LA TRINITÉ ET L'INCARNATION; LA VIERGE MÈRE
121. Enseignement catholique : le symbole de Nicée et la définition de Chalcédoine. — 122. Les négations contemporaines. — I. Le DOGME ET L*HiSTOiRE. 123. La réponsc de Vhistoire. La Trinité dans l'Ancien Testament, — 124. dans Vévangile, — 125. dans les épîtres de saint Paul. — 126. La formule trinitaire du baptême. — 127. La prétendue identification du Christ et de VEsprit dans saint Paul. — 128. Le nom de Dieu réservé au Père. — 129, Parité de la doctrine Irinitairc de saint Jean et de celle de saint Paul. — 130. Le prologue du quatrième évangile. — 131. V énigme de V origine des écrits johanniqucs. — 132. La Trinité dans la première épilre de saint Clément, — 133. dans les épitres de saint Ignace, — 134. dans la Didachè, — 135. L'origine de la théologie trinitaire d'après les rationalistes. — 136. Réfutation des objections contre Vhistoricité du récit de la conception virginale. — 137. Le logos de saint Jean n'est pas celui de Philon. — 138. La Trinité dans les apologistes, — 139. dans les écrits de saint Irénée, — 140. au commencement du iii« siècle, — 141. dans l' Église romaine. — 142. La lettre du pape Denijs. — 143. Conclusion et limites de l'apologie historique du dogme trinitaire. — II. Le dogme et la raison. 144. Pas d'absurdité dans l'énoncé des dogmes de la Trinité et de l'Incarnation. — 145. Exposé du dogme de la Trinité emprunté au P. Lacordaire. — 146. Exposé théologique de l'Incarnation. — 147. La vierge Marie mère de Dieu et des hommes. — 148. Le dogme n'est lié qu'à lu philosophie élémentaire du sens commun. — 149. Valeur analogique des formules dogmatiques.
121. La révélation du mystère de la très sainte Trinité a été en fait très étroitement liée à celle du mystère de ITncarnation. C'est raffiiinalion de la
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divinité de Xolre-Seigneur Jésus -Ghrisl, Fils de Dieu, Verbe fait chair, Dieu et lioninie en même temps, qui a posé très explicitement la tiueslion de la pluralité des personnes dans runitc de la nature divine. C'est sur le caractère de cette distinction personnelle dans l'identité de nature entre le Père et le Fils qu'a porté le principal ell'orl de la réllexion Ihéologique dans les premiers siècles du christianisme. La solution de la (juestion relativement au Saint-Esprit n'a été qu'un corollaire de la solution adoptée relativement au Fils. Les dogmes de la Trinité et de l'Incarnation n'ont donc eu longtemps ({u'une même histoire; et c'est de cette commune histoire cpi'on prétend tireraujourd'hui les principîdestlifficultès contre notie croyance. Voilà pourquoi, ayant à répondre non seulement aux objections métaphysiques qui sont diverses pour l'un et l'autre dogme, mais encore aux difticultés qu'on nous oppose au nom de leur commune histoire, nous en esquissons l'apologie dans un seul et même chapitre où, après avoir rap- |)elé les définitions qui les précisent, nous verrons comment ces déiinitions ne nous obligent pas plus à fausser l'histoire de la tradition qu'à renier les principes de la métaphysi(pie.
De renseignement catholique l'elativemcnt aux mystères de la Trinité et de l'Incarnation, nous ne pouvons citer résumé plus ;mthenti(|ue «jue le symbole chanté chacpie dimanche dans toute l'Eglise, et «pli porte le nom de symbole de Nicée, parce (ju'il reproduit prf'S(pj(; littéralement la f)lus grande partie de la profession de foi rédigée contre les ariens par le premier concile de Nicée ^ Ce symbole, dans sa
» Voici la traclucUun litléiale du texte grec de Nicée. Nous
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rédaction actuelle, n'est probablement l'œuvre d'aucun concile général ; mais il est d'usage constant et universel dans les deux Églises latine et orientale depuis le vil* siècle au moins ^ Voici la traduction
mêlions en italiques les passages omis dans notre symbole actuel : « Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, créateur de toutes choses visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, fils unique engendré du Père, cesl-à-dire de Vessence du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non point fait, consubslantiel au Père, par lequel tout a été fait, ce qui est dans le ciel et ce qui est sur la terre, qui, à cause de nous hommes et pour notre salut, est descendu, sesl incarné et s'est fait homme, a soutlert et est ressuscité le troisième jour et est monté aux cieux, et qui viendra de nouveau juger les vivant* et les morts. Et à l'Esprit-Sainl. Quant à ceux qui disent qu'il fut un temps ùii le Fils de Dieu n'était pas, qu'avant d'être engendré il n'était pas, et qu'il a été fait de rien, ou d'une autre substance ou essence ou qu'il est créature, ou chanf/eable, ou muable, l'Eglise catholique et apostolique les anathé/nalise. » On trouvera le texte original dans VEnchir., n. o4 [i'i et 18).
* On a cru longtemps que notre symbole actuel de la messe du dimanche était le symbole de Nicée revisé et complété au 1" concile de Gonstantinople, 381. Mais Tillemont a retrouvé dans VAncorat de saint Épiphane, n. c.xx, P. L., t. xliii, col. 233-23j, une profession de foi où se trouvent déjà toutes les particularités de notre symbole. Comme VAr.corat a été écrit de 313 ù 374, le symbole qu'on y lit n'a pu qu'être approuvé et adopté et non point tout d'abord rédigé par le concile de 381. llarnack semble bien avoir prouvé que le concile de Gonstantinople n'a même pas pu faire de cette profession de foi son symbole officiel. Nous savons en effet, par ce qui nous reste de leurs décisions authentiques, que les Pères de Gonstantinople tenaient par-dessus tout à conûriner la teneur du symbole de Nicée et à affirmer contre les pneumatomnques la consubstantialité du Saint-Esprit avec le Père et le Fils. En ces conditions, ils ne pou vaient adopter un symbole qui omettait une formule du symbole d9 Nicée aussi importante que celle-ci : di la substance du Père^
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lilli'ralc du trxlo grec'. Nous uiotlons en italiques loul ce qui est addition au symbole rédigé par les Pères de Nicée.
Dieu de Dieu, qui, dans ses additions, ne disait rien de la cnnsiibstanlialilé du Saint-Esprit avec le Pire et le l'ils niée par les pneumatomatiues, et qui contenait une formule supprimée à Nicée dans le symbole d'Eusèbe, parce qu'on pouvait s'en servir pour nier l'éternité du Fils : engendré... avant tous les siècles. D'ailleurs saint Grégoire de Nazianze, qui assistait au concile de Conslantinople, écrivant peu de temps aprcs à Cledonius des lettres dogmatiques dans lesquelles il se plaint que le symbole de Nicée n'est pas suffisamment explicite sur la question du Saint-Esprit (lettre cii, P. G., t. xxxvii, col. 193), ne dit rien du complément qu'y aurait ajouté le récent concile. Un théologien romain, Vincenzi {De processione Spiritus Sancli, Romoe, 1878), a essayé de prouver que non seulement notre symbole n'avait pas été rédigé au premier concile de Conslantinople, mais que la mention qu'on en trouve à deux reprises dans les actes du concile de Chalcédoine (451) était due à une interpolation. Harnack ne va pas aussi loin et établit avec beaucoup de vraisemblance que ce symbole est une revision du symbole primitif de Jérusalem, revision faite par saint Cyrille pour le rapprocberdu symbole de Nicée. Saint Cyrille de Jérusalem, qui était alors soupçonné de quel(]ue complaisance pour les semi-ariens, aurait lu au concile de Constanlinople la profession de foi qu'il avait ainsi composée. Cette profession de foi aurait été approuvée et jointe, dans les arcbives. aux actes du concile comme l'ont été les professions de foi d Eusèbe à Nicée, de Charisius à fiphèse, diiosius à S.irdiqiie. Au tcm|ts du concile de Chalcédoine, les oflii iers de la cour impériale auraient retrouvé cette profession de foi dans les documents du concile de 381 et l'auraient présentée comme l'd'uvrc <le ce concile. C'est à partir de son approbation solennelle à Chalcédoine qu'elle s'est lépandue peu à peu dans toute I Église. Cf. l'article de Harnack, Konstantinopolitunische.i Si/inhol, dans la iiealenrijclnfxidu' fin' profestantische Theolof/ie und hirrfie d Albert llauck, Leipzig, lOO'i, t. Xi, p. \-2 28. Voir aussi V Histoire des conciles dllefele, traduction Leclercq. Paris, 1908. t. it \" partie, p. 11, n. .»'.. * On trouver.! k- texte oru/iri il dan^ \'Iîn( hir.^ u. MG (47). l.a
LA THINITÉ ET L'iNCAfiNATION ; LA VIERflT. MKRF. 11
« Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, créateur c?it ciel et de la terre, et de toutes les choses visibles et invisibles, et en un seul Seigneur Jésus- Christ, le Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et non point fait, consubslanticl :)u Père, par qui tout a été fait, qui pour nous hommes et pour notre salut est descendu des cieuac, et a pris chair <lii Saint-Esprit et de la Vierr/e Marie, et est devenu homme; quia e'te crucifie' pour nous sous Ponce-Pilate, et a souffert, et a été en-eveli, et est ressuscité le troisième jour selon les Écritures; et qui est monté aux cieux, et est assis à la droite du Père^ et de nouveau viendra avec r/loirc juger les vivants et les morts, duquel le royaume n aura pas de fin; et en TEspril-Saint Seigneur vici fiante procédant du Ptire et du F'ils\ aceclr Père et le Filsetî même temps adore' et conglorifie\ et qui a parlé jjar les prophètes ; en l'unique sainte et apostolique Eglise catholique. Nous fonf essons un seul hapîi'iHO pour la n^/nission des péchés.
traduction latine est conruie de lùiis. Klle se distingue du texte grec : 1' i»ur l'emploi d«'S singuliers Credo et Confiteo)- pour la traduction des pluriels t'.ttsjoix^v et ô'xoXoyoU'xv^ ; 2' par la repiise de lancienne formule nict'-enne. Deum de Deo ; 3" par la trop fameuse atldiliun du Filioipie pour indiquer que le Suint- Kspril procède à la fois du Père et du Fils; 4" par la suppression de la prépositiondevant le mot Église ;e/ j/nrt;/i... Ecclesiam-poxw
ci; jjLÎav £/././.y,c'av. Écrivant pour réfuter les objections des
rationalistes et non point celles des théologiens grecs, nous ne nous arrêterons pas à justifier l'addition du Filioque.
* Les mois et du l'iU, Filioque, sont une addition de l'Église d'Occident, reconnue comme l'expression d'une vérité de foi depuis II dt'-finitiiin du II* concile de Lyon, r214 — Cf. Enchir.^ n. 460 (482).
Nous attendons la résurrection des morts et la vie du siècle futur. Ainsi soit-il '. »
Si précises que paraissent les formules de cette profession de foi, nous devons encore les compléter par un extrait des délinitions du concile de Chalcédoine qui fixent le juste milieu de la pensée catholique également éloignée des excès du nestorianisme et du monopliysisme :
« Suivant la doctrine des saints Pères, nous enseignons tous, d'un commun accord, qu'il faut confesser... un seul et même Christ Jésus, reconnu Fils unique, en deux natures, sans mélange, sans changement, sans division, sans séparation, sans que la dillerence des natures soit enlevée par l'union qui plutôt sauve les propriétés de Tune et l'autre nature et les fait se rencontrer dans une seule personnalité, une seule hypostase, sans qu'il y ait partage ou séparation en deux personnalités, mais un seul et môme Fils unique, Dieu, Verbe, Seigneur Jésus- Christ, conformément h ce que les prophètes ont dit de lui dès les temps anciens, à ce que Jésus-Christ lui-même nous a enseigné, et au symbole que nos pères nous ont transmis-. »
Cette dernière définition a une histoire où l'on voit que le dogme de l'Incarnation, après avoir partagé
* En coinpnrant le texte grec de ce symbole avec celui de la profession de foi de Nic^'C, on y trouve, outre l'addition du cornpléinfMl (jui suit 1(1 menliondu SaintUsprit, dix autres additions, «luûlre omissions et cinq légères modifications d'expression dans la formule de pensées identiques. Des 118 mots qu'il contient, 33 seulement sont empruntés ù la profession de foi de Nicée.
■ On trouvera les» tcxte-s grec et lutin dans I'/'-'/r/h»-., n. 14B ,130.
LA TlilMlÉ ET LINLAIINAIION ; LA MLKGE MtHE 13
longtemps les deslinées du dogme do la Trinité, devint, une fois que la croyance à la Trinité eut été définie, Tobjet de discussions spéciales, dont les désastreuses conséquences pour l'unité de l'Église ne sont pas encore elTacées, puisque nous avons aujourd'hui une Église nestorienne dans les montagnes du Kurdislan et des Églises monophysites, celles des Arméniens séparés, des Syriens jacobites de Mésopotamie, des Coptes d'Egypte. Nous n'avon.s pas l'intention d'exposer ces discussions, non seulement parce que cet exposé nous entraînerait trop loin, mais parce qu'à notre époque les négations des incroyants sont bien plus radicales que celles de Nestorius et d'Eutychès. On ne s'arrête plus à discuter sur la dualité ou l'unité de personne et tle nature en Jésus-Cliri.'-l, mais on nous dit ' :
122. ^( Homme céleste, ressuscité et remonté vers le l^ère, enfin Juge suprême des vivants et des morts au grand jour prochain, Jésus, dès la première génération chrétienne, celle même qui l'avait pu voir, se plarait déjà loin de la n'-alilé humaine. Ce fut à cette pério<le de sa transformai ion que les Grecs le connurent, au moment même où les Juifs qui n'avaient pas cru commençaient à rejeter de leur sein les ti-
* Nous citons M. Guignebert, Moilcrninnie et Iradilion catholique en France, p. 99-107. — Ce n'est pas que nous prenions cet auteur pour le représentant le plus autoriï^é de lï-colc rationaliste en France. Il sen réfère lui-uicmeà A. Héville. llisluire du do<jnie de la divinité' de Jésus-Chriaty et à A. Dupin, Le dogme de la Tiinilé dans les trois pronici's aie des ; mais son résumé nous parait un des plus abordables aux profanes. D'ailleurs, si chaque auteur rationaliste a sa manière de raconter l'histoire du dogme de la Trinité, les grandes lignes rrlenues par M. Guignebert sont gcncralcmcut communes au.x dillereuts hystèmes.
1 i CRITIOI i: ET CATIIOLKJUE
dolcs de leur race. .Iiib(|ualors, «juand Israël entr'ou- Niail sa porto aux prosélytes du dehors, il semblail (ju'il ne le fit (ju'à regret, tant il y prenait de précautions, et voici que, j^rAce à Jésus, la vérité divine et le salut (ju'rdle apporte soflVent tout larges aux honinies de bonne volonté. Un tel bienfait voulait une gratitude sans limites et dont l'expression dépassât tout ce qu'avait encore obtenu le plus éclatant des services humains; d'une œuvre divine, l'auteur ne pouvait d'ailleurs être qu'un Dieu et, dès l'abord, la pensée helléno-chrétienne s'acheminait ^ers la divinisation du Maître; elle y fût parvenue très vite sans la difticulté qu'elle rencontra de placer une autre personne divine à côté du Dieu uniipie d'Israël, dont Jésus lui-même avait élevé l'amour au-dessus de tout. Iille ne renonça pas à son dessein, mais d'instinct elle en divisa l'exécution en plusieurs actes.
« Tout d'abord, et probablement vers 80, se formule dans quelque communauté hellénique la foi en la naissance virginale du Christ cpi'avait certainement ignorée la première génération judéo-chrétienne...
« ... Du jour où l'on fut persuadé que Jésus n'était qu'une émanation incarnée de l'Ksprit-Saint, il devint logique de le grandir au-dessus de la nature humain»', de le faire remonter à son princi[)e, en d(;inièr«.' analvse. de l'identilier à Dieu... Dès hî début du n' siècle, au-dessous de la divinité du Père, grandit en fait celle du Fils et se précisent, en personnes évidemment divines aussi, l'Ksprit et le Logos'.
* D'après M. Gui^'nebert, l'Ksitrit 8»T(iit une notion d'origine plus .-(Irictcinent paulinienne et ju<).ii<jni', le Lo^^o.s serait une conception pliilouicimc, judaKo-alcxamliine.
LA TIUNITÉ ET LINCARNATION ; LA VlEH(iE MÈRE 15
« Or, à la même e'poque, on avait déjà pris Ihabilude de conférer le baplème au nom du Père, du Fils, médiateur suprême, et du Saint-Esprit, dispensateur de la grûce divine. On ne confondait pas encore 'e Père et le F'ils, on ne distinguait pas bien .a personne de l'Esprit, rattachée tantôt au Père, antôt au Fils, mais on associait les trois termes. 11 s'accomplit un double travail diverg^enl, où collaborèrent à la fois les idées juives, les spéculations néoplatoniciennes et peut-être les vieilles conceptions religieuses de l'Egypte : d'une î)art, il singularisa plus nettement les personnes delà Triade baptismale, et, d'autre part, il les identilia...
«... Paul avait déjà en fait identilié le Christ à TEsprit; le quatrième Évangile identifia \r Logos au (Christ et ainsi, d'ailleurs après des hésitations, des résistances et des contradictions, Logos et Esprit ne iirent plus qu'un en Christ. Or, l'attribution à Jésus de,^ qualités <lu Logos philonien entraînait d'incalculables conséquences ; de simple Messie, il devenait Celui ^< qui était au commencement » ; c'est-à-dire qui avait préexisté au monde et que certains jugeaient coéternel à Dieu; fonction de Dieu, il se confond^jit, en «lernière analyse, avec Dieu. Tout ce travail s'accomplit au courant du n'' siècle, sous rintluen<:e des philosophes païens venus à la foi, et ce fut la formule baptismale, nourrie de leur métaphysi(|ue, qui fournit la délinition finale de ce Dieu en trois ^ hyposlases » : Père, Fils et Saint-Esprit. Au commencement du m" siècle, toutes les diflicullés ne sont pas levées, et il en sortira d'interminables controverses dont. la conclusion, au moins en ce qui regarde l'orthodoxie, ne se fixera «piau iv' siècle, après les grands conciles de
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Nioée et de Clialcédoinc ' ; mais, dès ce temps, Terlullion, qui est probablemenl rinveuleiir du mot Trinité, établit que le Père, le Fils cl le Saint-Esprit forment une même substance divine divisée -en trois personnes de degrés ditïérents, les deux dernières étant les représenlanlsdu Père dans le monde. Ces conceptions seront retouchées; mais on peut considérer qu'à ce moment l'essence du dogme est déterminée et (\\ï'\\ entre dans la foi courante des chrétiens. La formule qu'il revêt nous est encore bien plus incompréhensible qu'aux métaphysiciens qui l'ont établie, et si profond que soit le mystère qu'il recouvre, il ne nous apparaît pas moins cti opposition avec la lettre des textes eoanfféliques, fonde tout entier hors de fenseirjnement de Jésus et de la foi de ses apôtres. »
11 est difficile de faire l'histoire du dogme avec une. liberté plus fantaisiste. Pour réfuter ce roman, il nous suffira d'écrire l'histoire vraie, en citant les documents qui la justifient. Elle nous montrera que le dogme Irinitaire n'est que le développement légitime de la pcMisée chrétienne prenant plus explicitement conscience de la vérité divine révélée [)ar Jésus et l'Esprit- Saint, crue et prèchée par les apôtres.
I. — Le DOfiME ET L'niSTomB 123. V(jici comment saint (Iréguirc de Nazianze,
• Le professeur dhisloire, en Sorbonnc, ignore-t-il que le concile de Chalordoine 8'e.sl tenu au milieu du V siècle, en iiil ?
• Tertullicn nie éner^'iqueinont toute division de la substance divine : Son [dico, diversila/r alium Filiuni a Pn/re, sed distribution" ; nec divisions alium scd dislinctione. — Adr. T'ra.ie<nn^ U, P. L., t. II, col. 187.
LA TRINITÉ ET l'iNCARNATION ; LA VIERGE MKRE 17
dans un texte célèbre, esquissait l'histoire du dogme trinitaire : « L'Ancien Testament a clairement manifesté le Père, plus obscurément le Fils. Le Nouveau a révélé le Fils et a suggéré la divinité de l'Esprit. Aujourd'hui l'Esprit vil parmi nous, et nous donne de lui-môme plus claii*e inaniieslalion. 11 n'était pas en elîet sans danger, qu'avant la reconnaissante de la divinité du Père, le Fils fût manifestement prêché, et que, pour me servir d'une expression un peu hardie, on nous surchargeât du Saint-Esprit avant que nous eussions confessé la divinité (ki Fils. Il était à craindre que, pareils à des genschargés d'une nourriture au-dessus de leurs forces ou à ceux qui fixent sur la lumière du soleil un regard affaibli, les croyants perdissent ce dont ils étaient capables. (Test au contraire par des additions successives, et comme dit David, pardes ascensions, par des avancements et des progrès de gloire en gloire, que la lumière de la Trinité a brillé de splendeurs plus éclatantes *. »
Avec le saint docteur ^, nous ne pensons pas qu'on puisse trouver dans l'Ancien Testament la révélation très explicite du mystère de la sainte Trinité, mais on ne peut nier que la Providence ait préparé la pensée
* V» discours tliéoluyique, n. xxvi, P. L,, t. xxxvi, col. 161.
"Et aussi avec saint Hasile, saint Épiphane, saint Jean Clirysostonie, saint llilaire, saint Cyrille d Alexandrie, saint Grégoire le Grand. (If. l'ouvrage du H. P. Lebreton, S. J., Les origines du doffme de la Tritùlé, note U, p. 446. Faut-il mettre saint Thomas parmi ceux qui n'admettent pas la révélation du mystère de la sainte Trinité dans 1 .\ncien Testament? Oui, si 1 on s>n tient au passage cité par le P. I.ebreton, Sum. theol.. Il" II*, (|. cLxxiv, art. 6. On doit ie[iendant noter que, dans un autre article, II' Ik, q. ii, art. 8, saint Thomas a écrit: Anle adventum Cliristi fides Trinitatis emt occulta in fide majongin.
18 cniTiQUE ET catholique'
juive à celle révélalion, spécialemenl dans les lomps <jui onlprécédr la vcniio de Noire-Seigneur.
La personnification poétique de la divine Sagesse, dans le livre de Jol), xxviii, 12-28, tourne à la personnificalion concrMe et réelle dans certains chapitres des Proverbes, vni, 22-31, de l'ecclésiastique, i, 'i-lO; XXIV, et plus encore dans le livre de la Sagesse, vu à XI. où 1 idée d'une personnalilé dislincle est à peu prés acquise '.
Moins avancée est la personnification de TKsprit- Saint, si Ton s'en lient aux livres inspirés où elle n'aboutit pas clairement à l'hypostase. Môme quand rivsprit nous est présenté comme envoyé , il n'est jamais nommé et considéré indépendamment de Jalivé, dont il émane à la façon d'une impulsion qui divinise
* Voici un des textes les plus caractéristiques :
Toul ce qui est caché ol à découvert, je lai appris,
Car la Sagesse ouvrière de toutes choses me l'a enseigné.
Kn elle, en effet, il y a un esprit intelligent, saijit,
Unique, multiple, immatériel.
Actif, pénétrant, sans souillurt".
Infaillible, impassible, aimant le bi«u, sagace.
Ne connaissant pas d'obstacle, bienfaisant,
Bon pour les hommes, immuable, assuré,
T<jul-puissajii, surveillant tout,
Pénétrant tous k-s esprits,
I^s intelligents, les [turs cl les plus subtils.
Car la Sagesse est plus agile que toul mouvement;
Elle pénètre toutes le-; |tarties do l'Univers à cause de sa purelé,
Elle est le souffle de la puissance de Uieu,
l'ne pure émanation de la gloire du Dieu toul-puissanl;
Au'""i rien de 8'»iiillé ne peut tomber sur elle.
Kllf •••! \o re-'plendisspmcnt de la lumière étertuille,
Ke miroir sans tache de l'activité de Dieu