‹ Critique et histoireChapitre 11 sur 12 · AR AT · texte numérisé non relu

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la proclamation est l'essence même de la prédication évangélique. On voit par cet exemple combien l'interprétation psychologique de ce simple fait de la séparation de Jésus d'avec Jean-Baptiste éclaire les origines de la prédication de l'Evangile et jette une lumière nouvelle et précieuse sur le ministère galiléen,

1 serait facile de montrer — mais cela nous entraînerait trop loin — comment l’accueil fait à la prédication de Jésus, les difficultés, les obstacles et les hostilités qui s'accumulent sur sa

route l’amènent à comprendre que la simple proclamation du

pardon de Dieu ne suffira pas maïs que, pour que le Royaume de Dieu puisse être réalisé, il faudra peut-être — cette idée paraît n’avoir d’abord qu’effleuré l’esprit de Jésus et ne s'être imposée à lui que progressivement — une œuvre rédemptrice accomplie par l’humiliation et par la souffrance de celui que Dieu appelle à inaugurer son Royaume, c’est-à-dire du Fils de l’Homme.

Du même point de vue on comprend aussi comment a pu uaître en Jésus l’idée qu'il était, ou plutôt qu’il était destiné à être manifesté comme Fils de l'Homme. Le trait dominant de la conscience religieuse de Jésus est le sentiment d’une commhumion intime avec Dieu d’une subordination entière de la volonté à la sienne. Dieu est pour lui le Père, au sens plein et absolu du mot. L’attitude de Jésus à cet égard est bien caractérisée par cette parole du Psaume 40,9 que cite l’épître aux Hébreux (10,7) : « Me voici, Ô Dieu, pour faire ta volonté». La volonté de Dieu, c’est que le Royaume soit réalisé. Le préparer, plus exactement préparer les hommes à sa venue, ce sera l’œuvre de Jésus, et puisque les conceptions juives du temps attribuaient ce rôle d’initiateur au Messie Fils de l'Homme, Jésus sera ce Messie Fils de l'Homme. Quand il reconnaîtra que la réalisation du Royaume demande que le Messie soit rejeté et abaissé et qu’il souffre, il acceptera l’humiliation, la souffrance et même la mort, non pas en vertu d’une doctrine théologique, juridique où autre, mais pour se soumettre à la volonté mystérieuse mais toute puissante, bonne et miséricordieuse de Dieu.

Ce qu’il y a de nouveau dans cette conception du Royaume et de sa réalisation, c’est que la rédemption est conçue comme essentiellement morale. Le scénario eschatologique est bien conservé, mais si l’avènement glorieux du Royaume marque l’achèvement pour les élus de l’œuvre rédemptrice, ce n’est plus lui qui est la cause même de leur salut.

Cette conception nouvelle ne s’est pas réalisée dans la conscience de Jésus d’un seul coup et sans lutte. On trouve dans les

br DR ess Le FÉES.

évangiles — et pas seulement dans les récits symboliques de la tentation — des traces très nettes de l'effort qu’il a dû faire jusqu’à la veille de la passion pour écarter les séductions du

messianisme vulgaire qui aurait ouvert devant lui des perspectives plus faciles et moins douloureuses.

On constate par ces rapides indications que si, ne se contentant pas de la critique, mais la complétant par l’histoire, on ne se borne pas à considérer les faits mais on cherche à les comprendre et à les interpréter psychologiquement, on voit se dessiner avec une netteté surprenante les lignes maîtresses de la pensée de Jésus et que, par là aussi, s’éclairent et s’organisent les faits. de sa vie qui, considérés d’un point de vue purement critique, sont tellement des membra disjecta qu’on a l’impression que, Si. on essayait de les serrer de près, ils se résoudraient en une poussière sinon tout à fait impalpable, du moins trop ténue pour qu’on puisse espérer l’amalgamer jamais en un tout cohérent. el

Est-il nécessaire d’ajouter à cet exposé déjà bien long une conclusion ? Nous nous bornerons à dire qu’il ne faut pas Con fondre le Jésus de la critique et celui de l’histoire. Le premier presque insaisissable aujourd’hui court le risque, si la critique reste dans la voie où elle a presque uniquement marché jusqu'ici, de se dissiper comme s’évanouit un fantôme quand le jour Se. lève. L'histoire, au contraire, si elle ne s’attache pas uniquement à l’aspect extérieur des choses, mais si elle s’efforce, si om PE se, dire, de les saisir de l’intérieur et d’apercevoir les réalités Spiri= En tuelles qui les ont portées et qui les expliquent, est capable de retrouver, dans sa pleine réalité, le Jésus qui a vécu et à la vie et #2 à l’enseignement duquel la foi chrétienne est indissolublement liée. Je dirai encore que si le Jésus de la pure critique et le Christ : de la foi sont deux grandeurs sinon antithétiques, du moins hété ga rogènes et irréductibles l’une à l’autre, la même antimonmen ie n'existe pas entre le Jésus de l’histoire et le Christ de la foi. Te? x solution du problème historique de Jésus pourrait bien, sinon | donner, du moins préparer pour le problème théologique du $ Christ, une solution qui présenterait ce caractère d objectivité > ‘ auquel la foi chrétienne ne saurait renoncer sans être ne | à et sans se renier elle-même. ë

. HENRI STROHL, L’évolution religieuse de Luther jusqu’en 1515. Prix: 12 fr . E. VERMEIL, La pensée religieuse d’Ernest Trœæltseh. Prix: 7 fr . A CAUSSE, Les « Pauvres» d'Israël. (Prophèles , psalmistes et messianistes

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