III. — La. vie des rachetés
165. C'est bien la vie de l'Esprit, de rEs|)rit de l'eu qui est aussi l'Esprit du Christ, par conséquent la vie même de Jésus que reroit le vrai croyant au jour où, après avoir été crucifié et enseveli avec le Christ dans le l)apléme de fait ou de désir, il en sort ressuscité '. -< Je vis, mais ce n'est pas moi, c'est le
* « I^'norez-vnus que nous tous qui avons ét«'' baptisés dans le Christ Jésus, nous avons été baptisés dans sa mort? Car nous •voDs été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin
42iî CRITIQUE ET CATHOLIQUE
Clirisl qui vil en moi'. >^ Ainsi poiivons-nons tons [Mrler avec saini l\uil, tant ijuc le péché mortel n'a pas brisé le lien tramour qui unit le sarment au cep, l'Ame du haplisé an Christ-Sauveur. «Je suis la vigne, vous êtes les rameaux... Demeurez en moi et moi en vous. Le rameau ne peut de lui-même porter du fruit, s'il ne reste sur le cep, et vous non plus, si vous ne demeurez en moi-. »
Si divine que soit dés le début cette vie nouvelle, elle ne reçoit cependant pas tout d'abord son développement complet et manii'esle. En nous soumettant à l'intUix surnaturel de TEspril-Saint qui habite spécialemenl dans lAme des justes, la grâce sanctifiante nous apporte une force d'impulsion, qui, si nous la laissons faire, se substitue à l'égoïsme foncier, auquel appartient la direction suprême des facultés du pécheur. Cet égoïsme, voilà le vieil homme, tué et crucifié parla grâce dès l'instant et dans la mesure où il cesse d'être principe premier et direcleur de ton le ' notre activité. Mais l'organisme que la vie nouvelle a soustrait au commandement du vieil homme est encore tout impiégné des inlluences terrestres de son priiK'ipe charnel ; il ne s'en d<'*gage(jue pen ;'i peu par
qu'à l'imitation du Christ qui est ressuscité des morts par la f.'|oire du Père, nous marchions, nous aussi, dans nn renouveaii de vie. Car si nous lui avons ét«'Mmis, comme une ^tc Ho l'est au lionc, à limitation de sa mort, ainsi en sera-t-il aussi de sa résurreclit»n, sanlianl cHci, rpie notre vieil homme a «Hé crucifié ave<- lui, pour (lue soit détruit le corps du péché, alin (jue désormais nous ne soyons plus les esclaves du péché... Tout comme le Clirist, estimez-voiis morts au péché vous aussi et vivant pour Dieu dans le Ctirist Jésn- Notre Seii/neur. '/ Houi., vi, 3-11.
* (;al.,ii, 20. I
• Jean, xv, 5 et 4.
LA RiniMPTION ET SES FRUITS DE GRÂCE 153
un travail qui csl de tous les jours; de plus, il reste soumis aux iniirmilés de la nature, aux limites et aux impuissances du monde de corruption d'où il a été engendré. En ces conditions, la vie divine du croyant reste contenue *et voilée, comme est cachée la vie du Christ lui-même, travaillant mystérieusement en ce monde à la réalisation de son royaume, sans rien manifester de la gloire et de l'éclat qui lui appartiennent: « Vous êtes morts et votre vie est cachée avec le (Ihrist en Dieu »; mais vienne le jour de la grande manifestation du Fils de riiomme, ce jourlà aussi, la vie de ses fidèles recevra tout son développement et tout son éclat; « mais quand le Christ, votre vie, sera manifesté, alors vous aussi serez manifestés en gloire'. »
Nous avons donc déjà la vie éternelle. Saint Luc et saint Jean nous enseignent, eux aussi, que le royaume de Dieu eal en nous dès ce monde 2, que l'acte de foi du croyant le fait passer immédiatement de la mort à la vie, par une ré'surrection spirituelle dont la résurrection corporelle, à la fin des temps, ne sera (jue la conséquence et la manifestation. « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et (|ui croit à celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais est passé de la mort à la vie-'. » Bien ([u'elle soit privée des glorieuses prérogatives qui feront notre bonheur dans l'autre monde, la vie chrétienne ici-bas n'en est donc pas moins la vie éternelle parce qu'elle en a déjà l'élément
» Col , III, 3.
" Lui, xvM, 20.
• Jean, v, 25.
i24 CRITIQUE ET CATIKnjOUE
cssenliol, la filiation divine, dont la gloire future n« sera que la révélation. « C'est avec anxiété que la création attend la révélation des fils de Dieu ^ »
166. Celte filiation divine n'est pas simplement la conscience des relations d'alTectueuse confiance qui peuvent exister entre la créature et le Créateur dont nous bénissons la Providence. Cette conscience n'était pas entièrement absente du monde païen, quoiqu'on puisse en citer bien peu de témoignages. La filiation chrétienne n'est pas non plus le sentiment de la prédilection spéciale, dont Dieu avait donné tant de témoignages à Israël et (|ue les Rabbis reconnaissaient en invoquant Dieu comme leur père, dés avant Notre- Seigneur '^. La filiation divine, que la Rédemption nous a méritée et que Jésus nous dit être le bien propre de tous les enfants de son royaume, est une réalité qui dépasse toute condition naturelle. C'est la vie de l'iiommc devenue semblable à celle de Dieu, sous l'action immédiate de l'unique et même Esprit qui est la vie de Dieu et la vie du Christ. « Tous ceux qui sont mis en activité par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu^. » L'Esprit de Dieu nous met en activité, non seulement en nous donnant la grâce sanctifiante et les vertus surnaturelles qui rendent notre nature et nos facultés habituellement capables d'opérations divinisées, mais en nous prodiguant les grâces actuelles, les illuminations et les impulsions qui nous excitent et nous aident à exercer
* Hom,, vin, 19.
' Cf. Isaïe. i.xiv, 8; Eccli., xviii, 1 et 4 ; li, 10 sq.; Sagesse, ii, 13 et 18.
• Horn., Mil, 14.
nos vertus surnaturelles et à imiter ainsi la perfection (le notre Père qui est aux cieux. a Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait'. »
Cette assimilation de notre vie à celle de Dieu met en notre intelligence et en notre cœur des ])en?ées et des sentiments de fils. « Vous n'avez pas reçu un esprit de servitude pour être encore dans la crainte, mais un esprit d'adoption par lequel nous crions Abba, Père. L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu-. » La vie reçue dans cette filiation n'est pas simplement divine en ce sens qu'elle est un don supérieur aux forces créées que nous connaissons; elle est une participation si intime à la vie de Dieu, que sa production, dépendante de la seule volonté de Dieu, ne s'appelle plus création, mais génération. L'expression, si fréquente en saint Jean •', ne lui est pas particulière; on la retrouve, ou d'autres équivalentes, dans l'épître de saint Jacques, i, 18, dans la P' de saint Pierre, i, 3 et 4 ; ii, 2; et saint Paul, sans employer le mot, nous en donne bien l'idée quand, dans la continuation des paroles citées plus haut, il nous allirme que la filiation dont il parle est si étroite qu'elle nous donne des droits sur les biens propres de Dieu, les mômes droits que ceux du Fils éternel : « Si nous sommes enfants, nous sommes donc iiéritiers, héritiers du Christ, si toutefois nous soulVrons avec lui, alin d'être glorifiés avec lui '. »
» Malth., V, 48.
' Hoiii., viu, 15 el 16.
• i:s;jn-ile, i. i:i ; m. 3-8; I" Ép., ii, 29; m, 9; iv, 7; v, 4.
• llui:.»., Mil, 17.
120 cnnujur rr catiioi.ioue
167. Le premier ilos biens réservés, auquel on ne peut prétendre avant d'élre (Mitré en parla<^e des privilèges du Fils, est celle inlinic connaissance du Père qui correspond à la connaissance que le Père a du Kils et qui, par consé(juenl, dépasse toute idée acquise au conlact des créatures. « Toutes choses m'ont été données par mon Père etpeisonne ne connaît bien, ÈTT-.Y'.vcÔGxet, le Fils, si ce n'est le Père, et personne non plus ne connaît bien le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler ^ » Cette connaissance est une des opérations caractéristiques de la vie éternelle, comme la filiation divine en est le constitutif. « La vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, seul vrai Dieu, et celui que lu as envoyé, J é su s-( Christ ^. »
Impossible à tout autre qu'à l'enfant de Dieu, cette connaissance privilégiée commence avec la foi, chez tous ceux que le Père a donnés au Fils et prédestinés à la vie éternelle -^ Mais la loi est la connaissance liliale à son état d'enfance. Adhésion confiante à la parole du Fils éternel, le seul qui ait vu Dieu avant l'Incarnation, elle nous raconte ce qu'est le Père '•, mais ne nous le révèle pas clairement et ne nous en montre les perfections que dans la mesure où celles-ci se réllètent dans la vie de son Fils incarné. « Phili[)pe, qui m'a vu, a vu le Père •"•. » Le surcroît de lumière, qui peut nous venir des inspirations prophétiques,
> .Matlh.. XI, 27.
• Jean, wii, 3.
' Jean, VI, 3j-48; vmi, 41; xi,2;j-30; xvii, G 12; Acl., vm, 48.
• J< -.in, I, IH.
• Jean, xiv, 9.
LA nr.DEMPlION ET Sr.« FRUITS DF cnÂCE 127
n'arrive pas à dissiper les ombres de celte connaissance siirnahirelle propre an premier âge de la vie éternelle, et ne nous donne pas le plein jour dont ces premières lueurs sont l'aube. Imparlaites sont nos connaissances de foi ou d'espril prciphriicpie ; mais, « lorsfpie sera venu le parfait, l'imparfait disparaîtra. Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; une fois devenu homme, j'ai laissé tomber ce qui élaitde l'enfaMt. Nous voyons mainlenant dans un miroir et en énigme, mais alors fare à face; je connais maintenant impaifailemenl, mais alors je connaîtrai parfaitement de la même façon <[ue je suis parfaitement connu. Maintenant la foi, IVspéiance et la rharilé, (;es ti'ois choses denn'uicnl, mais la plus grande est la charité ' ».
168. La vie l'ternelle, en son plein dév<doppement, nous donnera donc, au témoignage de saint Paul, une connaissance de Dieu <jui l'emportera sur la foi, comme la raison de l'homme fait, saisissant lui-même la vérité, l'emporte sur celle de l'enfant acceptant cette même v«''rit('' sur le témoignage d'autrui. sans toujours bien la compi'endre. La foi deviendra visiiju; nous aurons la claire intuition de ce qui est aujourd'hui l'objet de notre croyance, de Dieu lui-même et, dans cette intuiticju imnn''diate, nous le connaîtrons d'une connaissance comparable à celle qu'il a de nous. Oue dire de plus, puistpi'aucun mot humain ne peut exprimer le verbe inefl'able que les choses du ciel engendrent en l'es[)rit de ceux-là même qui n'y montent cpi'cMi'xIasc el pour uninslant-?l*aieille visionesl,à la
> I Cor., XIII, 10-12.
• Il C.r., \ii, 4.
CRITIQUE. — m. — .•>
128 CRITIOrE ET CATHOLIQUE
viTilé, inaccessible i"» loul homme vivant delà vie de ce monde *, mais elle est le privilège des enfants d'adoption, au jour où, arrivas au plein exercice de leurs droits de cohéritiers du Fils élernol, devenus les égaux des any;es du ciel -, ils voient, comme eux, la face du Père ^, jouissent de la béatitude promise aux cœurs purs et se font appeler de tous « fils de Dieu », nom que les « pacifiques ^ » méritent dès ce monde, mais qu'aujourd'hui Dieu seul connaît, puisque les anges eux-mêmes ne sauraient distinguer sûrement le bon grain de l'ivraie avant l'heure de la moisson "\
A ces témoignages de saint Paul et des évangiles synoptiques, vient s'ajouter celui de saint Jean, qui résume en quelques mots la doctrine que nous venons d'exposer : « Voyez quel amour le Père nous a témoigné pour que nous soyons de nom et de fait enfants de Dieu. Si le monde ne nous connaît pas, c'est qu'il ne Ta pas connu. Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n'a pas enrore été manifesté; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est. Quiconque a celte espérance en lui, se purifie comme lui-même est pur *^. »
169. Cette purifi<'ation progressive est l'œuvre delà, charité grandissante qui est la seconde opération ca-| racléristiquede notre vie «l'enfant de Dieu. Quiconcjuej
» Jean, i, 18; I" Kpilre, iv, 12.
' Luc, XX, 35.
• .Matth., wiii, 10.
• .M illh., V, H et 9.
• .MaUh., xiit. 24 :iO.
• 1" Éfiitre, m, 1-J.
LA ri:i)i:mpîion et ses Frans de grâce 129
est fll^ a ramour Hlial, comme il a la connaissance filiale. ^( Ouicunque aime Dieu est ne de Dieu el connaît Dieu. » Car « Dieu est charité ' » aussi bien que lumière. Mais un lils aimant trouve son agrément et son réconfort, l'aliment de son amour, dans une réalisalion continue de ce (ju'il pense élre la volonté de son père : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé el d'accomplir son œuvre ^ ».
La première œuvre, qui s'impose à notre amour de fils, est la défense et le développement de la vie que nous avons reçue du Père. Nous ne pouvons aimer le Père sans aimer son œuvre en nous, sans veiller continuellement à écarter de notre vie toute souillure, tout désordre, toute insubordination des instincts inférieurs, sans nous efforcer de nous rapprocher chaque jour de la beauté et de la perfection de notre Père céleste, sans « nous purifier comme lui-môme est pur ».
Ce n'est pas assez: Quiconque aime le Père ne peut pas ne pasaimerceuxquisontnésdelui,o»?yif5^?a*rfi7i^<7 eum quigenxiit, diligitet eiim (/uinatus est ex eo^. L'amour de nos frères nous est même plus facile que celui du Père, quand ces frères sont avec nous en relations sensibles, le Pèrereslantinvisible. « Si donc quelqu'un dit qu'il aime Dieu et qu'il hait son frère, c'est un menteur. Car comment celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, peut-il aimer Dieu (leur père commun) qu'il ne voit pas^? » La charité nous fait donc aimer tous les enfants de Dieu, à vrai dire tous les hommes,
* I Jean, iv, " et 8.
" Jpan, IV, 34.
• 1 Jean, v, 1.
« 1 Jean, iv, 20.
130 CI.IIIOLI. ET (,ATHOLigiE
pui^que tous, s'ils ne bonl |ta> ju'ludleniciil enfanls de Dion. m»iiI appelés à le devenir, le seront peut-être demain, «l «pie nous ne savons pas (pids sont ceux (jni s"obslinei(Mil à se soustraire à la vie (jucleur olTre le Père.
La eliarilé nous laiL encore porter avec patieiue toute contrariété, d'où qu'elle vienne ; parce que l'enfant de Dieu aime et adore dans tous les événements de ce nionde,dans les peines aussi bien que dans les joies (juil V rencontre, la volonté qui ordonne tout au bien de ses enfants. « Nous savons que tout sert an bien de ceux (|ui aiment Dieu '. » Cette persuasion ne nous permet pas de douter, quoi qu'il ariive, de l'amour de Notre l*ère qui est aux cieux et de Jésus, notre frère premier né ; elle nous met au cœur une confiance telle, (jue nous pouvons répéter, tant «pie nous n'avons pas renoncé de nous-mêmes à la vie divine, le déli de saint Paul : «« J'ai l'assurance que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations... ni aucune créature; ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu, manifesté en Jésus-Cbrist Noire-Seigneur -. »
Telle est la belle dilection dont la Sai^cisse, le Verbe Incarné, est la source ^, dont la Vieigc; Marie est, après son Fils, la j^iandc; dispensatrice, et (jui, plus encore que la foi, est en nous le commencement et la mesure de la vie éternelle. Dans la transformation que notre connaissance surnaturelle subira au jour où iiotis pa-scrons de l'enfance à la virililé, la foi sera remplacée par la vision béatitique, (jui a même objet,
» Itom.. Mil. 28.
« \\i>\\}., \iii,.'5S 39.
• Kccli., xxi\, 24.
LA RÉDEMPTION ET SES FRUITS DE GrAgE 131
mais qui est toul autre mode de connaissance. L'amour, au contraire, bien qu'inelïablement ép,anoui, restera cependant identique à lui-même; « la charité demeure «'ternellement '. » C'est pour cela ({u'elle est, au témoignage de saint Paul, ce qu'il y a de meilleur dans la vie divine que nous recevons du Christ Rédempteur.
170. Vie de rêve, nous dit-on, que la raison déclare impossible, comme tout surnaturel, et dont l'expérience ne nous dit absolument rien. Nous avons déjà répondu à la première objection en établissant que Tordre surnaturel n'était pas impossible'-. Reste la question du mystère pratique de la vie divine voilée en nous et dans l'histoire du monde par tant de faiblesses et môme d'iniquités. Nous avons été avertis de Tobscurilé voulue de ce mystère. Cette obscurité était nécessaire à l'épreuve et au mérite de notre foi.
Si la beauté de la vie de Jésus dans ses rachetés éclalait aux yeux de tous, si même le sentiment de cette vie atteignait, en chaque croyant, le degré d'une évidence habituelle, nous aurions dès ce monde la vision et l'amour indéfectibles du ciel, et notre vie d'ici-bas ne serait plus le temps de lutte où se discernent les cœurs vraiment abandonnés et coudants en la parole du Maître.
Le mystère du développement de la vie surnaturelle en nous et dans les autres se laisse cependant deviner, parfois même avec une assurance qui fait la joie foncière du chrétien et peut convertir l'in-
> 1 Ccir.. XIII, 8-1.1.
• (^f. H. ipoloijie des dof/i>ic6, 1" parlic, c. mi, n. 108, p. 233.
132 CRITKJUE ET CATHOLIQUE
croyant. Nous ne pouvons pui^, il est vrai, distinguer un acte surnaturel de foi et de charité, avec une certitude absolue, d'actes analogues de croyance et d'amour purement naturels. Mais quand nous comparons la certitude et la sécurité habituelle de notre foi aux hésitations et aux angoisses qui arrêtent et tourmentent si longtemps les incroyants sur le chemin de la conversion, il nous paraît bien que cette foi, si raisonnablement fondée qu'elle puisse être, dépend d'un principe de connaissance supérieur aux forces naturelles de notre raison. Il en est de l'espérance comme de la foi dont elle dépend très étroitement. Quant à la charité, l'humilité qu'elle nous met au cœur nous aide à reconnaître son caractère surnaturel en nous donnant conscience plus nette des instincts mauvais ([ue la grâce surnaturelle doit vaincre pour y faire germer et grandir, malgré notre égoïsme natif, un amour souverain de Dieu notre Père et un dévouement réel au service de nos frères. Non seulement nous pouvons avoir et nous avons parfois le sentiment de notre force divine, mais cette force produit des œuvres qui la manifestent aux incroyants eux-mêmes.
Que d'incroyants convertis par le spectacle des vertus héroïques qui leur dénonçaient l'action surnaturelle de la grâce de Jésus dans l'Ame du chrétien! Ce fut cl c'est encore un des grands moyens d'apostolat «lu catholicisme. Je sais bien qu'à côté des merveilles de sainteté qui convertissent, l'Église a ses scandales (jui sont occasion de doute ; mais au total, la sainteté, c'est-à-dire le rayonnement de la vie de Jésus dans ses rachetés, est assez manifeste pour qu'elle soit une des notes, un des signes distinctifs aux(piels on reconnaît bon Égli.sc.
Ayant déjà traité ce sujet clans notre premier volume \ nous n'y reviendrons pas, et nous dirons tout de suite comment, par les sacrements, la grâce de la rédemption se communique à tous les enfants de Dieu.
» Afologélique, <:. x\, L'Église et la sainteté.