‹ Critique et conséquence des principes de 1789 par le docteur ClavelChapitre 9 sur 36 · VIE COLLECTIVE · texte numérisé non relu

VIE COLLECTIVE

L'affinité organique produit des résultats trèsdifférents, selon qu'elle combine des éléments pareils ou des éléments dissemblables. Dans ce dernier cas, il est difficile de dire à l'avance ce que sera Je produit; mais dans le premier cas, lorsque les organes élémentaires ne font que s'ajouter les uns aux autres, ils gardent la plus grande partie de leurs caractères et s'élèvent simplement à la deuxième, troisième ou quatrième puissance. Une fibre musculaire dit très-bien ce que sera un muscle ; une cellule glanduleuse ce que sera une glande. De même quand l'homme, pris comme élément social , s'ajoute à Phommedans une série de combi-

liaisons, les êtres qui en résultent ne peuvent cesser d'être humains; ils élèvent simplement les forces premières à leur deuxième, troisième ou quatrième puissance. La conclusion est que l'on doit retrouver dans la famille, dans le municipe, dans la province et dans la nation les facultés individuelles singulièrement agrandies, et que la nomenclature de celles-ci fournit, à l'avance, la nomenclature des autres.

Constatons, en premier lieu, que la vie collective se partage en deux portions distinctes : Tune de relation et admise par tous sous le nom de politique; l'autre organique, et connue sous le nom d'économie sociale. L'appareil nerveux ou cerveau, dirigeant la vie politique, est le gouvernement dont les nerfs centripètes et centrifuges sont représentés par la filiation des fonctionnaires, dont l'intelligence est le législatif ou délibératif, dont la volonté est l'exécutif, dont la conscience est le judiciaire. Ce partage du moi social en trois facultés distinctes n'a pas été inventé pour les besoins de notre cause; loin d'être un produit de l'imagination, il a été constaté par Montesquieu et d'autres écrivains, comme un fait naturel et accessible à la simple

observation ; seulement, les facultés individuelles prennent le nom de pouvoirs en devenant collectives.

L'ordre des pouvoirs ne suppose en rien leur subordination ; chacun d'eux existe au même titre que son voisin, chacun représente une part de la vie sociale. Le délibératif s'incarne en une assemblée renfermant les sensations, perceptions et idées de l'organisme social tout entier, ainsi que les forces d'où naissent la conception et l'intelligence. Seul le délibératif peut constater la loi, seul il peut connaître la science sociale dans son ensemble et en donner la formule.

Chargé de fonctions bien différentes, l'exécutif, au lieu d'être multiple et divers, n'obtient la rapidité, l'énergie et la précision des actes que par l'unité. Il suppose donc un organe ayant autorité sur toute la hiérarchie des fonctionnaires et dirigeant les actes nationaux, provinciaux ou municipaux.

Le judiciaire, en sa qualité de conscience du corps social, est gardien de la morale collective se formulant dans la loi : il est le conservateur du bien, du beau et du bon au sein de la société; il est encore

un agent de pondération entre le législatif et l'exécutif dont l'opposition naturelle dégénère souvent en antagonisme. Dans la vie rien n'est abstrait ou purement théorique, aussi le jeu des pouvoirs suppose-t-il toujours l'action, en dernier lieu, c est-àdire l'intervention de l'exécutif appelé ainsi à obéir et à commander.

De tels rapports entre les divers pouvoirs dont l'ensemble est le gouvernement, supposent une tête sociale pour la nation, la province et le municipe. Cette tête, ou capitale, est tellement indispensable aux divers organismes collectifs ainsi qu'aux actes de la vie sociale, que la force des choses la produit dans tous les lieux où se rencontrent les éléments de la civilisation.

Si de la vie de relation de la société ou de la politique nous passons à la vie organique ou économique, nous voyons encore les fonctions collectives se calquer exactement sur celles de l'individu. L'assimilation qui tire du monde extérieur, façoftne et élabore ce qui est nécessaire à l'entretien des organes, prend, en devenant collective, le nom de production, et se charge d'élaborer tout ce qui est nécessaire à l'entretien du corps social. La circula-

tion économique, semblable à celle de l'individu, • jusqu'à emprunter son nom, a mission de transporter dans les régions les plus infimes du corps social les résultats de la production; enfin la nutrition sociale, sous le nom de consommation, fixe dans les organes de la société les matériaux qu'apporte la circulation et remplace ceux que l'usure a rendus impropres à la vie.

Dans l'individu, l'assimilation, la circulation et la nutrition ou réparation, ont un agent nécessaire et commun qui est le sang. L'agent corrélatif dans le corps social est la propriété, qui est à la fois l'objet de la production, de la circulation et de la consommation. La parité est complète entre les deux organes et devient à cbaque instant plus frappante pour les yeux qui étudient leurs fonctions respectives.

Devant des exemples si multipliés et si divers, qui tous viennent confirmer les prévisions de la loi d'organisation, va-t-on nier les similitudes de la vie individuelle et de la vie collective? Ce serait vraiment fermer les yeux à la lumière, ce serait, en outre, se priver de toutes les indications que peut fournir l'histoire naturelle à la science sociale. Si

le délibératif, le judiciaire et l'exécutif ne sont que l'intelligence, la conscience et la volonté agrandies, on comprend que la psychologie renferme le plan le plus exact qu'il soit possible de trouver de l'organisation des pouvoirs; si la production, la circulation et la consommation ne sont que l'assimilation, la circulation et la nutrition considérablement agrandies, on comprend quelles indications précieuses la physiologie peut fournir à la science économique. L'art de gouverner, du moment où. il se dirigera sur des connaissances positives, sera libéré d'un empirisme dégradant ou des conceptions machiavéliques; il saura quelles institutions doivent mener les peuples à la grandeur ou les précipiter vers la décadence.

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