OBJET, DIVISION ET MÉTHODE
1. Renan n'est pas tendre pour l'apologiste. La qualification d' « habile avocat » qu'il lui donne est un euphémisme. A l'en croire, l'apologiste ne serait habituellement qu'un malhonnôte homme « dissimulant les trois quarts de son dogme pour enlever l'adhésion à l'ensemble, sans discussion de détail... et faussant son symbole pour le rendre acceptable. Faites-vous chrétien sur la foi de ce pieux sophiste, rien de mieux; mais souvenez-vous que tout celaestun leurre. Le lendemain, ce qui était présenté comme accessoire deviendra le principal; l'écorce amère, qu'on a voulu vous faire avaler sous un petit volume et réduite à sa plus simple expression, retrouvera toute son amertume. On vous avait dit que le galant homme, pour être chrétien, n'avait presque rien à changer à ses maximes ; maintenant que le tour est joué, on vous apporte par surcroît une note énorme. Cette religion qui n'était, disait-on, que la morale naturelle, implique par-dessus le marché une phy.sique impossible,
une iiu'laphysicjue bi/.arre, une liisloirc chimérique, une îliéorie des choses divines cl lunnaines qui est, en loul, le contraire de la raison '. »
11 est fort doulcux qu'aucun apologiste, môme fiarmi les prédicateurs de Notre-Dame, que vise spécialement Henan, ail jamais donné prétexte à l'accusât ion de déloyauté que porte contre eux le plus »< habile avocat )^ de l'incrédulité au xix* siècle. En est-il un seul qui n'ait hautement proclamé que la foi catholique avait ses mystères? Ils n'ont pas dit, c'est vrai, que les enseignements de cette foi étaient contraires à la science, à la raison mélaphysi(iue et à l'histoire. Mais si cette opposition n'existe pas, ou n'existe qu'en apparence, quel sera l' u habile avocat »? celui qui exploite ces apparences? ou celui qui met en garde contre leur mirage ?
Soucieux à bon droit de n'être pas même soup- (jonné de vouloir suiprendre la confiance du lecteur que nous invitons à la foi, nous ne dissimulerons rien de la note à payer. Ayant dit tout d'abord les raisons impérieuses qui nous faisaient un devoir de demander la vérité religieuse à l'enseignement de l'Eglise catholi(iue, nous allons examiner celles des propositions du credo catholique qui semblent le plus déconcertantes pour une raison chatouilleuse. Si nous arrivons à montrer que ces propositions n'ont rien de contraire aux sciences naturelles, à la métaphysique et à l'histoire, peut-être apparaîlra-t-il que l'homme raisonnable, si criti(jue qu'on le supjjose, ayant de bonnes raisons de donner sa confiance, n'en aura aucune de la refuser, et ne pourra par conséquent rester critique
' Marc-Aurete, c. xxii, Nouvelles apologies, p. 403.