PRÉFACE. XIX
— Tu souffres parce que tu es l'avenir !
« Et une angoisse horrible tordit mon sein ; puis une joie divine l'inonda ; et je me sentis une créature nouvelle que les mots d'aujourd'hui ne peuvent dire ; et la pensée, la pensée dont j'étais si fier, était comme un rêve pénible dont on se souvient mal au réveil ; et dans le monde transfiguré, notre vieux monde était comme l'image obscure qui passe dans un cerveau las.
» Et elle me dit :
» — Mouvement, couleur, chaleur, lumière ; force magnétique, aflinité; vie, sensation et pensée ; l'univers va se développant de coup d'État en coup d'État, dans l'infini royaume de l'âme. Que de régions encore à naître, repliées au plus profond de ton être ! »
C'est ainsi que James annonça l'avènement de l'homme surhumain^ de la race humaine à la suprême puissance, qui, à un moment déterminé de Fhistoire future, doit réaliser pleinement toutes nos aspirations, profiter enfin de toutes nos abnégations, faire fructifier notre idéal, incarner sur la terre l'esprit de Dieu, et devenir pour tout jamais ce « Christ de lumière et de vie » que la pauvre Lucia Galvani entrevoit au moment de mourir.
Cette ébauche de théorie, ces vagues visions d'avenir, sont tout ce que mon ami emprunta au Darwinisme. Sa conscience de Sémite se préoccupait bien plus de trouver une règle morale que d'échafauder un système. Cette règle, il était convaincu que la science ne pouvait pas la donner.
Dans le plus obscur des symboles où James aimait envelopper sa pensée, le petit aveugle de Penmenmaur subit deux attractions également puissantes, le désir de la mer, le désir du soleil : L'homme ne voudrait-il pas se perdre dans la science et abîmer en Dieu? Mais toutes les tours que l'enfant bâtit, tous les cairns qu'il