‹ Critique et catholique (volume 2)Chapitre 23 sur 66 · Personne n'a jamais vu Dieu · texte numérisé non relu

Personne n'a jamais vu Dieu

Le Fils monojîène, Qui est dans le sein du Père, Nous Ta lait connaître ^.

Ainsi donc le Verbe était près de Dieu, littéralement près du Dieu, r.zoç -rôv 0£ov, près de celui qui non seulement est Dieu par nature, mais qui, vis-à-vis de nous, comme dans Péternilé, garde tout son rôle de divin principe. Saint Jean l'appellera Père quand il aura parlé du Fils, et, dans tout son évangile, il lui réserve le nom de Dieu avec l'article-, pour les mêmes raisons qui font écrire à saint Paul : « Nous n'avons (pi'un Dieu, le Père. » Mais le Verbe, Fils distinct du Père près duquel il est, est aussi bien Dieu que le Père dans le sein duquel il vit éternellement. C'est à ce titre qu'il connaît Dieu, comme aucun mortel ne le connaît, ainsi que nous l'avaient déjà dit les synopti(|ues Matth., xi, -11); et c'est pour le manifester qu'il s'est fait chair et qu'il a habité parmi nous •'.

* Nous empruntons à M. Loisy la IraJuclion de ces extraits du prologue rythmé de saint Jean. Le quatrième évaurjile, in-S*. Paris, 1903.

" L'appellation ô B-o; n'est appliquée qu'une fois à Jésus, non point par l'éviingéliste lui-mùme, mais par Thomas Didyme et encore avec un délcrmiiialif, ô 0£o; aoj, et en parallélisme avec 6 xupio; uou (Jean, xx, 28). Il n'est cependant pas vrai, conime on l'a prétendu, que 0îo;, sans article, indiijue un degré inférieur d'être divin, car ce simple mot est employé un peu plus loin, 1, 12, 13, 18, pour désigner l'être divin, au sens absolu, celui que le Fils nous manifeste et dont il nous fait les enfants adoptifs.

' Il y a peu de corrections à faire à la note dans laquelle M. llarnack analyse le contenu du quatrième Évangile et le rôle quy joue le prologue. Voici la traduction d'un extrait important de cette note : « Le Proloî,'Ue de l Évangile nesl pas la clef qui

30 CRITIQUE ET CATIIOIJQUE

Ces propositions fondamentales de la tliéologie de la Trinité et de rincarnalion sont si claires qu'il n'est plus d'équivotiue possil>lc. Présenté dès le début comme Homme-Dieu, Jésus-Christ nous apparaît,

donne l'intelligence de cet Évangile, mais il y prépare les lecteurs. 11 prend une grandeur qui leur est connue, le Logos, et tout en réfutant iniplicitenient de fausses christologies, il travaille et présente ce Logos de façon à lui substituer Jésus-Christ, le Dieu monogène, en dévoilant que ce Logos est Jésus-Christ. Cela fait, ridée de Logos est négligée. L'auteur ne parle plus que de Jésus, pour justifier cette croyance qu'il est le Fils de Dieu, en la défendant surtout contre les objections juives. Le point capital de ^otte croyance est Taflirmation que Jésus vient de Dieu et du ciel. Mais l'auteur est très éloigné de chercher à fonder sa profi^ssiou de foi sur des considérations cosmologico-philosophiques. C'est par l'autorité de son propre témoignage et par la connaissance de Dieu et la vie qu'il nous a apportées (biens absolument supra-terrestres et divins) que Jésus, d'après l'évangéliste, s'est montré fils céleste de Dieu. 11 a et il est un être divin, voilà le point capital; mais, par l'incarnation, la divinité n'a pas été sfuleinent voilée, mais enlevée, et elle ne reste plus dms le Fils que dans la mesure où l'ordonnance du Père la lui conserve. » Lehrbiich cier Dogmengeschichte, Die joanneischen Schriflen, 4' éd., l"" vol., p. 109. Nous n'avons à corriger que la phrase finale de cet extrait. Le Christ, que nous dépeignent les récits de saint Jean, ne nous apparaît pas comme un Fils de Dieu auquel la divinité a été enlevée, mais qui est simplement privé des prérogatives glorieuses qui lui appartiennent à raison de sa divinité. Ces prérogative.^, auxcjuelles il a renoncé, comme n<ms le dit saint Paul, f-n se soumettant à la loi de je.xinanilion, de la /.h'oT.; (Phil., ii, 7), lui sont accordées partiellement, pendant sa vie mortelle, dans la mesure où elles Ront nécess.'iircs à son ministère, selon l'ordonnance du Père, mais elles ne lui sont rendues totalement qu'à la résurrection, l'heure de la glorification du Fils par le Père, nous dit saint Jean fxvii, \) en complt't accord av»'C saint Paul qui voit aussi, dann la rénurreclion, la manifeotalion glorieuse de la filiation divine de Jésun ^Hom., i, 4).

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