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« Ne n'avez-vous pas dit : Suis-nous, et tu régneras ? — Qui, et nous toffrons une couronne. — Pourrai-je alors frapper mes ennemis ? pourrai-je immoler le comte d'Oberthal? — Ce soir même. — Eh bien, marchons! » dit-il après avoir hésité longtemps entre le regret d'abandonner sa vieille mère et le désir de venger sa fiancée.
Le troisième acte est une suite d'épisodes dont l'analyse est intimement liée à l'analyse de la partition même : l'aclion se résume, pour ainsi dire, tout entière dans le finale de cet acte. À la tête d'une armée d'anabaptistes, Jean assiége ct prend la ville de Munster, après avoir fait prisonnier le comte d'Oberthal, qui lui apprend que Berthe a sauvé son honneur par la fuite. Le quatrième acte nous fait assister au couronnement du prophète proclamé fils de Dieu dans la cathédrale de Munster, où il retrouve sa mère, quil est forcé de méconnaître pour se sauver encore une fois des poignards des trois anabaptistes. Cette scène, très-longue et très-compliquée, est incontestablement la plus belle et la plus dramatique de l'ouvrage. Au cinquième acte enfin, Jean revoit sa mère et sa fiancée. Fidès lui pardonne ses fautes en lui faisant espérer la clémence du Seigneur; mais Berthe, en apprenant que le faux prophète dont elle exècre les crimes et l'impiété est ce Jean qu'elle à tant aimé, se tue de désespoir. Jean, qui se voit trahi et abandonné de tout le monde, fait miner le château de Munster, et s'ensevelit sous ses ruines le verre à la main et le sourire sur les lèvres.
Le libretto de M. Scribe ne reproduit pas, on le voit, très-scrupuleusement la donnée de l'histoire. C’est le droit du poëte dramatique de modifier, de grouper à son gré les faits qu'il emprunte à la réalité, pourvu que sa fable soit vraisemblable, intéressante et appropriée au but indiqué. Le défaut que nous reprocherons surtout à la conception de M. Scribe, c'est que l'amour, qui doit toujours être la
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passion dominante dans un drame lyrique, n’y joue qu'un rôle secondaire. Berthe, la fiancée du héros, est un personnage insignifiant; le sentiment qu'elle inspire et qu'elle partage nest point une cause déterminante dans la destinée de son amant. Jean de Leyde lui-même ne montre pas la vigueur et l'individualité puissante qu'il a dans l'histoire. Il est le jouet des événements au lieu d'en être le mobile; il est plutôt l'instrument de trois fourbes qui spéculent sur sa crédulité qu'un fanatique profond qui marche où le pousse la force intérieure de sa propre énergie. M. Scribe commet souvent la faute de prêter à ces grands personnages qui ont agité le monde la politique raffinée de nos diplomates modernes.
Quoi qu'il en soit de nos observations, il est un caractère qui relève la fable du Prophète et lui donne une physionomie toute particulière : nous voulons parler de Fidès, la mère de Jean de Leyde. C’est une véritable création que cette figure de femme pieuse, forte et tendre, qui, agenouillée dans la cathédrale de Munster, où elle vient implorer le Dieu de ses pères pour un fils qu'elle croit perdu, maudit au fond de son âme l’imposteur qui ose se proclamer l'envoyé de Dieu. Rien de plus pathétique que la scène du quatrième acte où Fidès reconnaît, sous les traits du faux prophète, celui quelle a nourri de son lait et de sa foi. Rappellerai-je aussi celle du cinquième acte où Fidès, rayonnant de sa double majesté de mère et de chrétienne, fait tomber à ses pieds l'enfant égaré par de pernicieuses doctrines ? Il y a un sens profond dans cette scène vraiment biblique, qui achève de révéler l'admirable caractère de cette femme, en qui se résume tout l'intérêt du drame, et qui est certainement l'une des créations Les plus saisissantes de M. Meyerbecr.
C'est M. Meyerbeer, c'est le musicien maintenant qui, seul, doit nous occuper. Il n'est pas inutile peut-être de
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