‹ Critique et catholique (volume 2)Chapitre 58 sur 66 · VI. - La résurrection · texte numérisé non relu

VI. - La résurrection

276. La résurrection des corps, (|iii doit suivre iramédiatemenl la fin du monde, prête à plus d'objections. Voici la plus spécieuse. Si la résurrection a pour but d'a<>ocier à la récompense et à la punition de rame le corps qui a été riiislruuKMitde nos bonnes ou mauvaises actions, nous devons ressusciter avec le même corps que nous avions sur terre. Mais où le retrouver ! Où retrouver les molécules qui constituaient notre corps à l'instant de notre mort ? Rentiées alors dans le tlux incessant du tourbillon de la matière, elles s'en sont allées reconstituer d'autres corps humains, non seulement dans le cas d'hommes mangés par leurs semblables, mais souvent aussi dans le cas de dissolution cadavéricjuc ordinaire. Faut-il croire à une ProvideiK c qui suit toutes les molécules ef les empiche d'entrer dans un corps nouveau? car s'il arrive que les mêmes molécules appartiennent successivement à deux morts, à qui les rendra-t-on à la résurrection? Bien plus, au cours de notre vie, l'élément matériel de notre corps se renouvelle j)lusieurs fois totalement. Est-ce notre corps de vieillard qui ressuscitera pour recevoir la rétribution des bonnes ou mauvaises actions de notre corps d'enfant ?

277. C'est précisément cette dernière objection rpji va nous aider à trouver la solution des précédentes. Oui, au <:ours «Je; notre vie. notre corps se renouvelle plusieurs fois et cependant notre 77101^ dans sa vie corporelle aussi bien que dans sa vie s])irituelle, reste sufiisamment identique à lui-même pour qu'en toute

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justice riiommo d'âge mùr el le vieillard bénéficient ou soufTrenl physiquement des bonnes ou mauvaises dispositions données à leur corps par les vertus ou les vices de leur adolescence. Ce fait peut rester mystérieux, il n'est pas niable. Mais si déjà pendant notre vie l'identilé de notre composé humain n'implique pas l'identité de tous ses éléments, si elle est conciliable avec la perte ou le renouveau de quelques-uns, pourquoi n'en dirait-on pas autant de l'identité requise pour la résurrection ? Klle n'exigera nullement la reprise intégrale de tout ce qui a pu nous appartenir et même appartenir à plusieurs au cours des années de notre vie de la t<'irc. Cette réponse, suffisante pour tous, va se préciser et s'éclairer pour ceux qui pourront suivre le résumé (jue nous allons donner de la doctrine de saint Thomas sur l'information du corps par l'Ame et la conslitiition de notre individualité.

278. Voici comment, d'après le saint docteur, 1 individu humain se constitue, se développe et refait, à la résurrecîtion, son intégrité brisée par la mort.

L'âme est créée dans les cellules embryonnaires du f(elus humain, c'est-à-dire qu'au moment où la matière de la gén<'*ration est suflisamment préparée pour servir d'instrument et de cuips à une i\nje humaine, celle-ci s'éveille sous le concours tjue l)ieu prêle à tout phénomène physiologique et qui est ici concours créateur, parce qu'il produit un principe d'activité capable de penser et par conséquent supérieur à la matière et immortel. Cette ûme raisonnable devient la forme subslanticUc du fœtus humain, c'està-dire le principe de son être, de son unité et de toutes les activités de ses molécules, lesquelles molécules, quelle que soit la diversité de leurs propriétés or-

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ganiques, sont constituées par lunion de l'âme et de la matière première. Celte ^natière première n'est aucune des matières tangibles qui peuvent tomber sous !a perception de nos sens ou de notre imagination, *lle est l'élément commun de tous les corps, la simple puissance d'tHre qui se retrouve, principe de passivité et d'étendue, dans toutes les réalités corporelles que nous voyons soumises, grâce à elle, aux nuclualions incessantes du devenir mondial ^

Est-ce de cette matière première que l'âme nouvellement créée va recevoir les caractéristiques de son individualité ? Oui et non. Non, si on considère cette matière première en tant que pure matière première. Elle est par elle-même simple puissance d'être, incapable d'exister seule et de donner n'importe quelle caractéristique. Mais ce n'est pas dans une raatière première isolée de toute forme que l'âme est créée et reçue, c'est dans une matière première Q\\?,\.dinle sous la l'orme substantielle des cellules embryonnaires cjui doiveiit devenir le corps de l'enfant. L'influx- de l'âme nouvellement créée se substitue à celui de la forme précédente, mais cette substitution ne se fait pas sans que les propriétés actives données au composé matériel parla forme (|ue l'âme remplace aient leur retentissement sur le nouveau composé humain. Toute forme s'adapte ù la matière dans laquelle elle est reçue; c'est de l'expérience que les scolastiques ont tiré cet adage. 11 rend compte des phénomènes d'hérédité physiologique coiistiités dans lu génération de l'homme et des

> Consulter 1 urticle quo nou*^ <xVons (Ji)nné sur Le vivant. I. Le composé hutr.ain, dans Itt litvue de la Jeunesse, 1909 1910,

1" fûi., p 'iii 4c:.

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animaux. L'iiidividualilé de rcnfanl, de son corps cl de sonàmc dépendra donc loul d'abord de Icnsemble des influences et des forces qui concourent à sa génclation. La matière première, sujet cl condilion de la rencontre de ces forces avec l'Auie, concourt de ce chef à la fornintion de l'individu, mais n'en est pas le principe a«lif. (îràcc à la r«''alitc quantitative et à la liirure exlérieuic (piellc recevra désormais de l'Ame, elle sera, à n'importe quel instant de la vie, la source de ce «ju'il y a de sensible pour l'oeil dans l'individuation extérieure du corps vivant, dans sa distinction de tous les corps voisins ', mais elle ne sera jamais le principe de la permanence de noire identité personnelle sous celle succession d'états divers qui constitue le cours dcnotre vie. Le principe de celle permanence est loul entier dans l'àme aussi bien que les principes actifs de la conscience et de la mémoire intellectuelle et sensible qui sont les manifestations de cette permanence et de notre uniié foncière.

279. Individué et caractérisé loul d'abord par 1 étal des cellules embryunnaires au moment où l'àme y est créée, le composé humain, tout en gardant son idenlité foncière, reste susceptible de déterminations ultérieures qui viennent orienter et préciser ses capacités natives. Jusipi'à l'éveil de la raison, ces déterminalions ne peuvent être que la résultante des influences extérieures du climat, de la nourriture, de l'éducation qui dessinent notre tempérament physiologique sans sortir cependant des limites de variation posées par notre individualité première. Notre volonté libre, non

» Cc?l le sens de la proposilion scolastiquc bien connue : .Vattria si'jnala qunntilalc est individuationiê principium.

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encore agissante, n'e>l pour rien dans cette première formation qui a déjà cependant une grande influence .•-ur notre vie par les images et les inclinations qu'elle met dans notre sensibilité. Mais le jour où, avec réveil du sens moral, notre libre arbitre prend la dirorlion de notre vie, il reroit la missionet le pouvoirde poursuivre et d'achever la constitution de notre individualité. Ou bien il se sert de sa maîtrise pour modérer, harmoniser nos inclinations intérieures et les soumettre si bien à la divine action de l'Ksprit-Saint (|u'elles devienneni capal>les d'utiliser toutes les influences du dehors et tous les phénomènes où les engage la vie, au profit du caractère surnaturel et divin f|ui sera la mesure de notre vie de gloire. Ou bien il subil, sans les gouverner, les attraits cju'éveillc automatiquement en nous ra])pel du monde extérieur, et c'est, à chaque fois, une diminution de notre vie supérieure, une régression vers la vie égoïste et animale qui nous mérite l'enfer et nous y conduit. Pendant que se poursuit cette lutte entre les influences d'en haut et celles d'en bas, pendant qu'au milieu de multiples alternatives de succès et de défaites notre; individualité achève peu à peu de se constitue!', la matitre première «ouït incessamment fluente sous renq)rise de l'àine, sans cesse apportée et enq)ortée par le m<MivemfMit de notre vie physiologique. Ce flux continuel fait bien cjue d'instant en instant nous soyons autres, mais non pas que nous soyons un autre, parce que cette matière première assimilée par la nutrition, reçoit de notre àme, pendant .son passage en nous, les caractéristicpies i/u/ividuelles de l'être foncier aurjucl elle participe.

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