LA TRINITÉ ET LINCARNATION ; LA VIERGE MERE 'M
dans les récits de saint Jean, tour à tour homme cl Dieu, encore plus humain et plus divin ({ue dans le> écrits de saint Paul, avec une plénitude et une vivacité de contrastes qui font dire à M. Harnack que l'origine des écrits johanniques est la plus grosse énigme de l'histoire littéraire du Nouveau Testament.
131. Où donc et sous quelles influences a pu germer une conception si étrange et si déconcertante pour la raison humaine en général et plus spécialement encore pour Tesprit du juif nullement helléniste ' qui est l'auteur de l'évangile selon saint Jean?
Les mystères de la Trinité et de l'Incarnation sont, en eux-mêmes, une énigme aussi indéchilVrable pour nous croyanls que pour les incroyants ; mais du moins voyons-nous très bien comment l'affirmation de ce mystère a pu être consignée dans ce livre d'origine juive qu'est l'évangile de saint Jean.
L'évangéliste nous affirme avec insistance que son étrange conception de Jésus lui a été imposée par le témoignage et les œuvres du Maître. Nous avons d'autant plus de raisons de l'en. croire que nous sommes bien empêchés d'expliquer autrement la conviction avec laquelle il nous présente son Christ, sans se faire illusion sur les oppositions qu'un tel portrait soulève parmi ses frères du judaïsme. Ce Christ n'est d'ailleurs «(u'une peinture plus vive de celui que nous trouvons déjî'i esquissé dans les synoptiques, prêché par saint Paul et accepté un peu partout dans l'Église d'alors, car les rares écrits, qtii nous sont restés des diverses
* D'après M. Harnack, la culture de luuteur du quatriônic Evangile n'a rien qui trahisse Ihellénisme, ist keine heUenistiche. — Op. cit., p. 10'.», note 1.
régions de la chrétienlé de celle époque, s'accordent à confesser ce même dualisme du Chrisl Homme- Dieu, toul aussi bien que l'exislence de la divine Trinité.
132. La P*" épilre de saint Clément envoyée de Rome aux Corinthiens vers 96 est un écrit pastoral et non point dogmatique ; elle n'en contient pas moins un précieux témoignage delà foi commune des fidèles de ce temps à la Trinité. « Vive Jahvé », ^dans les Septante) u Vive le Seigneur», était une formule de serment assez usitée chez les anciens juifs'. Clément l'emprunte à la Bible, mais lui donne une forme chrétienne et Irinilaire en écrivant : « Vive Dieu et vive le Seigneur Jésus-Christ et TEsprit-Saint, la foi et l'espérance des élus- », prenant à témoin de sa parole les trois termes dont la réunion répond, dans sa pensée, au Jahvé et Seigneur de l'Ancien Testament et qui sont tous trois ensemble l'objet de la foi et de l'espérance des élus.
Nous voici revenu au langage de saint Paul réservant le nom de Dieu au Père; mais le titre de Seigneur que Clément attribue au Fils comporte, lui aussi, un être divin, car si Jésus-Christ est homme "\ fils d'Abra-
> Samuel, xiv, 39, 45; xix, 6; xx, 3, 22, rlc.
• C. Lviii, 2. Voici ce que notent au sujcl de ce texte les cdi- Icurs Gcbhart, Ilarnark et Zalicr : Tre.s personas divinas hic numeravit Clemens. I!cc ideo grave vidctur, quod disertis verhis Ire» illas personas fidem et spem eleclorum esse scriptor confitelur. — Pdtrum a/ioslulicorum opéra, t. i, [>ei[izig, 1876, p. 96. On trouvrrn urif autre formule trinilaire iniitùe de saint Paul au chapitre xlvi : « N'avons-nous pas un seul Dieu, et un seul Christ et un seul Fsprit de grâce répandu sur nous et une seule ▼ocalion dans h: Christ? »