‹ Critique et littérature musicales (volume 2)Chapitre 3 sur 25 · R^résenté à l'Académie royale de musique le 16 mai · texte numérisé non relu

R^résenté à l'Académie royale de musique le 16 mai

enfin un sujet que M. Scribe a tourné et retourné cent fois. Jenny Bell est donc une cantatrice, anglaise cette fois, qui au milieu du xviw siècle faisait les délices de Londres. Pauvre orpheline, elle fut recueillie par un inconnu et placée dans une pension où elle a reçu la meilleure éducation. Au comble de la célébrité et de la fortune, adulée, adorée et respectée de tous, elle retrouve son bienfaiteur dans la personne du duc de Greenwich, devenu amiral et ministre. Par un stratagème qui est aussi connu que le théâtre de M. Scribe, il arrive que Jenny Bell se sent le cœur , touché par un jeune compositeur obscur, qui vient implorer sa protection. Il se trouve encore que ce jeune fcompositeur n-est autre que Mortimer, le fils unique et l'héritier du duc de Greenwich. On entrevoit le combat de générosité qui s'établit entre la cantatrice vertueuse et le grand seigneur, combat qui se termine par un bon mariage de Jenny Bell avec Mortimer. Sur cette donnée assez vulgaire, M. Scribe a brodé une suite de scènes qu'on voit défiler sans trop d'ennui, grâce ^ la musette de M. Auber. L'ouverture est un de ces petits morceaux de symphonie que M. Auber compose habituellement avec un ou deux motifs empruntés à la partition même, et qui ne se font pas autrement remarquer. Au premier acte, on peut signaler le récit que fait Jenny Bell de son enfance délaissée ; Habitants de la grande ville, dont le caractère légendaire ne uianque pas d'une certaine élévation de style; les couplets de l'orfèvre Dodson, qfii se terminent en un duo pour voix d'hommes très-élégamment accompagné; certaines parties du duo entre le duc de Greenwich et Jenny Bell ; un trio

plein d'entrain el de fraîcheur pour soprano, baryton et ténor, et le flnale, qui n'est pas autre chose qu'une vocalise pour deux voix de femme avec accompagnement du chœur. Au second acte se trouvent les jolis couplets de la rose, adressés à Jenny Bell par un admirateur désintéressé, Georges Leslie, que M. Couderc représente avec une désinvolture aisée; un duo pour soprano et ténor entre Jenny Bell et Mortimer, lorsque celui-ci s'introduit chez la prima donna sous le nom supposé .d'un compositeur obscur. Cette scène, qui est fort heureusement amenée, a été également très-bien saisie par M. Auber, qui en a tiré un duo remarquable par des éclats de sentiment qu'on rencontre rarement dans son œuvre: Le trio qui vient après entré Georges Leslie, Mortimer et la soubrette, est aussi très-piquant, particulièrement la rentrée de (îeorges Leslie : Je lui parle de toi. Malgré le succès qu'obtient au troisième acte Taîr de baryton que M. Paure, dans le personnage du duc de Greenwich, chante avec gotit :

Le bruit est pour le fat, la plainte est pour le sot,

nous préférons à cette morale de père noble la romance de ténor que dit Mortimer ayec le chœur qui l'accompagne sur le thème national : God save the king. Certes il y a plus d'élégance, de grâce et de véritable jeunesse dans la nouvelle partition de M. Auber que dans la plupart dés opérettes qua i\ous donnent les compositeurs récemment éclos de l'Institut. Mlle Duprez prête au personnage de Jenny Bell la distinction de sa personne et le style contenu et ferme qui caractérise son talent. Que n'a^t-elle aussi suivi

nos conseils, en ménageant plus qu'elle n*a fait ce lilet précieux d'une voix fragile? La pièce, fort bien jouée, obtient un succès légitime, et M. Auber doit être fier et content. C'est une raison de plus pour que nous insistions sur le danger que peut courir une renommée qui est chère à la France. M. Auber a ea deux grands bonheurs dans sa vie : il a rencontré Rossini assez à temps pour modifier sa manière et s'allumer au feu de son génie, et puis il a eu la chance de Voir mourir jeune l'auteur de MaiHe^ de Zampa et du Pré aux Clercs. Si Hérold avait vécu, M^ Auber ne serait que le second dans Rome. Qu'il ait donc la prudence d'un chef d'armée, et qu'il n'expose pas trop facilement dans sa personne le salut de tous. L'événement important de la saison, c'est un opéra en cinq actes, les Vêpres siciliennes, que M. Verdi a composé expressément pour Paris, et dont la première représentation a eu lieu le la juin. Une grande curiosité s'attachait à l'apparition de cet ouvrage, qui pouvait être le signal d'une nouvelle transformation de la musique dramatique; aussi la salle de l'Opéra présentait-elle ce jour-là un spectacle curieux : les partisans du compositeur italien s'y étaient donné rendez- vous en masse, et ce n'est point une exagération de dire que presque tous les dUeiUmti aisés de Milan, de Turin et d'autres villes de la Lombardie assistaient & cette solennité, qui avait pour eux l'importance d'un événement politique. En effet, les questions d'art ne sont pas pour les Italiens d'aujourd'hui de simples problèmes de*goût qui se posent et se débattent dans les régions sereines de l'esprit ; les passions et les intérêts actuels de la vie s'y trouvent engagés, et dans

4e succès d*une virtuose, d'un artiste ou d*un ouvrage <ie n'importe quelle nature, les Italiens voient un succès de nationalité, un titre de plus à Testime de l'Europe civilisée. Le lendemain du début de la troupe des comédiens italiens, je rencontrai sur les boulevards un personnage grave et respecté, un des plus nobles caractères politiques qu'ait produits l'Italie depuis 1848. c Êtes-vçus allé au Théâtre-Italien hier soir? me dit-il avec curiosité. — Oui, certainement, lui répondis-je. — Et comment ont-ils été accueillis par le public, inostri concittadini? — Avec sympathie d'abord, 7)uis aux acclamations de la salle entière. — Et la Ristori, quel effet a-t-elle produit ? — Immense, et, au jugement de tous les vrais connaisseurs, c'est un des plus grands talents dramatiques qu'on ait vus depuis longtemps. — Ah! dit-il en me serrant la main avec eflusion, que vous me faites plaisir en me disant cela! Cara Itdia^ tu non sei an^ cora morta (chère Italie, tu n'es pas encore morte) ! » ajouta-t-il en essuyant une larme qui vint mouiller ses paupières. Après m'avoir quitté, revenant tout à coup- sur ses pas, il reprit : « Savez^-vous bien que toutes les premières danseuses de l'Opéra sont aussi des Italiennes? » Et il s'en alla joyeux comme un enfant. C'était l'illustre Manin, de Venise, mort à Paris le 22 septembre 1857.

Nous avons rapporté ce fait pour donner la njesure de l'importance que les Itdiens les plus sérieux attachent aux événements qui touchent à leur pays : car le noble personnage que nous venons de nommer n'entrait jamais dans un théâtre et supportait dans la solitude les plus grandes douleurs de l'exil. C'est

rhonneui* éternel de l'Italie qu'après deux civilisations aussi différentes que celles de la Rome d'Auguste et de Léon X, elle ait pu survivre à l'oppresâion qui s'est appesantie sur elle depuis le milieu du xvr siècle. C'est par les arts, les lettres et les sciences que ce beau pays a toujours protesté contre les misérables gouvernements qui se sont efforcés d'étouffer en lui toute vie morale. Aussi s'explique-t-on l'exaltation des Italiens quand ils ont à défendre leurs poètes, leurs artistes et leurs savants contre la critique des étrangers. Les questions de goût sont pour eux des questions de vie ou de mort, et contester la gloire de leurs hommes célèbres, c'est contester leur nationalité. Ceci nous ramène à M. Yerdi et à son opéra des Vêpres siciliennes, dont il s'agit d'apprécier le mérite.

Il faut avouer que MM. Scribe et Duveyrier auraient pu choisir un sujet plus convenable que celui des Vêpres siciliennes pour être mis en musique par un Italien et représenté sur la première scène lyrique de la France, II y a des convenances qu'on fait toujours bien de respecter au théâtre, et le champ de l'histoire est assez vaste pour que M. Scribe ne fût pas embarrassé de trouver un thème quelconque au petit npnïbre de combinaisons dramatiques qu'il reproduit si volontiers et sans les varier beaucoup. En tète de son livret des Vêpres siciliennes se trouve une note où il est dit: « A ceux qui nous reprocheront, comme de coutume, d'ignorer l'histoire» nous nous empresserons d'apprendre que le massacre général connu sous le nom de Vêpres siciliennes n'a jamais existé. » Suit une petite dissertation historique

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OÙ les auteurs se donnent l'agrément de dter Fazelli, Muratori, Giannone, historiens italiens sur lesquels s'appuie leur érudition de fraîche date. Ils se gardent bien de citer un livre connu et très-estimé sur la matière, la Guçrra del Yespro sicUiano, de M. Mi* chel Amari, dont la quatrième édition a paru à Florence en 1851. Si r infatigable librettiste prenait le temps de se recueillir un peu, il aurait pu lire dans le cinquième chapitre de l'excellent ouvrage de M. Âmari, page 102, que le 31 mars de l'année 1284 il y eut à Palerme une révolte contre la domination tyrannique de Charles d'Anjou, révolte qui se répandit dans toute la Sicile, et dans laquelle furent mas-* sacrés, au dire de Villani, quatre miUe Français. Ce sont des fables intéressantes, plus ou moins bien appropriées au talent du compositeur, qu'on demande à M. Scribe, et non le savoir d'im bénédictin. On sait de reste, par VÉtoile du Nord et la Czarinôj ce qu'il fait de l'histoire, quand il lui arrive de la consulter.

Guy de Monfort, lieutenant de Charles d'Anjou, est gouverneur de la Sicile et siège en souverain dans la ville de Pàlerme, qu'il opprime de son despotisme. Il a enlevé une femme du pays, dont il a eu un fils, et qui s'est sauvée avec son enfant. Cette femme, qui abhorrait dans son ravisseur le tyran de la Sicile, lui écrit en mourant :

Tpi qui n'épargnes rien, si la hache sanglante Menace Henri Nota, Thonneur de son pays, Épai^ne au moins cette tète innocente : Cest celle de ton fils.

Ce fils en effet, qui ignore sa naissance, entre dans une

couspiration contre le gouverneur de Palerme. Il est poussé à ce crime par aipour pour son pays et par affection pour la duchesse Hélène , sœur du jeune Frédéric d'Autriche, décapité sur Téchafaud par Conradin, et qui s'est promis de venger sa mort : c'est là le nœud de la pièce. La duchesse Hélène, Procida et Henri Nota, le fils inconnu du gouverneur, forment une conjuration pour délivrer la Sicile de la domination étrangère en assassinant Guy de Monfort. Lorsque Henri Nota apprend de la bouche même du gouverneur qu'il est son propre fils, son cœur hésite entre les devoirs que lui impose la nature et les liens qui l'attachent à la belle duchesse. Il se décide cepen* dant à avertir son père du danger qu'il .court, et lui apprend que des conjurés se sont introduits dans son palais sous un déguisement qu'autorise la fête où ils sont invités , et qu'ils doivent attenter à ses jours. Sur cet avis, Guy de Monfort fait arrêter les assassins , qui sont Procida et la duchesse Hélène. Désespéré d'avoir trahi le secret d'une conspiration dont il faisait partie, Henri emploie toute l'influence que lui donne la tendresse de son père pour sauver Hélène et Procida, qui attendent la mort. Guy de Monfort se rend au vœu de son fils , à la condition qu'il le reconnaîtra publiquement pour son père. Henri , après de cruelles hésitations , se décide , et obtient non-seulement la grâce de ses amis, mais aussi la main de la duchesse Hélène. Ce mariage, qui fait le bonheur des deux fiancés et qui pourrait consolider la domination des Français sur la Sicile , n'entre pas dans les intentions de Procida, qui conseille à la du* chesse de simuler un consentement nécessaire à ses

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projets. A un signal donné pour célébrer le nouvel hymen 9 comme dit M. Scribe, les cloches sonnent, les Palermitains se soulèvent et se précipitent sur les Français.

Frappez-les tous 1 Que vous importe?

Français ou bien Siciliens, Frappez toujours ! Dieu choisira les siens !

s'écrie Procida en répétant le mot fameux de saint Dominique contre les Albigeois. Telle est la fable conçue par MM. Scribe et Duveyrier, dépourvue, je ne dirai pas de vraisemblance, mais d*intérét. Le caractère de la duchesse Hélène est complètement manqué ; elle hésite constamment entre le désir de venger la mémoire de son père et son amour assez tiède pour Henri; celui-ci n*a aucune physionomie, et Procida n*est qu'un tribun vulgaire; Guy de Monfort seul laisse échapper quelques accents de tendtesse paternelle. Les principales situations sont empruntées aux Huguenots^ à Robert^ à Gustave^ à Dom Sébastien, et sont amenées, bon gré mal gré, pour la grande gloire du compositeur.

M. Verdi , qui n'a que quarante et un ans, occupe dans l'histoire de la musique italienne une place toute particulière , qui le distingue de ses prédécesseurs : depuis Rossini , c'est le compositeur qui a eu le plus de retentissement dans son pays, et il doit sa grande renommée moins encore à son talent incontestable qu'aux circonstances dans lesquelles ce talent s'est produit, L'Italie, il faut bien le reconnaître, est dans un tel état d'irritation morale et d'émotion politique, qu'elle serait incapable de prêter son attention à toute manifestation de l'art qui n'aurait pas

les qualités et les défauts dont elle est pénétrée. Beyle faisait déjà cette remarque en 1834.: « L'Italie, écrivaitril de Givita-Vecchia, n'est plus comme je Tai adorée en 1815 ; elle est amoureuse d'une chose qu'elle n'a pas. Les beaux-arts , pour lesquels seuls elle est faite, ne sont plus qu'un pis aller; elle est profondément humiliée, dans son ampur-propre excessif, de ne pas avoir une robe lilas comme ses sœurs atnées, la France, l'Espagne, le Portugal; mais si elle f avait, elle ne pourrait la porter. Avant tout, il faudrait vingt ans de la verge de fter d'un Frédéric II pouf pendrfe les assassins et emprisonner les voleurs. » Sans discuter ici l'opinion de Beyle stir l'incapacité de ritaliô à jouir au moins de l'indépendance politique, qui est le plus cher de ses vœux, nous nous bornerons à faire remarquer que l'existence du Piémont et le spectacle qu'il donne à l'Europe depuis quelques années prouvent évidemment le Contraire. Il est certain que la situation de l'Italie ne la dispose guère à goûter un génie placide et serein comme Raphaël et Palestrina, si elle pouvait en produire de îios jours. Dans une autre lettre que Beyle écrivait de Trieste en 1831, il remarque plus judicieusement que « les Italiens , eh fait d'art ^ veulent du nouveau. Bellini se joue partout aujourd'hui, et les belles dames l'appellent : Il mio Bellini. On parlé de Rossini maintenant comme on parlait de Gîmarosa en 1815. Admiration immense, mais sous la condition qu*on ne le jouera pas. » Cette turent de vouloir à tout prix du nouveau, jointe à l'absence de fortes études et d'une ville souveraine qui puisse être le centre de la tradition , jette l'Italie dans les bras du premier joueur

de guitare qui vient la distraire de 'ennui qui la dévore. Il est douteux que, si Rossini lui apparaissait aujourd'hui , elle pût apprécier cet éclatant génie , qui ne s'occupe pas plus des folles théories politiques de Mazzini que s'il n'avait jamais existé, et qui chante purement et simplement les joies et les douleurs charmantes de la vie. Et, pour citer un autre exemple en faveur de la thèse que nous soutenons, est-il bien certain que l'Italie, dans les dispositions où elle se trouve , ait eu conscience de la femme supérieure qui s'est révélée à Paris depuis quelques mois? La génération qui a pu élever M. Verdi au rang de compositeur de génie, en le comparant à Rossini, ne pouvait apprécier ce qu'il y a d'incomparable dans le talent de Mme Ristori. Quelle chasteté dans l'expression des sentiments les plus inouïs ! quels gestes à la fois contenus et énergiques ! quelle pantomime noblement aisée, et comme elle sait rendre cette lutte terrible qui s'établit dans son cœur de vierge entre la tendresse filiale et la passion incestueuse que lui souffle l'implacable Vénus! Ah! c'est là le vrai beau, «'est là l'idéal qui justifie les sévérités de la critique. Nous n'avions pas besoin de la présence de Mme Ristori pour reconnaître que Mlle Rachel, au temps même de ses plus beaux succès, ne possédait guère que deux accents, celui de la haine et de l'ironie, et qu'elle était dépourvue des dons les plus rares , de cette sensibilité profonde et variée que possède à un si haut degré l'artiste italienne. On ne remarque aucun procédé vulgaire dans le talent de Mme Ristori ; Fétude diàparaît sous la richesse de la nature; les artifices du métier sont absorbés par le courant de

rinspiration. Ce n'est point là un modèle d*ateUer élevé laborieusement par des professeurs émérites de déclamation; c'est une gmtildonna romaine qui a eu sous les yeux dès Ténfance les monuments des Phidias et des Praxitèle, et qui n'a eu qu'un léger effort de mémoire à faire pour ressaisir à travers les siècles les poses et le langage de ses ancêtres. Pour revenir à la musique, nous comparerions Mlle Rachel à une lyre qui n'a que deux seules cordes., la tunique et la damina/nte, tandis que Mme Ristori possède toute la gamnfie! Ah! s'il nous était donné d'entendre un jour une cantatrice aussi parfaite, nous n'aurions plus qu'à nous écrier : Nunc dimittis^ Domine ^ quiaviderunt ocuM met salutare tuvm.

Il est certain que c'est à l'intelligence, au goût, à l'attention sympathique du public parisien, qu^ Mme Ristori doit l'éclosion de ses grandes et belles qualités de tragédienne. L'artiste se plaît elle-même à reconnaître qu'elle n'était point en Italie, devant ces assemblées tumultueuses et distraites dont se plaignait déjà Alfieri, ce qu'elle s'est trouvée devant ces nouveaux Athéniens, dont l'opinion sera pour longtemps encore celle de l'Europe. Si le goût de la France a le droit de revendiquer sa part dans le succès du Comte Ory et de GuUlawme TM^ qui marque la dernière évolution du génie de Rossini, il nous reste à voir quelle influence aura eue Paris sur le dernier opéra de ift. Verdi, les Vêpres siciliennes.

L'ouverture commence par un léger frémissement des timbales et des pizzicati des contre-basses , qui marquent les linéaments d'un rhythme onduleux, et, après quelques mesures d'introduction où domine un

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soh) de clarinette dont le chant connu se retrouvera au premier acte , se plrésente une assez belle phrase confiée aux violoncelles, et qui s'arrête un instant sur une note culminante un peu trop à la manière des chanteurs. Reproduite une seconde fois avec un nouvel accompagnement, cette phrase, d'ailleurs assez courte, serpente le long d'une stretta chaleureuse. Cette ouverture, sans être un chef-d'œuvre, n'est point déplacée en tête d'un ouvrage qui commence, sur la grande place de Palerme , par un chœur assez dramatique.

L'entrée de la duchesse et toute cette scène préparatoire , où les Français avinés insultent les Siciliens et contraignent Hélène elle-même à chanter pour leurs menus plaisirs, manquent de relief. On voit que le musicien est fort embarrassé de ces détails et de ces récitatifs, sans lesquels pourtant les morceaux développés ne peuvent produire leur effet. La cavatine que chante la duchesse, autant pour obéir à l'injonction qu'elle a reçue d'un soldat français que pour exciter les Siciliens à patienter jusqu'à l'heure de la vengeance :

Da courage !... du courage!

a de la vigueur; mais elle rappelle trop, par certains édats de voix, lampi digola^ familiers à M. Verdi, la cavatine du premier acte d'J&rnam. Un trio qui se termine en quatuor et presque sans accompagnement, puisqu'il n'est soutenu que par quelques accords de^ l'orchestre, pénible à son début, se débrouille à la fin , et devient un morceau qui n'est point à dédai** gner par Fbeureuse concentration des parties et le

bon effet qui en résulte. Le duo pour ténor et baryton entre Guy de Monifort et le jeiïne Sicilien Henri Nota renferme quelques bonnes parties, particulièrement la phrase de l'ensemble :

Non, non, point de grâce!

qui est celle de l'ouverture confiée aux viploncelles. Dans le duo que uqus venons de mentionner et qui termine le premier acte, il y a tel passage du dialogue entre Guy de Monfort et Henri :

Quoi ! malgré vos complots, échapper au trépas l

OÙ l'on reconnaît l'influence du style de Meyerbeer sur le talent de M. Verdi. Cette influence , qui frappe dès les premières mesures de l'ouverture, a laissé plus d'une trace encore dans le nouvel opéra.

Le second acte , dont la scène se passe dans un beau vallon près de Palerme, sur une plage où vient aborder le conspirateur Procida , s'ouvre par un air d'une tournure assez large :

0 mon pays, pays tant regretté, L'exilé te salue après trois ans d'absence !

Le motif de la cavatine que chante ensuite Procida,

Dans l'ombre et le silence,

est une mélodie dans la manière connue de M. Verdi, qui ne présente rien de bien nouveau. L'effet obtenu ici est tout entier dans la belle voix de basse de M. Obin , qui abuse cependant des notes suspendues et trop longtemps prolongées. Le duo pour soprano et ténor entre la duchesse Hélène et Henri est d'une bien grande pauvreté de style et d'harmonie dan*

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tout ce qui précède la jonction des deux voix , qui exhalent alors un charmant nocturne avec un point d*orgue harmonisé bien ingénieux pour une situation aussi grave. Pour un compositeur qui vise surtout à la logique dramatique, ce joli madrigal est-il bien à sa place dans la beuche d'une femme et d'un 'jeune homme obscur, qui se promettent de longues et fidèles amours , après avoir versé le sang des oppresseurs de la Sicile ? Eh ! mon Dieu I M. Verdi a fait comme tQUs les esprits systéipatiques : il est souvent et trèsheureusement inconséquent. Le finale du second acte exige, pour qu'on puisse en apprécier le mérite, qu'on définfsse la situation des différents personnages qui remplissent la scène. Sur cefte même plage où vient d'aborder le conspirateur Procida, se trouve une chapelle de sainte Rosalie, qui est l'objet d'un, culte populaire. Douze fiancées du pays et douze garçons arrivent en dansant pour célébrer leur union prochaine. Ce spectacle affriande les sqldats français , qui , excités par les railleries provoquantes de Procida , dont le plan est de soulever l'indignation de la foule , enlèvent les Siciliennes comme jadis les Romains ont enlevé les femmes des Sabins. Les maris et les amants outragés s'avancent sur le devant de la scène en exprimant leur indignation dans une sorte de récit entrecoupé et vigoureux :

Interdits, — accablé? — et de honte — et de rage....

Pendant que cet ensemble se déclame sourdement, on entend derrière les coulisses un chant d* allégresse, et puis on voit arriver au fond , sut une mer d'àzur, une tartane remplie de soldats français et des femmes

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