V. — La fin nu mondk
274. Le dogme de la iln du monde, du moins quant à la réalité de cette fin, ne suscite guère plus d'objections que celui du purgatoire, de la part de la raison. Les savants sont généralement d'accord pour prévoir que la conlimiation de l'évolution mondiale qui a amené la vie sur la terre, telle que nous la constatons acliudlemcnt, y supprimera cette même vie, en modiliaiit l'étal planétaire qui la conditionne. Mais corn-
LES FINS DERNIKRES 3?>;J
ment notre monde finira-l-il? Sur ce point la science ne nous donne p^< et ne peut pas nou^ donner de conclusion certaine. Mlle ne sait pas si noire monde mourra de vieillesse, par suite du lent el continu refroidissement du système solaire, ou s'il mourra de mort violente, par le feu, à la suite de quoique troidjle dans les lôvolutions sidt'M'ales. Le t(^moignage de la révélation, plus précis el plus srtr que celui de la science en ces malières, semble bien nous dire que le monde Unira par le feu.
La deuxième épître de saint Pierre (c. m, 10) est, sur ce point, très explicite. «< Le jour du Seigneur viendra comme un voleui-. Ln ce jour, les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se désagrégeront, la terre et les œuvres qui sont en elle seront brûlées. » Nous n'entendons pas donner ù chacun des termes de ces propositions une signification scientifique précise (piils ne comportent pas; mais, à moins de les vider de toute signilicaliun, ou doit reconnaitre qu'ils annoncent la (in du monde comme une catastrophe soudaine où le feu jouera le rôle principal d'agent de destruction et de puiification.
C'est tout ce «pie nous savons sur la manier*' ilonl noire monde linira pour faire place à la teire et aux cieux nouveaux du monde de la résurrection.
275. Nous ne savons rien non plus de la «laie Je la fin du monde. Nous sommes même avertis par Noire- Seigneur el par ses apAtres que le mystère de cette date est impénétrable et (pie la fin du monde surprendra l'humanité comme la mort surpiend les individus. « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur. » iJes deux catastrophes dont parle Notre-Seigneur dans le discours rapporté au cliafiitre x\iv de
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saint Malllueu', lune a Ji's sii^iios (iiii l'annonconl, comme les jeunes pousses du liguier annoncenl réléel qui, une fois observés el reconnus, permellronl aux fidèles de s'enfuir au plus vite s'ils ne veulent pas être englobas dans le malheur des incroyants^, c'est la ruine de Jérusalem; l'autre, la fin du monde, sera une catastrophe subite dont personne ne sait le jour et l'heure si ce n'est le Père^, qui surprendra l'humanité comme l'a surprise le déluge"' et qui s'abattra comme un coup de filet sur tous les habilanls de la terre '''. Les mêmes recommandations de vigilance nous mettent en garde à la fois contre les surprises de la mort el conire celles de la fin du monde'.
Saint Jean, dans l'Apocalypse, a bien esquissé en tableaux symboliques et prophétiques les grands traits de Ihistoire de l'œuvre du Christ, des luttes et des triomphes de l'Église, mais il n'a nullement l'intention de nous donner une chronologie de l'avenir et de nous dire ce que Jésus n'a pas voulu que nous sachions. Les calculs, qui prétendent se servir do ce livre pour aboutir à nous fixer d'avance la date myslé-
* Nous avons donné le commentaire de ce discours dans un article de la lievue du deifjé français, 15 janvier 1907 : Le grand discours eschatologique des Évangiles synoptiques.
' Luc, XXI, 35.
' Matth., xxiv, 43 sq.; Luc, \xi, 3isq. — N'ous avons K-pondn, dans notre premier volume (ch. iv, n. 46 et 47), à l'objeclion de ceux qui prétendent qii** Jésus n'a pns voulu ni annoncé la fondation de l'K^lise parce qui! croyil cl disait la fin du monde irnniineate.
rieuse de la catastrophe finale, sont pur enfantillige ; nous oserions même dire sacrilèg^e enfantillage puisqu'ils tentent de découvrir un secret (jue le Christ nous dit tout à fait réserv»* *.
' Voici ce qu'écrit saiût Thomas au sujet des prévisions de la fin du monde qu'on croit pouvoir tirer des évangiles. « Ainsi que le dit saint Augustin dans sa lettre à Esychius sur le jour du jugement— les signes indiqués dans lesévangiles n'appartiennent pas tous au second avènement du Christ, celui de la fin du monde: certains d'entre eux visent le temps de la ruine de Jérusalem; d'autre^, et c'est le plus grand nombre, sont signes de la venue par laquelle Jésus vient chaque jour dans l'Église, la visitant spirituellement, en tant qu'il habite en nous par la foi et lamour. — Les évangiles et les épitres regardant vraiment le dernier avènement du Christ ne peuvent pas non plus servir à déterminer le temps du jugement. Ces grands périls, qu'on nous annonce comme signes avant-coureurs de la venue du Christ, ont existe dès le temps de la primitive Église, tanl6t plus pressants, tantôt moins. C est pourquoi les jours mêmes des apôtres sont appelés les derniers jours, comme on peut le lire au chapitre ii des Actes où Pierre applique à ce temps la parole de Joël, ii: Erit in novissimis diebus ; et cependant depuis cette époque un long temps déjà s'est écoulé, et avec des tritjulations plus ou moins grandes dans l'Kglise. On ne peut donc pas déterminer combien de temps nous sépare de In fin. ni à un mois, ni à tm an, ni à cent ans, ni à mille ans près, comme le dit encore .Vugnslin dans la lettre précitée. Et quand nous croirions encore qu'à la fin du monilc les périls seront plus grnnds. nous ne pouvons pas déterminer quelle est la quaniité de mau.x qui doit pré<cder immédiatement le jour du jugement ou l'arrivée de l'Antéchrist, puisque, dès le temps de la primitive Kiilise, il y eut des persécutions si graves, et une telle abondance d'hérésies corruptivcs que quelques-uns crurent à l'avènement prochain et iniminent de l'Antéchrist comme on le ra<onte dans l'histoire ecclésiastique » Sum. f/trol., Suppl., f{. Lwxvni, a. 3, ad 2'".
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