Critique et littérature musicales. 2. sér
Le volume de Critique et littérature musicales que je publie aujourd'hui est formé, comme les deux autres qui l'ont précédé, d'articles qui ont paru successivement dans la Bévue des Deux Mondes. On a beaucoup blâmé ce genre de publication. On a dit qu'un livre ne mérite vraiment ce titre que lorsqu'il est composé d'éléments homogènes concourant vers un but unique et déterminé d'avance : ce qu'il est impossible d'obtenir avec des articles de journaux ou de revues, qu'aucun lien systématique ne rattache les uns aux autres. Ces vaines subtilités n'ont pas empêché les livres de mélanges de se publier et de se vendre, parce qu'ils répondent à un besoin réel du public.
La presse est la grande manifestation de l'esprit moderne. Tout homme qui porte un nom dans les lettres, dans les sciences et dans les arts, a dû avoir recours à un journal quotidien ou à un recueil périodique, pour y répandre ses idées, faire connaître ses travaux, ou exprimer ses sentiments. Depuis
Il INTRODUCTION.
Chateaubriand jusqu'à M. de Lamartine, depuis M. Guizot jusqu'à Augustin Thierry, MM. Cousin, Villemain, Cuvier, Y. Hugo, Alfred de Musset, des historiens, des savants, des poètes et des hommes d'État ont produit dans les journaux ou dans les revues la plupart des travaux qui les ont illustrés. La critique surtout qui défend au jour le jour les principes du goût et de la morale, qui juge et apprécie les œuvres du talent ou les créations du génie, n'estce pas par les journaux et les revues qu'elle établit son autorité sur l'esprit du public? Pourquoi donc les livres qui résultent de cette collaboration nécessaire à la prompte manifestation de la vie intellectuelle de notre temps, seraient-ils moins dignes de l'attention du lecteur? De pareils ouvrages, qui sont très-nombreux de nos jours, ont la valeur qui s'attache à la pensée et au style de l'écrivain. Nous pouvons citer dans ce genre un chef-d'œuvre de critique formé avec des articles de journaux : Les Causeries du lundi, de M. Sainte-Beuve.
On trouvera dans ce volume le même esprit d'indépendance, les mêmes doctrines et la même impartialité qu'on a pu remarquer dans ceux qui sont sous les yeux du public. Je ne défends systématiquement aucune école particulière, je n'appartiens tout entier à aucune fraction de l'art, à aucune famille de la fantaisie