LA TRINITÉ ET LINCAHNATION ; LA VIERGE MÈRE
Ijsme Dieu le Père, le SeifjMieur Fils et le Saint-Esprit, dans des formules qui sont le plus ancien témoignage écrit de la foi primitive à la Trinité: « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, et la charité de Ditu et la communication du Saùft-Esf.rit soient avec vous tous '. » Et encore : « Parce que vous êtes fils. Dieu a envoyé dans nos cœurs VEi^jjrit de son Fils qui crie : Abba, Père 2. »
Tout l'enseignement paulinicn suppose d'ailleurs les éléments du dogme trinitairc; il était « inintelligible pour les fidèles, et il est inex[)licable pour nous sans la croyance en un Père, en un Fils et en un Saint- Ksprit existant entre eux dans une relation d'étroite interdépendance, le Père envoyant le Fils et nous sauvant par lui; le Saint-Esprit donné par le Père et le P^ils et portant jusqu'à l'intime de notre âme la vie divine (ju'il tient d'eux •*. »
126. Cette foi primitive présuppose elle-même un enseignement sur le Père et le Saint-Esprit donné par Notre-Seigneur à ses npôtres, et no nous permet pas (le conlester l'authenticité substantielle des passages de l'évangile où cet enseignement est brièvement
» Il Cor., xni, 13.
' Gai., IV, 6. — Cf. aussi I Cor., xii, 4, 6 : « Il y a diversité de charismes, mais c'est le même Esprit ; diversité de ministères, mais ccst le nu^me Seigneur; diversité d'opérations, mais c'est le même Dieu (jui opère tout en tous. r> Nous dirons plus loin pourquoi et dans quelle mesure Paul réserve au Père le nom de Dieu. On trouvera encore la mention consécutive des trois personnes divines dans les passn^^es suivants: llom., vin, 9-17; IThess., I, 3-0 ; v, 18-19; Il Thess., ii, 13, 14; Ephes., m, 14-17; IV. J-6; Tit., 111,4.
• Tixeronl, Conférences apologétiques^ 8* conférence, p. 3ÛU.
consigné, pa> même celle de la fameuse formule ternaire qui clôl IVvangile de saint Mattiiieu : u Allez, inslruiso/ loules les nations, baptisez-les an nom du Père, (la b'ih ci du Sai)i(-J'Jsprity et enseignez-leur à observer loul ce que je vous ai prescrit ' .»
Cette formule liturgicpie n'est pas dans le ton de la prédication galilcenne, nous en convenons; mais Jésus ressuscité parlait-il comme en Galilée? Qu'on ne dise pas non plus que celte association du Père, du Fils et du Sainl-Esprit dans la consécration baptismale ne cadre pas avec les idées de la toute primitive tradition, puiscju'on retrouve cette même association dans les récits très primitifs du baptême de Notre- Seigneur. Bien loin que Tusage de cette formule sacramentelle vers la lin du premier siècle explique son insertion tardive dans le texte évangélique, c'est sa qualité tout d'abord reconnue de parole du Maître qui seule peut expliquer son universel emploi, surtout si olle a dû supplanter la formule soi-disant apostoli(pie d'un baptême conféré u au nom du Christ »,
M. Conybf-aie, dans un article de la Zeilsclirifi fur die neuteslamenlUche yV^issenschaft, 1 «01, p. 215-288, se fondant sur des pi^-n^'cs d Eiisibe o\i la première partie du texte de saint Matthieu eî't citée sans la furinulc : tiaplisez-les au nom du Père, du l'ils et du Sainl-Esprit, croyait avoir prouve qu'il y avait une rccension primitive de <e texte d'où la formule baptismale était al)senle. Tettf n|iini'>p n'est plus ni soutenable, ni soutenue, depuis «pie M Hij^genbach, dans son élude, Der trinitarische Tnu/hefelif. Gulersioli, rJ03, a montre que le texte intégral était cite non seulement par Kusèbe, mais par vingt et im auteur» s'échclonnaiit du i" au iir siècle, et qu'il était reproduit nans variantes par tous les jnanuscrils connus. On trouveia une bonne élude sur celle question dans le 1'. Lebreton, oj). cil.^ nule L, p. 41b kj.
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hypothèse qui nous paraît (railleurs fuit douteuse '.
On ne peut donc pas dire qu'à Torii^inc, « si Ton avait les élémenls d'une Triade, on n'avait pas de Triarle proprement dite-. » l)«\s l'origine, au ron- Iraire, le Père, le Fils et le Saint-Esprit étaient non seulement invoqués séparément, mais associés dans un même eulte d'adoration reconnaissante qui vovail en tous trois la source divine delà vie nouvelle qu'annonçait l'Evangile et qu'assurait la foi chrélienne.
127. On nous objecte, il est vrai, que saint Paul identifie le Christ et le Saint-Esprit : « Le Seigneur
* L'opinion que les apôtres auraient bnptisc parfois an vont du Christ est acceptée par saint Thomas, Suin. l/iml., Ill\ q. Lxvi, a. 6; elle est fondée sur les textes suivants des Arles : n, 3X ; VIII, 16; x, 48 ; xix, 5, dans lesquels le baptême chrétien est qualifié de bapttnie donné au 7iom du Christ. Ces textes ne sont rien moins que probants. La formule au nojn du Christ e>t ici narrative et non pas liturgique: elle est employée pour distinguer du baptême de Jean et des autres baptêmes, celui qui est conféré par la vertu du Christ: mais elle ne prétend pas reproduire linvocalion faite au baptême. Voici les raisons qui rendent très probable celte interprétation : 1° la susdite fornmle se prêsontf", dans le texte grec des passages cités, avec des variations grammaticales qui sontélranges dans une formule liturgique ; 2' le baptême chrétien est encore désigné, comujc b.iptême donné au nom du (lirisl, dans des ouvrages qui datent d une époque où la formule baptismale actuelle était d'usage universel et obligatoire, par exemple, dans la iJiduchè, ix, 3, alors ipif <c même livre, (in du i" siècle, prescrit formelleiicnt rem{)loi de la formule trinitairc: de même dans le l'auteur d Hermas. vision in, 7, 3, P. 6'., t. H, col. 90G. On ne peut donc pas conclure, avrr r erliluilf, âr l'eiprossion baptisé au nom du C/tri.sl, à la négation de l'emploi de la formule actuelle dans l'administralioQ du sacrement.
• .Vntoinc Dupin, /.es orif/ines des cuttlroverscs triutlaires^ dans la lievue dliiiloire et de lilléralurc relif/ieuse, 1900, p. 222.
est l'Esprit ' » et qu'il nie éqiiivalemment la divinité du Seigneur Christ, puisqu'il réserve toujours le nom lie Dieu au Père et écrit très explicitement : « Nous n'avons qu'un Dieu, le Père, de (|ui sont toutes choses et nous pour lui, et un seul Seigneur Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et nous par lui ^. »
Pour répondreà la première objection nous n'avons qu'à citer le texte intégralement et à le replacer dans son contexte : u Le Seigneur est l'Esprit; mais où est l'Esprit du Seigneur, il y a liberté^. » Saint Paul aurait-il pu écrire « l'Esprit du Seigneur » s'il identifiait les deux termes Esprit et Seigneur? Dès lors que non seulement ici, mais encore en beaucoup d'autres passages, 1 apôtre distingue Esprit et Seigneur, il t'aul quelque peu d'obstination pour affirmer avec assurance que cette formule « Le Seigneur est l'Esprit ») signifie une identité absolue et non pas simplement une é(piivalence et communauté d'action qui est la seule véiilé logiquement impliquée dans le contexte et habituellement enseignée par saint Paul. Pareille étrangeté d'expression est-elle donc si insolite dans la langue paulinienno qui en compte tant d'autres? Nous-mêmes en employons d'analogues
> II Cor.. III, 17.
• ICor., VIII, 6.
• E«i tout ce passage m, 1-18, saintPauI compare le ministère de la nouvelle alliance de Noire-Seigneur avec celui de Moïse. Moïse n'a donné <(iie la Loi qui, bonne en elle-même, est, à raison do notre corruption, source de péché et de condamnation, tandis que Jésus et la nouvelle alliance mettent à notre service non plus la lettre des indications de la Loi, « la lettre qui tue, mais l'Ksprit qui vivi/ie », l'Esjjrit qui donne la force de vivre ■es inspirations intérieures.
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dans noire langage familier, quand nous disons par exemple à l'ami qui se recommande de la protection du favori d'un prince : « Le favori, c'est le roi ; où est le favori du roi, il y a puissance royale. »
128. Pouvons-nous, sans cesser d'être critique, concéder à la seconde objection que saint Paul réserve toujours le nom de Dieu au Père ? Cela nous paraît Lion difficile. Les critiques ont longuement discuté ' le fameux passage de l'épître aux llomains, ix, 5 : « Je souhaiterais, en effet, d'être anatlième moi-môme et séparé du Christ pour le bien de mes frères... de qui le Christ est issu selon la chair, lui qui est au-dessus de tout^ Dieu béni à jamais. Amen. » — o (ôv ïrÀ 7:7.vT(i)v 0ÎÔS £'jXûYY,Tbç slç To'j; ahovxç, ày.Y,v. La grammaire et le contexte sont d'accord pour appuyer l'interprétation qui applique au Christ le nom divin et la doxologie qui l'accompagne. Pour éviter cette affirmation, il faut supposer une construclion de phrase incorrecle et forcée. La supposition n'a rien d'absolument invraisemblable en elle-même, quand il s'agit du style de saint Paul ; mais elle n'a pas d'autres motifs que celui-ci : saint Paul n"a pas pu donner le nom de Dieu à Jésus.
Que vaut cette raison quand saint Luc nous affirme que son maître parlait aux presbytros d'Éplu^^se du
' On trouvera un excellent résumé de ces discussions dans le Crilical and e.reyelicaf commentai'!/ on the epistle lo Ihe Romanf: de \V. Sanday et A. Headlam, 4' éd., p. 233 sq. .M. Sanday conclut, avec une lé^'tre, mais seulement légère hésitation, à l'adoption de la traduction généralement acceptée, qui rappoi le la doxologie au Christ. Cette traduction a d ai Heurs pour elle une telle somme de téuioignages patristiqut-^, (|u elle parait bien théologiqueuient certaine.
'AO CRITIQUE ET CATIIOMQrE
Dieu qui, de son propre sang, avait acquis l'Kglise ' Act., XX, 28 et quand nous voyons, dans les épîlres pastorales, le lilre parliculier du Christ, son nom de Sauveur, associé à celui de Dieu, et ce Sauveur, qu'on dit notre, considéré tour à tour et indilîéremment comme la cause divine et première ou comme la cause inslrumenlal(^ et humaine de notre salut ' ? Pareil langage serait déroulante maladresse sous la plume d'un écrivain (jui ne croirait pas à la divinité du Sauveur Jésus, mais il paraît tout naturel à un apôtre déjà conscient du dogme catholique, qui voit dans ce Sauveur rHomme-Dieu, l'intermédiaire de Dieu et des hommes, Dieu sans doute, mais néanmoins vraiment hum me et par conséquent à la fois auteur principal et instrument du salut.
Nous objectera-t-on que l'épître à Tite n'est pas de saint Paul? il faudrait le prouver, et c'est une démonstration cjuil n'est pas fa<Mle de faire, tellement sont fortes les raisons qu'on a d'affirmer son origine paulinienne.
Mais soyons bon prince, et, sans le concéder, supposons que saint Paul ait toujours réservé au Père le nom de Dieu comme un nom qui lui serait propre. Que s'ensuivrait-il? 11 s'ensuivrait simplement que saint Paul aurait toujours parlé comme parle encore habituellement rKglisecatholi(pie du xx'siècle. Qu'on ouvre et qu'on lise un bréviaire ou un missel : rares, très rares sont lesoraisons adressées au Fils. Presque
> Tit.n, 10, 1!. m; m. n, fi; I Tim.,ii, 3-5. M. IliirnarU recnnnatl lui niAme que cflle assocualion «les titres de Sauveur el de Dieu est un léuioigri.tge de grande autorité, sehr irichtig. LehrbucU der Pogmeugeschicfile, \" vol., 4* éd , p. 209, note 2.
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toujours ou y invoque le Père, comme le Dieu de (lui nous vient tout don et duquel on distingue très nettement le Seigneur Fils par qui tout nous est donné et auquel on attribue ainsi une fonction d'intermédiaire et de subordonné. Ce langage implique-t-illa moindre négation de la divinité du Fils? Personne n'oserait l'affirmer. Mais, s'il ne l'implique pas aujourd'hui, pourquoi l'impliijuerait-il en saint Paul?
Cette manière de parler n'est que la conséquence et la fidèle expressionde l'économie du salut des hommes telle que la Trinité l'a voulue et telle que l'Incarnation l'a réaTisée et manifestée. Dès lors que le Verbe s'incarnait en Jésus-Christ, médiateur de Dieu et des hommes et vraiment liomme *, et qu'il méritait par sa vie au miheu de nous une action nouvelle et surnaturelle de l'Fsprit-Saint, le langage de saint Paul, qui est encore le nôtre aujourd'hui, devenait inévitable chacjue fois qu'on parlerait de Dieu dans ses rapports avec l'humanité. Le Père qui, dans la Trinité, est seul principe sans |)rincipe, in^ngendré, ne procédant de personne, reste, dans l'histoire du monde, la seule personne divine à laquelle est attribué, par appropriation, le rôle divin par excellence, celui de principe et fin de toutes choses '■'. Le Verbe, égal à son Père quant à sa nature, nous apparaît, quant à la fonction qu'il assume en devenant Jésus-Chri:-t, comme le subordonné de son Père, en même temps que Sauveur et Seigneur des hommes qu'il délivre du péché et ramène à Dieu ; le Saint-Esprit enfin, dont l'œuvre nouvelle de sanctification est conditionnée par la médiation du Fils, e-ôl
* I Tiin.. II, Tu
' (^f. saint Tlioinas, Sum. thevl., !•, q. xxxix, a.
CRITIQUE. — m. — 2
l'envoyé du Père et du Fils, leur don suprême, celui d'où dérivent tous les autres dons. Ainsi s'explique el doit s'inlerprtHer le toxle de la I'"'' épîlre aux Corinihiens qu on nous a objecté plus haut, ou bien encore celui-ci : u II y a diversité de dons, mais c'est le même Seigneur; il y a diversité d'opérations, mais c'est le même Dieu qui opère tout en tous '. »
C'est du point de vue sotériologique que les trois personnes divines sont habituellement distinguées et dénommées par saint Paul, d'après le rôle particulier qu'elles se sont attribué dans l'œuvre de notre salut, sans que pour autant le nom de Dieu appliqué au Père soit plus exclusif de la divinité du Fils et de l'Esprit, que les litres de Seigneur et d'Esprit donnés au Fils et à la troisième personne divine ne sont exclusifs de la qualité de seigneur et d'esprit qui convient aussi au Père.
La prédominance de ce point de vue sotériologique s'imposait au début, non seulement du fait que le salut était la grande préoccupation des apôtres et des convertis, mais encore parce que le langage, qu'il inspirait, permettait une affirmation plus claire et plus instante du monothéisme, telle que l'exigeaient, à des titres divers, les milieux populaires juifs ou païens d'où soitaient les j)remiers fidèles. Aussi n'estil point particulier à saini Paul.
129. On n'a pas toujours assez remarqué que saint .tean, lui aussi, parlait b«;aucoup plus de Jésus Sauveur que du Verbe Dieu et de la môme façon que saint Paiil. Dans tout le quatrième évangile, si l'on en détache le prologue, Jésus est présenté comme Fils
* I Cor., xn, 6.
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de Dieu, très inliineineîit uni au Père, à Dieu, mais agent subordonné du Père dans son œuvre de salut, car le Père est j)lus grand que l'Homine-Dieu médiateur et rédempteur, quia Pater major me est^ . Premier consolateur et Paraclet de l'humanité, Jésus est très intimement uni aussi à Vautre Paraclet qu'il enverra et que le Père enverra, car le Saint-Esprit est aussi bien l'Esprit du Fils que l'Esprit du Père. Cette union de 1 Esprit, du Fils et du Père est si étroite que l'action et l'habitation du Saint-Esprit dans une âme y entraînent l'action et l'habitation du Père et du Fils. D'après saint Jean, Notre-Seigneur dit indifféremment : « L'Esprit sera en vous... je serai en vous. ..Le Père et moi nous viendrons et nous habiterons en vous^, » tout comine saint Paul écrit sans distin'.Hion : « Vous êtes le temple de l'Esprit... vous êtes ie temple de Dieu... l'Esprit de Dieu habile en vous... le r.hristest en vous ^. »
130. Mais si saint Jean parle comme saint Paul du Christ et do l'Esprit quand il raconte, dans son évangile, la vie humaine de Jésus Sauveur ou nous dit les conditions de l'œuvre du salut, il a, dans son prologue, enseigné ex professa et très explicitement ce que saint Pnul n'avait dit qu'incidemment de la vie éternelle de Jésus on Dieu. Dès lors que l'évangéliste remontait jusqu'au principe <les choses et des siècles, s'élevait