OBJET, MÉTHODE ET DIVISION
4, « Mon Dieu, je crois tout ce que croit et enseigne la sainte Eglise catholique, parce que c'est vous qui l'avez dit et que vous êtes la vérité même. »
Telle est la simple formule de foi, que l'Église met sur les lèvres de tous ses fidèles. Cette formule est-elle critiquement justifiable? Est-il vrai que renseignement de l'Église soit enseignement divin, c'est-à-dire qu'il nous vienne de Dieu sous l'infaillible garantie de sa véracité, par une action surnaturelle distincte du concoure divin impliqué dans l'évolution naturelle de l'humanité ? Nous l'affirmons en toute assurance. Cette affirmation est la condition de notre acte de foi. L'objet exclusif x de l'apologétique est d'en établir le bien-fondé, en démontrant, non pas qu'il est absolument évident, mais qu'il est moralement certain
*Le R. P. Gardeil, O. P., a rendu grand service à l'apologétique en distinguant nettement son objet propre, de toutes les matières plus ou moins étrangères dont nombre de manuels d'apologétique se sont embarassés. Cf. La crédibilité et Vapologé' tique, liv. III, c. i, Paris, 1908.
Apol. — 1
l'affirmative. Mais de grands théologiens aussi, comme Bannez \ soutiennent que l'évidence absolue du caractère surnaturel d'une révélation exige la vision béatifique et est incompatible avec la foi. Quoi qu'il en soit de cette discussion, tous les théologiens de valeur 2 sont
in se evidens non esset, unie per hoc ratio fidei non tolleretur. Mais la connaissance manifeste dont parle saint Thomas à cet endroit estelle vraiment une évidence? C'est douteux, étant donné l'exemple cité. Il faudrait dire alors que saint Thomas considérait les Juifs, témoins de la résurrection de Lazare, comme ayant l'évidence du caractère divin de l'enseignement de Jésus. Cajetan lui-même n'en jugeait pas ainsi. Qu'on lise attentivement le n. 3 de son Commentaire de l'art. 4, q. i, de la II» II*, et on verra que Cajetan distingue l'évidence de crédibilité qu'avaient les témoins de la résurrection de Lazare, l'évidence de crédibilité humano more, de la certitude supérieure que donne la véracité prouvée d'un témoin manifestement véridique : Respondetur secundo, extendendo credibilitatem etiam ad certitudinem ex veritate constante testis veri clare. Pour ce second cas, il n'en appelle pas à l'exemple des Juifs, mais au cas dts anges. Aussi ne renvoie-t-il pas, pour appuyer sa thèse, au texte de saint Thomas que nous avons cité, mais à ceux où saint Thomas demande, pour les prophètes et les apôtres, une certitude supérieure à la nôtre. Cette certitude pouvant être supérieure, tciten étant de même ordre, nous ne voyons pas qu'on puisse de ce chef condamner l'interprétation de Bannez.
1 Bannez, Comment. Summse, I», q. xxxrr, art. 1, dub. 2um, et IIa II*, q. v, art. 1, Secunda conciusio : ilvidentia articulorum fidei in testificante non potest esse simul cum fide. Jean de Saint-Thomas (De fide, disp. II, art. 2) expose longuement cette controverse sans se prononcer. L'incompossibilité de la foi avec l'évidence du témoignage est encore soutenue par Suarez, disp. III, sect. vm, punct. 3 ; Lugo, disp. II, sect. i ; Franzelin, De traditione et scriptura.De habitudine rationis humanœ ad divinam fidem,c. IV. ^rop. 3.
* Aux théologiens qui nient la compossibilité de la foi avec l'évidence ou la démonstration absolue du fait de la révélation, il faut joindre ceux-là mêmes qui admettent la possibilité de cette évidence chez les apôtres et les prophètes. Voici ce qu'écrit Cajetan, à piopos de l'objet fûrme]de ]'acte de foi, dans son Commentai-