l image de sa bonté
i tant unique, elle peut tout ;
l'.estant !a mArne, elle renouvelle toutes choses.
Kl U travers les âges elle se réi)aiid dans toutes les ùmes sainlet;
tlle en fait des amis de Dieu et des prophfti>s.
(vil. 20-27. Traduction Ciamp(Mi.j
LA TRINITÉ ET l'iNCARNATION ; LA VIERGE MÈRE 19
la vie el l'opération des inspirés. Mais dans les Targoiimim, coramcnlaires juifs qui ont recueilli et nous ont conservé la pensée des rabbis contem[)orains de Xotre-Seigneur, cette personnification s'accentue, el on comnienre à parler de l'Esprit-Sainl considéré on lui-môme et individualisé.
Ces mêmes Targoumim nous témoignent qu'en Palestine, au temps de Notre-Seigneur, les rabbis avaient substitué à la personnification de la Sagesse, celle de la Parole de Dieu, de la Memrà, qui remplissait un rôle analogue à celui donné à la Sagesse par l'Ancien Testament. Cette substitution s'était l'aile sous une influence alexandrine, après que les judéogrecs eurent adopté le terme de Logos de préférence à celui de Sagesse, mais avant (jue Pliilon eût tlonné à la doctrine du Logos les développements dont nous parlerons plus loin et qui la rendaient incompatible avec la théologie palestinienne *.
* Sur l'état de la pensée th«'olo£riqiir' juive au tomps de \otre- Seigneur, on consulteraavec profit la niagistrale élude de M. l'abbé Hackspill.çwr /e 7n//«>M yelif/ieiix el inlellectiiel cimlemporain du Souvenu Testament : l'idée de Dieu, la Sagesse, le Lof/os, la Parole, le Saint-Esprit, dans la, liev. bibl., 1900, p. 564-^7:; 1901, p. 200-215, 317-385; 1902, p. 58-73. Voici quelques extraits des conclusions : « Si la Sagesse est ainsi distinguée de Dieu plus qu'elle ne l'était autrefois, elle n'en est cependant pas détachée complètement. Ce (jui est dit de la Sagesse est parfois dit de Dieu lui-méiup Sap., vu, 15-17). D'autre part, si la Sagesse est nomuiée une « émanation », un « reflet », une « image » de Dieu, ces expressions ne désignent pas une existence hors il»' Dieu à l'égal dt^s autres créatures, mais impliquent précisément dos relalions beaucoup plus intimes avec lui. Si l'identité de nature n'est pas affirmée formellement, elle n'est pas niée non plus. Par contre, l'idée de personnalité est à peu [très acquise, car la ^.tgesse est termed attribution dune activité propre e[ «'fficirnte;
Sagesse, Logos ou Parole d'une part, Esprit Saint de l'autre, étaient les intermédiaires de l'action d'un Dieu, considéré comme tellement transcendant qu'il semblait qu'il ne pût avoir de contact immédiat avec le monde. L'n Dieu transcendant et deux vertus divines personniliées, Parole et Saint-Esprit pour les Palestiniens, Logos et Saint-Esprit pour les juifs hellénisants, telles étaient donc les idées théologiques en cours dans le judaïsme au temps de Notre-Seigneur.
OQ lui reconnaît, il est vrai, une activité instrumentale, mais celle-ci aussi se conserve dans un certain sens dans le dogme cliristologique (cf. Joa., i, 3 : otuîiia per ipsinn fada sunt. Mais le Verbe nesl jamais un attribut divin). Néanmoins il reste une certaine obscurité et de lindécision dans l'affirmation de cette personnalité; en tout cas, ni essence, ni filiation divines n'y sont enseignées. » Hev. bihl., 1901, p. 21o.
« Le développement de la doctrine de l'Esprit de Dieu dans l'Ancii-n Testament s'arrête ù une simple personnification sans aboutir jamais clairement à l'bypostase. » Cependant, « lorsque la doctrine de la Memra se développa en Palestine, celle de l'Esprit de Dieu en reçut une impulsion efficace. .Vussi les Psaumes lie Salomoîi sont-ils les premiers à nommer e.xplicitement VEspvil-SninI ... le seul fait de l'existence de ce nom marque un progri'S et prouve que VEsprit-Sainl commençait à être individualisé et considéré en lui-même, car autrefois on aurait dit Y Esprit de Jahweh ou le Saint-Esprit de .lahweh. En général, les Turt,'<>umitn emploient souvent l'expression : VEsprit de devant Jailli ail.
€ ... Cette circonlocution élaiit également usitée quand il s'agit de la Menira, nous pouviuis en conclure que les targoumiste» se rf'présenlaienl la relation de Dieu avec l'Esprit comme analogue à la relation de Dieu avec la Parole : l'Esprit tenait le milieu entre la personnification et Ihypostase.
<t A l'époque de la naissance de Jésus, la doctrine du Saint- Esprit avait en somme fait presque autant de progrès, mais avait gagné moins d'extension que celle du Logos. » Htv. bibl., i%2, p.6d, 7U.
L\ THIMTÉ ET LINCARNATION ) LA VlKRGE SILHE 21
124. Jésus, dans sa prédication publique, parla fort peu de lui. Il fil mtMiie laire les miraculés et les dénions qui rappelaient Messie et Tils de Dieu. Ce n'était pas seulement pour nous donner un exemple et une leçon de modestie. II voulait enseigner tranquillement à ses compatriotes par quelles dispo.-^i lions morales ils devaient se pn'parer à l'inauguration prochaine du royaume de Dieu, avant de se déclarer le chef de ce royaume et de déchaîner, par cette déclaration, la crise violente qui devait mettre fin à son apostolat *. L'heure venue de s'expliquer sur ce qu'il était, Jésus ne parla ni de la Sagesse, ni du Logos, mais il s'affirma Messie et Fils de Dieu en un sens qui l'élevait
* « Il nous est impossible de penser que le Jésus, dont nous avons le portrait dans l'Évangile, ait pu imposer aupublic la considéralian de ses litres personnels. Il lui convenait mieux d'en laisser pénétrer doucement la connaissance dans l'esprit de ses disciples jusqu'àce qu'il en obtlntunasscntiment qui, ainsi ga^né, netait pas seuiem'.-nl plus libre et plus spontané, mais aussi plus intelligent que celui qui aurait été simplement imposé par autorité. De plus il était essentiel au développement de la mission de Jésus que la prédication du royaume précédât, et d'un intervalle de temps suffisant, la manifestation publique de ses titres personnels et l'offre du royaume. La première chose à faire était de changer les caractères et de révolutionner les idées morales des hommes. C était là l'œuvre de la prédication faite dans le calme. \ l'heure où le leader dut aller plus loin, l'enseigneuient dut faire place à l'action. 11 était donc bon (luo tout d'abord et pendant quelque temps, le futur Roi restât, comme il l'était, à l'arrière-plan, jusiiu'àce que fût achevée la préparation à sa prise de possession du roy.iume. v Sanday, article Jesus-C/n'ist, the self-revelation of Jésus, dans le Diclionary of tlie Dihle, edited by J. Ilastings, t. ii, p. 616.
On voit di's Inrs à (juelie méprise se condamnent tous ceux qui veulent trouver le christianisme intégral dans la prédit alion galiiéeune.
22 CRiriÇIE El CATHOLIQUE
au-ilesMis des anges et lui donnait droit aux prérogatives ju>que-là réservéesà Jahvé. ^/e^t pour celaqu'il fut condamné à mort comme blasphémateur, et ce litre de Fils de Dieu, (ju'il avait revendiqué devant Caïplieauprixdesa vie, devint, avec celui de Seigneur, x-jz'.o;, équivalent de Jahvé dans la bible des Septante, le litre préféré que lui donnèrent les apôtres et les premiers chrétiens '.
Mais si Jésus n'avait rien dit de la Sagesse et du Logos, il avait explicitement parlé du Saint-Esprit et
* Au temps de Noire-Seigneur, rappellation du Fils de Dieu pouvait signifier les relations de particulière intimité qu'un homme pouvait avoir avec Dieu et tout spécialement s'appliquer à celui qui était revêtu de la dignité messianique. Il ne faudrait donc pas interpréter dans le sens d'une filiation divine transcendante, toutes les appellations de Fils de Dieu, qui nous sont rapportées par les synoptiques comme adressées à Jésus par les démons, les miraculés et les disciples. Mais ces mêmes évangiles synoptiques nous disent clairement que Jésus, en s'affirmant lui-même Fils de Dieu, se réclamait d'une filiation transcendante, tout autre que celle des saints et des prophètes - Cette filiation lui est exclusivement propre, il dit ynon Père et jamais notre Père; elle lui donne du Père une connaissance incommunicable (Matlh., xi, 27); elle le met au-dessus des anges (Marc, xv, 31) ; elle lui donne le pouvoir de remettre les péchés (Matth.. ix, 2); et l'aftirmation de cette (iliation est considérée comme un énorme et manifeste blasphème, non seulement par la populace, mais encore par les chefs du peuple, comme en témoigne îe récit de la condamnation et du crucifieuif-nt. C'est donc bien au témoignage de Jésus que se rattache l'universolle ( royance de l'Église primitive à la filiation transcendante grâce à laquelle ce Fils unique est si étroitement uni au Dif 11 Père ctauSaint-Fsprit qu'ils forment la divine Triade, posée d«s le début devant la conscience chrétienne, comme un fait divin, qu'elle doit dés l'abord accepter, en attendant que le dé- Teloppemeot du dogme en donne une connaissance plus précise.
lA TRINITÉ ET l'iNCARNATION ; LA VIERGE MKRE 53
du rôle que cet Esprit devait jouer '. Ce rôle s'alïirma tout d'abord par l'éclatante manifestation de la Pentecôte. Les charismes -, (jui pendant plusieurs année? accompagnèrent souvent le baptême, ou l'imposition des mains qui le suivait, ne permirent pas aux fidèles d'oublier que l'Esprit de Dieu, le Saint-Esprit, était, avec le Fils et Dieu le Père, un des agents divins de la vie nouvelle dont ils bénéficiaient.
125. Ce ne sont pas seulement les Actes qui nous parlent fréquemment du Saint-Esprit, mais aussi les épîtres de saint Paul, les plus anciennes et les plus incontestées, celles aux Thessaloniciens, aux Calâtes, aux Corinthiens, aux Romains, aux Philippiens. Ce n'est pas seulement à la divinité du Fils, ijue l'apotre lend témoignage^ ainsi que nous l'avons déjà dit dans notre précédent ouvrage ^, c'est encore à la divinité du Saint-Esprit aussi bien qu'à sa distinction d'avec le 1 Vre et le Fils.
Ee Saint-Esprit est en étroite relation avec Dieu le l*ère et avec le Fils; c'est l'Esprit de Dieu ^ comme c'est l'Esprit de Jésus le Fils "'. 11 est aussi divin et
» Cf. MaUh., x, 20; xii, IM, 32: xxviii, ly ; Liu-, xii, 10. 12; XXIV, 48 ; A. t., i, S, 8: Jean, xiv. 15-26 ; xvi, r,-15; xx, 23. Avant Jésus. Jean-Haptiste n'avait pas ninin< explicitement parlé »lii Saint-Esprit, au témoi/^nage des mêmes évnngélistes, Matlli., ni, 11 ; Marc, i, 8 ; Luc, m, 10 ; Jean, i, 33.
* Les charismes sont les dons extraoïdinaires et miraculeux dont on trouve l'éniimération et quelque desorijiliun dans saint Paul, 1 Cor., XII, 4-31, et xiv, et qui manifestaient laction d»? l'Esprit-Saint dans les premiers chréliens.
" Crili(/ue et cathi)li({ue, t. i, Apologétii{ue, n. 7. Voici 1rs textes auxquels nous nous sommes référé : Gai , iv, 4; I Cor., MU, 6; XV, 41; Rom., vui, 32; Philip., ii, 5-H.
* Hom., Il, 9, H, 14: I Cor., ii, 10, 11, 12: m. 10; vi, U, etc.
* Mora.. II, 9; II Cor . m, 11, 18; Cal., iv, 6 : vi, 1.
2i CRITIQrr ET CATFIOMOUE
sonde aussi clairemenl Ions les mystères de Dieu, que noire esprit à nous (*sl Innnain et conscient des secrets de notre cœur, u L' l'esprit sonde tout, môme les profondeurs de Dieu; car (pii dos hommes connaît ce qui est de l'homme, sinon Tesprit de l'homme qui est en l'homme? Ainsi nul ne connaît ce qui est de Dieu, sinon l'I^sprit de Dieu '. » La nianifestalion de l'Espril est une manii'eslalion de la puissance divine^. Toutes les merveilles qui doivent ôtre rapportées à l'action surnaturelle et immédiate de Dieu, c'est l'Esprit qui les fait *^
« D'autre pari il faut considérer le rôle très personnel que saint Paul reconnaît à l'Espril : il habite en nous, de même que le Christ y habite ; nous sommes le temple de l'Esprit, de môme que nous sommes le temple de Dieu "* ; en nous il gémit, il intercède^; dauh* l'Église entière, il produit et distribue les dons, comme il le veut, ainsi d'ailleurs que Dieu les produit lui-môme ''. 11 est envoyé par Dieu dans nos cœurs, tout comme le Fils a été envoyé par Dieu pour s'incarner ". »
Tous ces textes, déjà bien signilicatifs eneux-mômes, laissent à peine place au moindre doute quiuid on les rnjiproche des passages où saint Paul met en parallé-
» I Cor., Il, lu, H.
' 1 Cor., II, G.
• I Cor., xii, 6 < t 11.
• Hom.. Mil, 9-11 ; l Cor., m, K, : vr, 19.
• Honi , Mil, 2Get 2".
• I Cor., XII, 11, G.
' Gai., IV, 4, G. Ce ré.sumé des témoignftges de saint Paul on faveur de la pcisonnalilé du Suint-Esprit «si ciiiprunlé ay I'. Ubrcton op. cit., I, lil. c. m. "-'(ti/tl l'uni, p. 338.