Soui'enirs de Mme Levasseur, née Zeis, élève de Weber
Oberon fut traduit en allemand,- sous les yeux mêmes de Weber, par son ami Th. Hell, et représenté pour la preihière fois à Leipzig, dans le mois de février 1827, avec un très-grand succès. Rochlitz, un critique distingué, un ami et le collaborateur de Weber, fit .aussi un article remarquable sur la partition d'Oheron, qui fut inséré dans la Gazette musicale de Leipzig, au mois d'avril 1827. Oberon a été chanté à Paris, à la salle Favart, par une troupe allemande, le 23 mai 1831. Il a été plus tard traduit çn français par M. Maurice Bourges, dont la traduction, d'une fidélité scrupuleuse, a été publiée en 1842, avec le texte allemand que nous avons sous les yeux.
Le sujet de l'opéra ù* Oberon est tiré, non pas, comme on pourrait naturellement le croire, du Songe d'une Nuit d'été et de la Tempête de Shakspeare, mais d'un roman français, Huon de Bordeaux^ qui fait partie de la collection connue sous le titre de Bibliothèque bleue. C'est l'auteur du libretto anglais, J. R- Planché, qui indique cette source dans la préface du poëme' sur lequel Weber a composé un chef-d'œuvre. C'est là que Wieland aurait aussi puisé le thème de son Oberon, qui est connu de toute l'Europe, et que le musicien allemand avait particulièrement en vue. Oberon, roi des fées (the fairies) et des génies, s'est brouillé avec sa femme Titania, qu'il adore. Pour le consoler de la tristesse qu'il éprouve de cette séparation, ses sujets ne savent quels plaisirs inventer. Oberon a jqré de ne revenir à sa chère Tit^ania que lorsqu'on lui aura trouvé deux amants fidèles qui auront su résister à toutes les épreuves et tentations auxquelles ils seront soumis. Le confident et l'ami d'Oberon,
i98 CRITIQUE ET LITTÉRATURE MUSICALES.
Puck, loi fait espérer qu'il aura bientôt trouvé le couple incomparable, et il lui parle alors d'un certain chevalier, Huon de Bordeaux, et de la belle Rezia, fille dii calife de Bagdad, Haroun-al-Raschid. Puck fait aussitôt apparaître dans une vision la belle Rezia au brave chevalier, qui s'enflamme à la vue de tant de charmes, et qui promet d'aller jusqu'au bout du monde pour conquérir un tel trésor. Sur cette donnée merveilleuse se développe une, série d'incidents plus ou moins dramatiques qui ne sont pas dépourvus d'intérêt, et qui ont été admirablement saisis par le génie du musicien. On trouve, dans le poëme de J. R. Planché, un grand nombre de personnages épisodiques, parmi lesquels nous avons remarqué celui de Charlemagne. C'est pour le vieux ténor anglais Braham que Weber a écrit le rôle de Huon, si extrâordinairement difficile à chanter. Quand nous disons que Weber a composé pour Braham la partie très-importante de Huon, c'est une simple manière de parler. L'auteur du Freyschûtz, pas plus que celui de Fidelio et de la Symphonie avec chœurs^ n'admettait de restriction daiiâ la manifestation de ses idées musicales. Il écrivait d'une manière absolue, exigeant des virtuoses, comme s'il s'agissait d'instrumentistes, une exécution scrupuleuse de tout ce qui était sur le papier. Dans une Içttre que Weber écrivait à sa femme le 27 mars 1826, il dit entre autres choses : « Il a passé par la tête de Braham d'avohr une grande scène comme celle du Freyschûtz en place de Fair du premier acte, qui est en effet trop haut, car il n'a pas été écrit pour sa voix. J'ai d'abord refusé sa demande; mais comme Braham connaît très-
bien le goût du public a^glais, dont il est l'idole, j'ai fini par céder. Je lui ai donc composé une grande scène de bataille {ein Schlachtengemœlàe) que je ne mettrai pas dans la partition que je destine â T Allemagne, car j'aime beaucoup l'air du premier acte*, etc. » Le rôle de Rezia fut créé par miss Paton, dont Weber admirait beaucoup la belle voix, et qu'il considérait comme une cantatrice de premier ordre. Le journal anglais que nous avons déjà cité, YHarmonicon^ affirme que miss Paton perdit la santé par suite des efforts qu'elle fut obligée de faire dans le grand air du second acte : Vaste Océan!
Tout le monde sait que Weber avait le travail difficile. Son inspiration, lente à s'élaborer, éprouvait de nombreuses modifications avant de prendre la* forme définitive qui devait la perpétuer dans la mémoire des hommes. On peut affirmer que les idées musicaleé qui constituent le fond de ses trois grands ouvrages, le Freyschûtz, Euryanthe et Oberorv^ se trouvent éparses dans ses compositions pour le piano et* les autres instruments. Dans la partition manuscrite d'Oberon qui est à Saint-Pétersbourg, sous la garde du baron Korff, directeur de la librairie impériale, chaque morceau est daté de la main de Weber. On lit après l'ouverture : « Achevée à Londres le 7 avril 1826, à onze heures et trois quarts de la nuit, ainsi que tout l'ouvrage d'06eron.... Soli Deo gloria. » Après la magnifique introduction on lit : a Achevée le 11 septembre 1825, dans le jardin de Kolsachen; » après le chœur des génies : « Achevé le 1 1 novem-