RAPPORTS DES POUVOIRS POLITIQUES
Le délibératif , l'exécutif et le judiciaire, qui représentent les fonctionscapitales de la vie de relation dans la société, se résument dans le gouvernement politique. Mais un pouvoir étant une portion de la souveraineté et lasouveraineté étant la représentation morale de la personne raisonnable et libre, il en résulte que le gouvernement comprend l'ensemble des personnes.
Mais il est impossible que tous les membres valides d'une population soient occupés à gouverner, sans qu'il y ait interruption des travaux qu'exigent la science, la culture et l'industrie ; sans qu'il y ait
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ignorance, famine et misère; ajoutons que tous les hommes ne possèdent pas -l'intelligence et le caractère que demande l'exercice du pouvoir. Cette double difficulté est parfaitement résolue par le suffrage
Du suffrage. Considéré comme l'acte par lequel les personnes souveraines ^délèguent leur part de gouvernement à un certain nombre de mandataires ; il est le droit de ceux que l'âge ou l'aliénation ne range pas parmi les incapables. S'il représente la part de gouvernement de la personne souveraine, et s'il y a autant de souverains que d'êtres doués de raison , de moralité et de volonté, la femme a le suffrage. Rien dans son être ne justifie l'incapacité qui atteint l'enfant, l'idiot ou l'aliéné. Quand la souveraineté féminine n'entre pas dans le gouvernement, la femme échappe à Faction des pouvoirs ou subit une tyrannie pesant du même coup sur les enfants dont elle est la protectrice naturelle.
Tout en reconnaissant à la femme les qualités qui donnent le suffrage on peut lui dénier celles qui donnent l'aptitude aux fonctions publiques. Sa faiblesse native et les fonctions de la maternité peuvent, en effet, lui créer des empêchements pour les actes
m CRITIQUE ET CONSÉQUENCE
qui exigent la force et la continuité ; mais des fonctions publiques sont très-accessibles à l'élément féminin qui doit retrouver de leur côté ce qu'il perd du côté des fonctions exclusivement viriles. S'il en est autrement, la fécondité disparaît de la société méconnaissant l'équilibre qui partout et toujours doit se maintenir entre les sexes.
Des pouvoirs confiés par le suffrage ne peuvent rester dans les mêmes mains que pendant un temps limité parce que le mandat est toujours révocable de la part de celui qui le confie, et parce que les actes d'une génération ne peuvent priver de leurs droits les générations suivantes. Ce que les pères ont fait légalement peut être fait à nouveau par les enfants, et , si les premiers ont pu confier les pouvoirs à des gens de leur choix, les autres peuvent le faire également. Les mêmes personnes ne sauraient donc, à moins de délégation nouvelle du suffrage, garder le pouvoir pendant un temps supérieur à la durée d'une génération. Ce temps peut être beaucoup plus court et varier avec les circonstances et la volonté des souverains. Mais ce que cette volonté ne peut faire, c'est subordonner les uns aux"autres des pouvoirs qui sont égaux par la force des choses ou
par la loi de leur existence. A supposer même que deux pouvoirs politiques se coalisent et parviennent à opprimer le troisième, celui-ci a toujours la ressource de donner sa démission et d'appeler ses adversaires devant le tribunal souverain des électeurs,
Le gouvernement, en se retrempant à sa source, reprend son équilibre naturel et les forces nécessaires à l'exercice de son mandat.
S'il n'existait qu'un degré de gouvernement , un degré de suffrage suffirait, mais du moment où, audessus du gouvernement municipal, existe le gouvernement provincial et le gouvernement national , il devient nécessaire que le suffrage suive la même progression. Direct et universel , quand il institue les pouvoirs municipaux, il s'élève au deuxième et au troisième degré pour correspondre aux pouvoirs de la province et de la nation. Or, le suffrage s'élève d'un degré quand les élus deviennent électeurs. La conséquence est que les citoyens recevant du suffrage universel les pouvoirs municipaux que comprend une province, nomment les représentants des pouvoirs provinciaux , lesquels représentants nomment à leur tour les dépositaires des pouvoirs nationaux.
Cette hiérarchie qui est dans les voies et moyens de
la force d'organisation modère les fluctuations du suffrage universel, en même temps qu'elle établit entre les pouvoirs et les personnes sociales l'harmonie indispensable à la santé des nations.