L EUCHARISTIE
Matthieu XXVI, '2t;-20
ayant pris du pain, lavant béni, il le roi'npil et l'ayant donné à ses disciples il dit :
Afarc XIV, 22-2.".
nyant pris du pain, i ayant béni, il le rompit el le leur donna et «lit :
Luc XXII, 14
Paul T. Cor., XI, 2.3 27
i''" El ayant pris prit du p.. in 2i et,
du pain, ayant ayant ien<iu grâces,
rendu grAces, il le le' rompit et dit : rompit et le leur donna disant :
Ceci est mon corp*. Ceci est mo.i corps. Ceciest mon corps. Ceci est mon corps,
•5'' ,'celui pour celui pour vous, vous donné. Faites Faites ceci en inéceci en nit-moire moire de moi.
de moi.
27 Et ayant pris '■i^ Et ayant pris -" Et de même •-'.'• Et de m^me le calice et oyanl lo caliceet ayant pourlecaliceaprés pourlecaliceaprca rendu grâces, il rendu grâces', il souper disant : souper disant : leur donna disant : leur donna et ils Buvez-en tous. en burent tous et
il leur dit :
id Ceci est mon -'» Ceci e*t mon Ceci est le ca- Ceci, le calice, la sang de l'alliance, srinj? de l'alliance, lice, la nouvelle al- nouvelle alliance celui pour beau- celui répandu pour liance dans mon est dans mon saui^.
coup répandu en beaucoup
rémission des pé
chés.
sang, celui ré- Faites ceci chaque pandu pour vous." fois que vous boirez en mémoire de moi.
■-"•' Je vous le ilis, 2'' En vérité je (Voiries V. 10 à
je ne boirai i)iu3de vous le dis. je ne 1.^.)
ce fruit de la vif^ne boirai plusdu fruit
jusqu'au jour où de la vigne jus-
j'en boirai avec qu'au jour on j'en
vous du nouveau boirai du nouveau
dans le royaume dans le royaume
de mon Père. de Dieu.
•-6 ( Paroles de Paul). Car chaque fois que vous mangerez de ce pain et que voiis boirez le calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu à ce qu'il vionne.
'-rc'e.'l pourquoi quiconque aura maiig.i de ce pain et aura bu le calice du .Seigneur indignement, sera couj.able du corps fl du sang du .Seigneur.
Nous avons Iradiiil mol à mol loloxlo ^vcc rrilirjiie ufin (le faciliter ail lecleiir la rompuraison des «Jilîé-
renls récits el rinlelligcnce des conclusions que nous allons en tirer ^
Les trois évangélisles, Matthieu, 29, Marc, 25, el Luc, 15-18, sont d'accord pour affirmer que Noire- Seigneur a joint ù Tinstilution de l'eucharistie Tannonce de sa niorl et de son avènement glorieux, et les paroles de saint Paul, 25, sont l'écho du môme souvenir. Mais saint Luc se distingue desdeux autres synopticjuesen ce qu'il met cette annonce avant le récit de la cène proprement eucharistique et la rattache à la bénédiction d'une coupe qui, ainsi présentée, paraît distincte de la coupe du sang. Y a-t-il eu plusieurs coupes? Est-ce dans saint Luc ou dans les autres évangélistes que le récit intervertit l'ordre des faits? Nous ne saurions discuter ces questions d'exégèse auxquelles il est difficile de donner une solution certaine. Notons seulement que les divergences des évangélistes indiquent une diversité de sources d'information dont l'accord i^arantit plus sûrement l'affirmation commune de la substance des paroles et des faits.
On peut préférer l'ordre de saint Luc, mais il n'y a
* L'édition proltstaiite de Nestlé est, pour ces textes, d'accord avec l'édition catholique des Pères Lazaristes, avec cette seule dilTérence que Ifdition des Pères Lazaristes ajoute réjiithète, nouveau au mot teslament, dans saint Marc et saint Matthieu. Cette épilhète, qui se trouve dans la Vul^ate, el dans beaucoup d'autres versions, dans le codex A et la plupart des minuscules, ne se lit pas dans le grand manuscrit grec du Vatican. D'ailleurs, comme le note le P. I^agrangr ' Il catKjUe selon saint Marc, p. 355), le mot n'est pas très important. < Si le sung de Jésus est le iaug «le lalliance, il va de soi qu'il s'agit d'une alliance nouvelle, ou plutôt de la véritable alliance, dont la première u'ctait que la (ij/ure- »
L'EUCHAniSTlE 183
aucune difficulté Ihéologique à accepter comme historique celui de saint Mallhieu et de saint Marc.Notre- Seigneur peut trr.s bien avoir dit après la communior qu'il ne boirait plus du fruit de la vigne en ce monde, bans qu'on soit autorisé à en conclure, en contradiction avec les versets précédents, que son sang n'était pas dans le calice consacré. Non,seulement le Christ a pu appeler fruit de la vigne le contenu du calice, comme nous })arlons nous-mêmes de vin consacré, à raison des apparences du vin qui demeurent après la consécration et qui sont bien du fruit de la vigne, mais il est bien possible que le Sauveur, dans la comparaison de son dernier repas avec le festin symbolique du ciel, ait parlé de la boisson commune de ce repas plutôt que du breuvageeucharistique. Des divers sens jiossiblcs du verset où il est question du fruit de la vigne, nous choisissons celui qui est le plus d'accord aver les versets précédents.
192. Cetle manière d'inlerprélation n'a rien d'anlihistorique, elle estplus conforme aux lois delà critique que le procédé de M. Loisy, qui part de la simple mention du festin messianique pour traiter d'inter- })olation tout le récit de la Cène eucharistiiiue dans l<\s trois synoj>ti(iues. « L'espèce d'isolement où se trouvent les paroles, ceci e.stmon corps, dans Luc, et ceci est mon sang, dans Marc et dans Matthieu, lini possibilité de les expliquer parle contexte, tandis qu'elles sont si faciles à entendre dans Paul, tiennent à ce que la mention du corps et du sang a été introduite après coup dans un récit où il n'était (pieslion que de pain et de vin relativement au festin messianique'. »
» Op. cit., p. 539.
18 i CRiTivVr i:: c:.\T::r>LiyLE
Les paroles sacrées ne sont pas plus isolées, el pas plus im[)ossibles à entendre dans les évangélisles que dans saint Paul ; dans les quatre récils elles sont accompli gnées de la mcnlion de la mort de Jésus et de son triomphe final. Pour dire avec M. Loisy : « 11 paraît impossible de les concevoir comme une consolation adressée aux apôtres, et ce n'est pas ainsi d'ailleurs qu'elles sont proposées... la perspective du festin messianique exclut le mémorial de la mort ^ », il faut tenir pour indiscutable la fausse supposition que Jésus croit à Timminence de la fin du monde actuel et être absolument décidé à rejeter tous les témoignages qui contrarient cette théorie ; ce n'est plus faire de l'histoire. Aussi la négation radicale de M. Loisy est -elle très isolée parmi les commentaires rationalistes du récit delà Cène.
193. Plus commune, ({uoique aussi fausse, est l'opinion (pii, tout en acceptant comme authentique le récit de saint Marc et de .saint Luc, traite de pure invention la formule préceptivc ra|)portée par saint Paul et saint Luc : « Faites ceci en mémoire de moi », el nie que le Christ ait demandé la répétition de ce (juil venait de faire. C'est d'une vision, d'une suggestion mentale et non point de la tradition, que Paul aurait, comme il le dit,re(;u son récit delà Cène avec les paroles précitées; et la présence de ces paroles, dans saint Luc, serait due à une interpolation qui aurait introduit dans le texte primitif les versets 19 et 20^emprunlés à l'épitreaux Corinthiens. Ces versets man(iucnt dans (piehpies manuscrils de la version
» (}f). cit., p. fi 40.
■ iNuus uvon.s ini> entre crochets le passage contcslé (p. 181).
L'EUCHAniSTIF I8j
latine |»i'élii<''ronymienne et dansdilTérents manuscrits anciens de la version syriaque.
Cette prétendue interpolation est fort peu probable; les critiques rationalistes allemands reconnaissent généralement l'authenticité inLéi,n*ale du texte de Luc '. Cet évanj^éliste n'a point pris son récit à l'épître aux Corinthiens qu'il ne connaissait pas-; mais il est bien possible qu'il l'ait tenu de l'enseignement oral de saint Paul. Celui-ci avait-il reçu cet enseignement du
* Les raisons données par ceux qui disent le texte interpolé sont : 1* la ressemblance de ce texte avec le passage parallèle de réi)itre aux Cor. ; 2' labsence de ce texte dans trois manuscrits de la vieille version latine et dans le codex Bezx, 3' le remaniement du môme texte dans les versions syriaques et Lewis. A ces ar^'uments on répond : 1* Si la ressemblance est concluante pour 19-20, il faudrait dire, pour la même raison, (juc !!)• aussi a été interpolé, ce que personnen'adraet; d'ailleurs, si c'était un copiste qui eut pris 19'-20 à saint Paul, pourquoi n'aurait-il pas pris le précepte qui suit la consécration du calice : * Faites ceci en mémoire de moi » et pourquoi l'aurait-il remplacé par une parole semblable à celle rapportée par saint Marc : « Lp calice répandu pour vous » ? 2" Le texte précité n'était pas absent de toutes les éditions de la version latine préhiéronymienne, il était dans celle de ïertullien; s'il manciue dans le codex Bezœ, c'est qu'il n'était pas dans le texte latin dont le grec de ce codex dépend ; 3* I/élat actuel du texte, en cet endroit, dans les vieilles versions syriaques, indique un remaniement intentionnel et donne la raison probable de sa suppression; on a voulu simplifier le récit de Luc en faisant disparaître une des deux mentions de la coupe bénie. On ne doit pas oublier que la vieille version latine, le codex liezie, et les versions syriaques dépendent d'une source commune qu'on appelle « texte occidental > et dont les incorrections auraient leur origine, d'après M. von Soden, dans le Diatessaron de Tatien.
* Il est générabnnent ailmis que saint Luc aurait autrement disposé ses récils des .\ctes, s'il avait eu enlre les mains les é pitres de saint Paul.
18G CRITIQUE ET CATIIOIIOUE
Seigneur par rinlcrmédiairc de la tradition ou sans intermédiaire, dans une vision? Peu importe. Supposons qu'il Tailreçu dans une vision; il ne s'ensuit pas que son idée d'une réitération de la Cène demandée par Jésus était étrangère à Tespiùt des premiers disciples. Si les incroyants étaient fidèles }\ leur système, il devraient au contraire reconnaître que la suggestion mentale qui aurait donné à Paul les paroles : « Faites ceci en mémoire de moi », n'était que la dramatisation inconsciente d'une idée prise au milieu ambiant. Et, en ellet, dès les premiers jours du christianisme, la fraction du pain * est considérée comme une institution; c'est la cène du Seigneur. Elle est, avec le baptême, un rite permanent et caractéristique des communautés chrétiennes. Tel est le sentiment commun des fidèles au moment où saint Matthieu et saint Marc écrivent leurs évangiles, une dizaine d'années après Tépître aux Corinthiens. Il faut oublier ce fait capital pour interpréter dans le sens d'une négation et opposer à l'affirmation de saint Paul et de saint Luc le silence des deux premiers synoptiques. Si, n'ayant pas le souci de tout dire, ils ont négligé la mention explicite du précepte du Maître, ils ne l'ont pas nié, alors que tous y croyaient à celte époque; bien plus, la solennité et le réalisme de leurs expressions laissent assez entendre qu'il s'agit ici non point d'un geste transitoire, mais d un don permanent, d'un rite introducteur de la fraction du pain, qui permettra aux fidèles de rester en communion avec le Maître invisible. Le silence de saint Jean, qui écrivait ù la fin du premier siècle, est encore bien moins suscep-