‹ Critique du Livre de Dom Quichotte de la MancheChapitre 59 sur 64 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

260 … Crrrique pu Livre

[136 R*] A Monsieur ** Re 2

. Monsieur

Je vous suis beaucoup obligé du soing que vous avez Ë bien voulu prendre de lire ma Critique, et de la faire voir à vos amis, Et encore plus de ce que vous m'avez mandé ce que vous en pensez et eux aussy. Je demeure d'accord avec vous qu’il seroit peut estre necessaire en la lisant de relire aussy le Livre pour se remettre en memoire les avantures que J’y examine en detail et voir si l’examen que J’en fais est fidelle, Mais ceux qui tiennent pour ce Livre s’en souviendront assez pour cela, Et en tout cas, s'ils veulent si fort s’interesser en sa deffence, Ils n’auront pas de peine à le revoir, et ne seront pas faschez d’avoir occasion de repasser sur des choses qui leur ont donné tant de plaisir, car quand elles sont bonnes elles plaisent toujours, quoy que souvent repetées. Le-peu de regret que vous me tesmoignez de n’avoir [136 V®] pas lu ce Livre avec beaucoup de soing, ne me donne pas une petite satisfaction, Parce que d’un costé, Je vois qu’il faut bien qu’il ne soit pas si plai- | sant ni si divertissant qu’on le fait (qui est ce que je soutiens) puisque vous l’avez lu avec si peu d’attention, Et de l’autre Je vous considere dans une situation d’esprit; libre de toute prevention pour luy, et en estat d’en Juger sainement et de sa Critique, puisque vous n’avez point encore pris de party pour soustenir l’un ou l’autre, et c’est de ces sortes d’espritz que je cherche, Car c’est dans cet engagement que Je trouve mon plus fascheux ennemy, N’y ayant rien de plus difficile que de faire changer d’avis à qui que ce soit, et luy faire avoüer

pe Dom QuicHorTre DE LA MANCHE

qu’il s’est mépris, Et encore plus à ceux qui par leur fe Er de scavants, se croyent au dessus de ceux qui

n’en prennent pas le titre et n ’en font pas profession comme eux, Cependant c’est avec ces gens là que J’ay

Critique qui m’empeschera d’en dire davantage pour venir à ce que vous me mandez, Que [137 R°] vous avez remarqué que mes objections se reduisent presque à l’indecence et à l’impossibilite, Mais que peut estre l’Autheur en demeureroit d'accord avec moy, et me diroit, qu'ayant voulu se mocquer des Romans qui sont tout pleins de ces indecences et de ces impossibilitez, Il a af- : fecté les mesmes deffautz pour les mieux faire remarquer, Vous adjoustez en suitte que vous scavez bien que Je respondray à cela parce que l’on Respond à Tout. Mais - pardonnez moy si Je vous dis que la Response que J’ay

à faire n’est pas de ces Responses telles quelles, que - lon faict pour se tirer d'affaire que bien que mal; Et si

-vous vouliez bien vous souvenir de ce que j’ay dit en quelque endroit de ma Critique, vous ne me feriez pas cette objection: Ce n’est pas que d’autres-que vous ne me l’ayent faite, Mais aprez ma response que Je leur ay faict voir Ilz ont abandonné leur sentiment pour suivre le mien; Je vous repeteray donc ce que vous avez veu dans ma Critique, que Michel de Cervantes autheur du Livre dont nous parlons à du, pour faire voir l’Impertinence des Romans [137 V"] et la follie de son Heros, depeindre d’un costé des gens vivans dans la maniere jcoustumée dans le Monde, sans aucun merveilleux, Et de l’autre, son Heros vivant et voulant vivre dans la maniere extraordinaire des Romans avec tout le merveilleux dont ils sont remplis, affin que faisant comparaison de cette vie que l’on connoïst et qui est selon la raison, avec cette

affaire, ce que J’ay expliqué en plusieurs endroitz de ma —

F0: CRITIQUE DU Livre se

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< autre que l’on ne connoist point et qui est extravagante, À TJ en résulte une plus grande risée pour de tels ouvrages : Or si l’Autheur a meslé dans les incidens de cette vie ordinaire qui doit estre simple, Le merveilleux des Ro- Si mans, comme 1] a fait partout, Il n’y aura plus de dif- “S ference entre ces deux sortes de vies, Et son Heros qu’il Re nous donne pour fou à cause qu’il tient pour des veritez tout le merveilleux des Romans, ne’ nous paroistra point . tel, quand on verra que les personnages que nostre Au- : F theur Introduit pour depeindre cette vie ordinaire et re- __ glée, feront de ces actions merveilleuses et extraordinaires, dont elle n’est point capable, et qui ne se trouvent que dans les Romans, qu’il veult condanner; Ce [138 R‘] n’est donc point pour se mocquer des Romans qu’il a mis Les indecences et les impossibilitez dont vous parlez (car je comprens l’un et l’autre souz le mot de merveilleux) mais c’est qu’il a manqué de Jugement et qu'il n’a point compris cette difference de vie des uns et des autres, Et ainsy la Critique que J’en fais est raisonnable et bonne: L'on me dira que la Princesse Micomicona luy parle en termes de Romans, que la Princesse Doloride et son ecuyer Trifaldy parlent avec luy le mesme stile, L’hostellier mesme qui le fait Chevalier luy parle en langage Romanesque, Carasco chevalier des Miroirs et de la blanche Lune et autres ont le mesme langage: À cela, bien loing d’y trouver à redire, au contraire je l’aprouve, et c’est le seu! moyen dont l’autheur ait pu se servir pour se mocquer des Romans, aussy ces … personnages la ne parloient ilz de la sorte que pour. s’en mocquer, de mesme qu’ilz en prenoiïent les habitz: Mais lors qu’il nous raconte des avantures arrivées aux personnages serieux du tissu de son histoire qui n’ont aucun rapport à La folie de son heros Il ne peut [138 V*] pas

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D ss pas Mo et Le ape ro: dont je anis dans ma Critique a suivy cette règle avec grande exactitude, Il ne se fait rien dans l’histoire serieuse de son

les jours, et Philiris et autres bergers supposez qui parlent Roman, sont enfin reconnus pour des gens d'esprit qui se divertissent avec Lisis en parlant son langage pour luy donner occasion par ce moyen e faire tous les jours, de nouvelles follies. Vous: voyez donc bien Monsieur que nostre autheur ne se sçauroït sauver par l’endroit que vous dites, et que quand je: respons comme je fais à vostre objection, on ne peut pas dire que c’est qu’on respond à tout, Ma response est tirée de la chose mesme Il n’y a point de detour ni d’équivoque, La regle que J’establis des deux differentes manieres de vivre sur lesquelles je dis que le Livre dont nous parlons, doit estre fondé est bonne et sans replique, Et l’autheur ni tous ses adherans ensemble ne sçauroient la renverser, ni trouver [139 R‘*] d’excuse pour luy, d’avoir contrévenu à cette règle qui luy devoit estre fondamentale, ni pour eux, de n’y pas trouver la faute essentielle que j'y remarque. Mais avoüez Monsieur, que quand vous m'avez escrit de la sorte, vous avez voulu deffendre vos amis les sçavans, ou du moins vous avez voulu leur tesmoigner qu’il ne tenoit pas à vous que vous ne le fissiez Mais je suis bien assuré que si la chose alloit plus loing, vous les abandonneriez pour ne pas vous émbarasser dans une aussy mauvaise cause, contre laquelle vous n’avez pu alleguer que cette legere objection, et laquelle j’ay desja refuttée par ma Critique plus fortement et plus amplement qu’elle ne l’est icy. Voila pour ce qui est de vostre sentiment Mais passons à celluy des autres : Je vois par ce que yous me mandes, du

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