‹ Critique et littérature musicales. 2. sérChapitre 13 sur 21 · Paye · texte numérisé non relu

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Corneille ou Beethoven, cette mesure, cette pondération délicate de l'esprit et de la sensibilité qui se nomme le goût, et vous leur enlèveriez peut-être quelque chose de la force qui leur a été nécessaire pour accomplir l'œuvre que nous admirons. Tout ce que dit M. Oulibichef sur certaines aberrations harmoniques qu'on rencontre dans les œuvres de Beethoven, les passages qu'il cite, et qui avaient déjà relevés soit par M. Fétis, soit par d'autres bons esprits de l'Allemagne, tels que l'auteur bien connu (wo! kannteri) des charmantes lettres sur la musique que nous avons appréciées depuis longtemps1, sont incontestablement des erreurs ou des caprices de g('inie que rien ne justifie ; mais M. Oulibichef ne va-t-il pas trop loin, et son excellent esprit ne se laisse-t-i! pas égarer par des subtilités indignes d'un appr< teur des belles choses, quand il méconnaît le prix de l'admirable morceau, Yanéante scherzemdo , de la symphonie en fa ? Ici nous sommes entièrement de l'avis de M. Berlioz, qui a dit de ce morceau : « Gela tombe du ciel tout entier dans la pensée de l'artiste. »

M. Oulibichef est bien plus dans la vérité large du sens commun lorsqu'il réfute les sophismes de M. de Lenz et autres illuminés, qui proclament que les symphonies de Beethoven « sont des événements de l'histoire universelle plutôt que des productions musicales de plus ou moins de mérite. » « Dans tout ce fatras de l'illuminisme musical, dit M. Oulibichef, je n'ai trouvé qu'une chose qui ressemble de loin à un

1. Musikalische Briefe, Wdhrheit iibcr Toukunst und Tonkïinstleir.

argument, et qui peut-être vaut la peine qu'on y réponde. Les adeptes en appellent à Y avenir pour l'intelligence des œuvres de Beethoven aujourd'hui incomprises, se fondant sur ce que d'autres grands inventeurs ont été raillés de leur vivant au sujet des plus sublimes découvertes. Dans les sciences, oui; en littérature, fort rarement; en musique, jamais. Tous les grands compositeurs, depuis Josquin, Orlando di Lasso et Palestrina, jusqu'à Monteverde et Meyerbeer, ont été appréciés à leur juste valeur et quelquefois surtaxés par les contemporains '. »

Trois hommes, aussi différents par le génie que par le caractère, ont créé la musique instrumentale et ce magnifique poëme qu'on nomme la symphonie : ce sont Haydn, Mozart et Beethoven. Du grand atelier de formes et de combinaisons harmoniques de toute nature qui constitue l'œuvre colossale de Sébastien Bach, et particulièrement des sonates pour clavecin de son fils Emmanuel, qui déjà avait mis dans son style quelque chose de cet agrément et de cette légèreté qui devaient prévaloir dans la musique moderne, Joseph Haydn tire une partie des éléments dont il compose successivement son œuvre admirable. Il entremêle ces emprunts faits à l'art un peu sévère de son pays de l'étude des maîtres italiens, surtout d'un nommé Sammartini, homme de génie, dont l'œuvre prématuré, comme celui de notre Gossec, est resté inconnu, et paraît avoir beaucoup servi à l'éducation du père de la symphonie. Haydn est un musicien de premier ordre qui, par l'abondance des idées mé-

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