RÉ SAS
Dès les premiers temps du ministère de Jésus, ses disciples et ceux de Jean constituent deux groupes non seulement, distincts, mais même rivaux. La tradition évangélique a expliqué l'attitude de Jésus par une révélation soudaine qui lui aurait été faite au moment où il recevait le baptême de Jean et par laquelle il aurait été envahi par le sentiment de sa messianité. Qu'il y ait là une explication théologique imaginée après coup, c’est ce dont on ne peut douter quand on considère le contraste qu’il y a entre la publicité de la proclamation messianique du baptême et la réserve dont s’enveloppent les déclarations de Jésus sur lui-même. I] ne laisse deviner le secret de sa messianité qu’à ses intimes en leur recommandant de n’en point parler. (C’est ce que prouve
aussi le fait que si, d'emblée, au début de son ministère, Jésus |
s'était ou avait été déclaré Messie, on ne comprendrait pas comment aurait pu se constituer la formule que nous trouvons dans Rom., 1, 4 sur Jésus établi ou proclamé Messie avec puissance (le mot grec employé par l’apôtre peut avoir les deux sens) par (ou à partir de) la résurrection des morts. C’est ce que confirme enfin le fait que, d’après une tradition conservée par le quatrième évangile et qui paraît très sûre — car elle contredit manifestement l’idée que l’on se faisait dans le christianisme primitif des rapports de Jésus et du Baptiste —, Jésus aurait d’abord poursuivi un ministère parallèle à celui de Jean et baptisé comme lui: Il faut donc rejeter l’explication et ne retenir que le fait. Après avoir vécu dans l’entourage du Baptiste et partagé ses idées, après avoir prêché et baptisé comme lui, Jésus s’est séparé de
lui. S'il l'a fait, c’est qu’il a dû juger la doctrine de Jean fausse
ou incomplète. Il suffit de constater quelle place occupe dans la.
pensée de Jésus la notion du pardon divin, l’idée que le Royaume 4
de Dieu est un don de Dieu que l’homme ne peut, en aucun cas,
mériter, pour voir que l’origine de la séparation entre Jésus et Jean- PAphels ne doit pas être cherchée ailleurs que dans un approfondissement de la notion du péché qui conduit à une appré=
ciation différente de l'efficacité de la pénitence. Alors que Jean-…
Baptiste ne parle pas de pardon divin et proclame que la péni- 4
tence suffit pour assurer les hommes contre les conséquences du jugement messianique imminent, Jésus estime que le péché sépare
complètement de l’économie divine et que, même repentant,
l’homme porte le poids de ses fautes et reste, aux yeux de Dieu, un débiteur insolvable, une créature perdue. Mais, d'autre part,
Dieu ne peut se résigner à ce que le but qu'il poursuit, la réali- ®
sation de son Royaume, c’est-à-dire la manifestation de sa toute-
puissance, ne soit pas atteint. Lia solution de cette antinomie ne & peut être donnée que par l’intervention du pardon divin dont. a
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