnée par l'intuition, ne peut s'appliquer; par conséquent ce sujet ne peut être connu. Le sujet des catégories, par le fait qu'il les pense, ne peut donc pas acquérir un concept de lui-même comme d'un objet des catégories; car, pour les penser, il doit mettre en principe la conscience pure de lui-même ; ce qui cependant devait être expliqué. De même, le sujet, dans lequel la représentation du temps a son principe originel , ne peut déterminer par là sa propre existence dans le temps ; et si ce dernier fait n'est pas possible par les catégories , il en est de même du premier, comme détermination de soi-même (en tant qu'être pensant en général) (1).

(1) Le cogïto est, comme on Ta déjà dit, une proposition empirique, et contient la proposition j'existe. Mais je ne puis pas dire : tout ce ce qui pense existe ; car alors la propriété de penser ferait de tous les êtres qui la possèdent des êtres nécessaires. Par conséquent mon existence ne peut non plus être conclue de la proposition : je pense, comme Descartes Ta cru (parce qu'autrement la majeure , tout ce qui pense existe, devrait précéder), mais mon existence est identique au cogito. Cette proposition exprime une intuition empirique indéterminée, c'est-à-dire une perception (et par conséquent démontre que déjà la sensation, qui appartient à la sensibilité, sert de fondement à cette proposition énonciative de l'existence); mais elle précède l'expérience, qui doit terminer l'objet de la perception, par rapport au temps, au moyen des catégories. L'existence n'est donc plus ici une catégorie qui se rapporte , non à un objet indéterminément donné, mais à un objet dont on a un concept, et dont on veut savoir s'il existe ou n'existe pas aussi en dehors de ce concept. Une perception indéterminée ne signifie ici que quelque chose de réel qui est donné, quoique

joogle

60 LOGIQUE TRÀNSCENDÀNTALE*

474. Voilà donc une connaissance des plus intéressantes pour le genre humain qui se résout en une vaine espérance lorsqu'elle est cherchée au-delà des bornes de l'expérience possible, lorsqu'elle est le fruit de la philosophie spéculative. La critique, quoique sévère en ce qu'elle montre l'impossibilité de décider dogmatiquement quelque chose sur un objet de l'expérience au-delà des bornes de l'expérience, rend néanmoins par là même un grand service à la raison, en la prémunissant contre toutes les assertions possibles du contraire ; service qui ne peut avoir lieu que de l'une de ces deux manières : soit en démontrant sa proposition apodictiquement, ou , si cela ne réussit pas, en cherchant les raisons de cette impuissance; raisons qui, si elles tiennent aux bornes nécessaires de notre intelligence, doivent alors soumettre tout adversaire à la loi même de renoncer à toute prétention d'affirmer dogmatiquement.

475. Cependant le droit, et même la nécessité d'admettre une vie à venir, n'est pas le moins du monde perdu, suivant les principes de l'usage pratique de la raison, uni à l'usage spéculatif; car la preuve purement spéculative n'a jamais pu exercer aucune influence sur

à la vérité pour la pensée en général, par conséquent pas comme phénomène ni comme chose en soi (noumène), mais comme quelque chose d'existant réellement, «t qui dans la proposition je pense, est désigné comme tel ; car il est à remarquer que, si j'ai appelé la proposition je pense une proposition empirique, je n'ai pas voulu dire par là que le je, dans cette proposition, soit une représentation empirique : c'est bien plutôt une représentation intellectuelle, parce qu'elle appartient à la pensée en général. Mais, sans une représentation empirique, qui donne matière à la pensée , l'acte je pense n'aurait cependant pas lieu, et l'empirique n'est que la condition de l'application ou de l'usage de la faculté intellectuelle pure.

Digiti

zedby G00gle

DIALECTIQUE TRANSCENDANTALE. ftl

la raison humaine. Elle est si bien fondée sur la pointe d'un cheveu, que l'école n'a pu l'y maintenir si longtemps qu'en la tournant sans* cesse sur elle-même comme une toupie, et qu'elle n'y a jamais rien aperçu qui puisse servir de base à quoi que ce soit. Toutes les preuves qui sont à l'usage du monde restent au contraire à cet égard dans leur force entière, et gagnent plutôt en clarté et en persuasion naturelles, à proportion qu'elles rejettent davantage toute prétention dogmatique, en plaçant la raison dans sa propre sphère, savoir, dans l'ordre des fins, qui est en même temps l'ordre de la nature. Mais alors aussi la raison, comme faculté pratique en soi, sans être bornée aux conditions de la nature, est fondée à étendre l'ordre des fins, et avec lui notre propre existence, au-delà des bornes de l'expérience et de la vie. Suivant Y analogie avec la nature des êtres vivants dans ce monde, au sujet desquels la raison doit nécessairement supposer qu'aucun organe, aucune faculté, aucun appétit n'est inutile, indispensable ou disproportionné avec son usage, que rien par conséquent n'y est sans but, mais que tout au contraire est parfaitement conforme à leur destinée dans la vie; suivant cette analogie, l'homme, qui peut cependant renfermer à lui seul le but final de toutes ces choses, devrait être la seule créature qui fît exception; car les dons de sa nature, non pas seulement ceux qui tiennent aux talents pratiques et aux inclinations, mais ceux surtout qui regardent la loi morale en lui, sont tellement au-dessus des avantages qu'il en pourrait tirer dans cette vie, — que cette loi enseigne à estimer avant tout la simple conscience de l'honnêteté des sentiments au préjudice de tous les biens , même de cette ombre de

Digiti

zedby G00gle

62 LOGIQUE TRÀNSGENDÀNTÀLE.

vaine gloire qui doit passer à la postérité, — et que l'homme se sent intérieurement appelé à devenir citoyen d'un meilleur monde dont il a l'idée», en agissant conformément à la raison dans cette vie, sans égard aux intérêts sensibles. Cet argument puissant, irrésistible, accompagné de la connaissance de la finalité, connaissance qui s'étend toujours davantage à mesure que nous comprenons mieux tout ce qui frappe nos sens, et que nous pénétrons plus avant dans l'imniensité de la création ; cet argument, accompagné par conséquent de la conscience d'une certaine illimitation dans l'extension possible de nos connaissances, jointe au penchant qui y correspond, resterait toujours, quand même nous devrions désespérer d'apercevoir, par la connaissance simplement théorique, la durée nécessaire de notre existence.

Conclusion de la solution du paralogisme psychologique.

476. L'apparence dialectique dans la psychologie rationnelle est fondée sur la confusion d'une idée de la raison (celle d'une pure intelligence) avec le concept parfaitement indéterminé d'un être pensant en général. Je me pense moi-même au moyen d'une expérience possible, tout en faisant encore, abstraction de toute expérience réelle ; d'où je conclus que je puis avoir conscience de mon existence, même en dehors de l'expérience et de ses conditons empiriques. Je prends par conséquent Y abstraction possible de mon existence empiriquement déterminée avec la prétendue conscience d'une existence possible de moi-même pensant considérée abstractive-ment, et je crois connaître en moi le substantiel comme sujet transcendantal, lorsque j'ai simplement en pensée

Digiti

zedby G00gle

l'unité de conscience, qui sert de fondement à tout acte de détermination comme simple forme de la connaissance.

477. La question du commerce de l'âme avec le corps n'appartient pas proprement à la psychologie dont il est ici question, psychologie qui a pour objet de démontrer la personnalité de l'âme, même hors de ce commerce (après la mort), et qui est par conséquent transcendante dans le sens propre du mot, quoiqu'elle s occupe d'un objet de l'expérience, mais seulement en tant que cet objet cesse d'être soumis à l'expérience. Cependant on peut donner à cette question une réponse satisfaisante d'après notre doctrine. La difficulté que cette question a présentée consiste, comme on sait, dans la dissimilitude suposée entre un objet du sens interne (de l'âme) et les objets des sens externes, puisque la première de ces choses n'a que le temps pour condition formelle de son intuition, et que les seconds ont de plus l'espace. Si cependant l'on fait attention que ces deux espèces d'objets ne diffèrent pas l'un de l'autre intrinsèquement, mais en tant seulement que l'un semble extérieur à l'autre, et que par conséquent ce qui sert de fondement au phénomène de la matière comme chose en soi pourrait bien n'être pas si différent, alors la difficulté disparaît, il n'en reste pas d'autre que celle-ci : comment en général un commerce entre substances est-il possible? question dont la solution est tout à fait hors du champ de la psychologie, et qui, comme le lecteur en jugera facilement par ce qui a été dit dans l'Analytique des capacités et des facultés, est sans aucun doute hors du champ de toute connaissance humaine .

Digiti

zedby G00gle

64 LOGIQUE TRANSGENDANTALE.

OBSERVATION GÉNÉRALE concernant la transition de la Psychologie rationnelle à la Cosmologie.

478. La proposition : je pense, ou j'existe pensant, est une proposition empirique. Or une proposition de cette espèce a pour fondement une intuition empirique, par conséquent aussi un objet pensé comme phénomène. D'où il semble que, d'après notre théorie, que l'âme, même dans l'acte de la pensée, serait entièrement convertie en un phénomène, et que, de cette manière, notre conscience, même comme pure apparence, ne devrait en réalité aboutir à rien.

479. La pensée, prise en soi, n'est que la fonction logique, par conséquent une simple spontanéité de la liaison de la diversité d'une, intuition purement possible, et ne présente d'aucune manière, comme phénomène, le sujet de la conscience, par la seule raison qu'elle n'a aucun égard à l'espèce de l'intuition, que cette intuition soit sensible ou intellectuelle. Je ne me représente de cette manière à moi-même ni comme je suis, ni comme je m'apparais ; je ne me pense au contraire que comme tout objet en général, abstraction faite de l'espèce d'intuition» de cet objet. Si je me représente ici comme sujet des pensées, ou même comme principe de la pensée, ces espèces de représentations ne désignent pas les catégories de la substance ou de la cause, car ces catégories sojit des fonctions de la pensée (du jugement) déjà appliquées à notre intuition sensible, fonctions dont j'aurais assurément besoin si je voulais me connaître. Mais si je ne veux avoir conscience de moi que comme

zedby G00gle

être pensant, et si je ne m'occupe point de savoir comment mon propre [moi] Même est donné en intuition, alors il pourait bien n être qu'un simple phénomène pour moi qui pense, mais non en tant qu'il pense. Dans la conscience de moi-même, en tant que je pense purerment et simplement, je suis Yêtre même, mais assurément rien par-là de cet être ne m'est encore donné que je puisse penser.

480. Mais la proposition : je pense, en tant qu'elle signifie/ortf/e pensant, n'est pas simplement une fonction logique : elle détermine encore le sujet (qui est en même temps objet) par rapport à l'existence, et ne peut avoir lieu sans le sens intime, dont l'intuition donne toujours l'objet, non comme chose en soi, mais simplement comme phénomène. Dans le sens intime n'est donc déjà plus la simple spontanéité de la pensée ; il y a de plus la réceptivité de l'intuition, c'est-à-dire ma pensée, la pensée de moi-même, appliquée à l'intuition empirique du même sujet. Le Même pensant devait donc chercher dans cette intuition les conditions de l'usage de ses propres fonctions logiques dans les catégories de la substance, de la cause, etc.. Et cela, non pas simplement pour se désigner par le moi, comme objet en soi, mais aussi pour déterminer le mode de son existence, c'està-dire pour se connaître comme noumène. Mais la chose est impossible, puisque l'intuition empirique interne est sensible ; elle ne fournit que des données du phénomène, qui n apportent rien à l'objet de la conscience pure pour la connaissance de son existence propre; elle ne peut donc servir qu'à l'expérience.

481 . A supposer cependant que nous trouvions par la suite, non pas dans l'expérience, mais dans certaines lois

Page 1