CHAPITRE ni
171. Définitions du concile de Trente. — 172. Les objections.-— I. Le dogme et l'histoire. 173. Jésus et le ritualisnie. — 174. La réalité sacramentelle a précédé sa théologie. — 175. // est difficile de soutenir que le Christ a déterminé avec une entière précision, in specie infiina, et immuablement fixé la matière el la forme du baptême et de la confirmation, — 176. de la pénitence, — 177. de l'ordre cl du mariage. — 178. La détermination, par le Christ, de Vesscnce du signe sacramentel a pu laisser place à d'ultérieures précisions. — 179. Cette question est distincte de celle de r institution. — 180. Institution du baptême, — 181. de la confirmation, — 182. de Vexlrcmc-onction, — 183. de Vordre, — 184. du mariage. — II. Le dog.me et LA RAISON. 185. Magie et sacrements. — 186. Les sacrements et l'incarnation. — 187. Les sacrements et la glorification intégrale du monde. — 188. La sacramenlalité dans la nature.
171. '( Si (inelqu'iiii <lil <|uo les sacreinenls de la nouvelle loi n'onl pas éU'î tous inslilués par Jésus- Chrisl Noire-Seigneur, ou qu'il y en a plus ou moins (|ue sepl, à savoir le Baptême, la Conlirmalion, l'Eucharistie, la Pénitence, rExlréme-Onetion, l'Ordre et le Mariage, ou encore que l'un de ces sept n'est pas \raimenl et proprement un sacrement; qu'il soit ana- Ihème.
« Si quelqu'un dit que la grâce n'est pas conférée
cj' opère operato par les sacromenlstlc la loi nouvelle, mais (jue la teule foi en la divine promesse suffit à oMenir la irràee; (ju'il soil analhème'. »
172.Vuiei un résumé des prineipales objections que l'inorédulilé oppose à cette délinilion conciliaire.
w N'esl-il pas évident que Jésus-Clirist ne devait jruère songer à fonder des rites, fussent-ils les sit;nes sensibles d'une grâce qu'il accordait aux hommes? (Juel sens donner, en effet, à sa réaction contre le ritualisme pharisien s'il le reconstruisait à mesure qu'il le démolissait? Et, à un autre point de vue, de quel intérêt pouvait être l'établissement «l'une liturgie pour celui qui, non seulement n'avait pas l'intention de fonder une religion nouvelle, mais encore annonrail la lin imminente du monde? Les textes évangéli(jues confirment cesremarques de simple bon sens'^. » Bien qu'ils fassent mention du baptême et de l'eucharistie, ils ne nous les présentent pas comme des signes liluels dont Jésus aurait commandé la répétition et auxquels il aurait attaché le pouvoirde communiquer la grâce. Us ne nous disent rien des autres sacrements.
La notion même de sacrement est d'ailleurs une idée tardive élaborée au moyen âge. L'anli({ue Eglise avait si peu conscience d'avoir reçu du Ciiristles sept sacrements qu'au vn*^ siècle, saint Isidore de Séville comptait trois sacrements, le baptême, la confirmation et Teucharistie^. Far contre, au xi" siècle, saint Pierre Damien, un docteur de l'Église, comptait douze et même quatorze sacrements, car il reconnaît
* Concile (leTrcnle, sess. vu, can. 1 et 8, EncUir., n.844 et 8j1 (726 et m).
*Cli. Guigiiebert, Modernisme et (ruililion calholique, \k 81.
• Ulyinolugim, \. VI, c. xix, n. 30, P. L., t. lxwii, col. 255.
LES SACRF.MENTS 137
le caracl6i*c sacramentel dereucharislie et de l'ordre^ el c'est sans doute par oubli qu'il ne les a pas inscrits dans la liste suivante, que nous empruntons à un de ses sermons : « Le premier est le sacrement de haplt^me;... le second, celui de confirmation;... le troisième, Fonction des infirmes;... le quatrième, la consécration du pontife;... le cinquième, l'onction du roi;... le sixième, la dédicace de l'église;... le septième, la confession;... le huitième, le sacrement des chanoines;... le neuvième, celui des moines;... le dixième, celui des ermites;... le onzième, celui des moniales;... Iedouzième,celuidesnoces^)). C'est Pierre Lombard qui dressa et fit accepler la liste des sept sacrements. C'est à lui, semble-t-il. plus qu'à Noire- Seigneur, que nous devons le do<^me relativement récent des sept sacrements.
Des scolastiques nous est aussi venue la théorie de l'efficacité ex opère operato, qui rejette iil'arrière-plan l'oeuvre de la foi dans le uéveloppement de la vie de l'âme, nous fait concevoir les sacrements ii la façon gros.^ièie de signes magiques, et achève l'humaine perversion du culte en esprit prêché par Jésus.