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AU PÈRE JANVIER

CONFERENCIER DE NOTFE-DAM]

Parie, en la fête de sainte Marthe, 1909

Mon Révérend et cher Père,

J'ai lu, conformément à votre désir, les bonnes feuilles du livre que vous avez intitulé : Critique et catholique. Je suis heureux de rendre au caractère sérieux de votre œuvre un hommage qui me sera plus doux qu'il ne vous sera utile.

Il est difficile aujourd'hui de s'affranchir des partis intellectuels qui se disputent avec tant d'âpreté l'empire des esprits. Il faut beaucoup d'impartialité pour accorder une égale et parfaite justice au présent et au passé sans être dupe ni de l'un, ni de l'autre, beaucoup de désintéressement pour préférer le vrai à la vogue, beaucoup de sens pour discerner quelques épis précieux dans des champs pleins d'ivraie, et dans des champs pleins de blé quelques brins d'ivraie, beaucoup d'énergie pour échapper à la fois au scepticisme qui détruit tout et à la crédulité qui acquiesce à tout.

Vous vous êtes efforcé, me semble-t-il, dans votre travail, de faire abstraction du temps, de rompre

vin

avec la routine et de fuir la témérité, d'accueillir toute lumière quelle qu'en fût l'origine et de l'employer au profit de Dieu et de la Religion. Convaincu que les Pères des premiers siècles et les grands maîtres du Moyen-âge nous ont, dans l'ordre de la philosophie et de la théologie, transmis des trésors que les vers du modernisme ne rongeront pas, vous leur avez demandé le cadre de votre exposition et la substance de votre enseignement. Réunis par vous en faisceau, leurs arguments prouvent avec force la transcendance du Christ, de l'Église et parlent avec éloquence aux consciences droites. Mais rien n'a été négligé de ce qui pouvait augmenter la puissance de votre affirmation. Si les principes ont expliqué les faits, les faits à leur tour ont animé les principes. Loin de se heurter avec violence, la critique et l'apologétique ont contracté sous votre plume une alliance féconde. Les textes ont été fouillés, l'histoire telle qu'elle se fait aujourd'hui a été invoquée, nos adversaires mêmes vous ont fourni des armes, et, plus d'une fois, leurs aveux, leurs contradictions ont servi votre cause. Ainsi, ce qu'il y a de pur dans la science des modernes a prêté son concours à ce qu'il y a d'inébranlable dans la science des anciens, et les vérités se sont fraternellement embrassées.

Votre intention, je le sais, est de perfectionner encore votre ouvrage, d'approfondir ses conclusions et de les mettre en un plus apparent relief : cependant, il me paraît déjà de nature à exercer une très bienfaisante influence.

Le nombre des questions traitées, la multitude des idées et des documents utilisés laissent à votre langage toute sa clarté, à la marche de votre démonstration toute sa logique. Grâce à la simplicité de votre style et à l'art de votre méthode, on suit facilement le développement progressif de votre pensée; c'est une qualité de plus.

Je fais des vœux pour que votre étude soit goûtée du public comme elle le mérite et produise dans les âmes les fruits de préservation, de réconfort intellectuel que vous avez le droit d'en attendre.

Veuillez agréer, Mon Révérend et cher Père, l'expression de mes affectueux sentiments en Notre-Seigneur.

Fr. M. A. Janvier

Catholique ou critique, alternative angoissante pour les « laïques qui savent et les clercs qui pensent.» C'est par pitié pour cette angoisse, et dans le but de hâter le terme de douloureuses hésitations, que M. Guignebert (1) et bien d'autres avec lui viennent nous dire en des publications qui vont se multipliant : Soyez donc critiques, et si vous voulez garder encore une pensée religieuse vivante, secouez du moins le joug du dogmatisme romain. C'est une utopie de vouloir à la fois « croire, savoir et penser ;

1 Modernisme et tradition catholique, p. 8, Paris, Collection de la Grande Revue, 1908. Nous n'avons nullement l'intention d'écrire une réfutation de l'œuvre de M. Guignebert, ce travail ayant été fait dans la Revue pratique d'apologétique. (15 février, 15 mars, 1" et 15 avril, 1« et 15 mai 1908); mais, ayant son texte sous la main, nous citerons volontiers, dans la forme sous laquelle il les a présentées, les objections courantes auxquelles oous voulons répondre.

ce sont là « désirs mal faits pour s'entendre.» Pour croire, il faut ignorer, ignorer du moins l'exégèse, dont les conclusions sont impitoyablement ruineuses d'une foi qui prétend nous faire accepter sans raison un dogme contre raison.

Eh bien ! soyons critiques. A ce titre, nous pourrions déjà nous demander ce que valent ces formules émues de compassion, et pourquoi les incrédules de France, si sûrs du pouvoir dissolvant de leurs conclusions scientifiques, ne laissent point la science ruiner pacifiquement la foi et se croient obligés de réclamer, contre l'Église, toutes les formes de persécution conciliables avec les apparences d'un régime de liberté, qu'on n'ose pas encore trop ouvertement renier. Mais il est mieux d'aller immédiatement à la question de fond. Nous avons hâte de rassurer les fraternelles inquiétudes de M. Guignebert et de ses amis et de leur donner l'agrément d'apprendre, que, s'ils ont rencontré dans leur entourage quelques laïques ou quelques prêtres torturés par l'angoisse d'accorder les exigences de la critique et de la foi, il reste cependant toujours loisible au penseur catholique, de chercher et de trouver dans une étude sérieuse de l'exégèse, de l'histoire, des sciences, de la philosophie et de la théologie, la double joie d'être en même

temps homme de raison et de foi, critique et catholique.

Bien loin que nous croyions sans raison, nos raisons de croire sont telles, qu'il paraît difficile qu'on puisse rester critique et n'être point touché des caractères de message divin qui font l'autorité de l'enseignement catholique; voilà ce que nous voudrions établir dans une première étude que nous intitulons Apologétique, parce qu'elle sera le bref exposé des motifs de crédibilité de notre foi.

Nous espérons compléter cette première étude par une seconde où nous ferons Y Apologie des dogmes catholiques, en montrant comment les plus mystérieux et les plus contestés de ces dogmes ne sont point en contradiction avec les données rationnelles de la métaphysique, de l'exégèse, de l'histoire et des sciences.

Ayant ainsi prouvé que nous avons toutes raisons de donner notre assentiment et que nous ne saurions invoquer aucun motif péremptoire de le refuser, nous serons en droit d'affirmer, que non seulement le critique peut être catholique, mais que le penseur, pleinement instruit des garanties du dogme catholique et de son contenu, ne peut lui dénier sa foi, sans se soustraire aux exigences de la critique. On n'a pas à choisir entre la critique et le catholicisme; on n'est par-

fait critique, dans l'orientation de sa vie, qu'en étant catholique. De là, le titre et la conclusion de notre ouvrage : Critique et Catholique.

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