XVIII PRÉFACE
disait: « Un de ces jours j'écrirai pour la Revue de Paris, une réponse de Zarathustra à Nietzsche ». Il l'aurait si bien faite, le mage clairvoyant et aimant ! Il aurait si bien opposé à l'effrayant égoïsme de notre siècle la calme religion antique, où le bonheur familial règne comme un devoir impérieux, où la règle de la vie est la pureté de ce qui est sans défense et la sainteté des faibles. Dans la pensée de James, le point d'arrivée de l'âme humaine ne s'égarait pas trop loin de ce noble point de départ. Déjà dans la dernière partie de la Légende Dioine, il a esquissé sa conception de l'avenir : c'est une sorte de darwinisme sublime...
L'homme qui souflTre demande à Béatrice la raison de sa souffrance et elle lui dit :
— Tu souffres parce que tu es le monde et tu l'ignores. Comment as-tu si vite oublié tes naissances, ô le dernier-né des êtres ?
Et soudain l'homme moderne sent, pour un instant, battre dans son sein d'homme achevé, le cœur aveugle et amorphe des êtres primitifs, le cœur de toute créature vivante qui marche, qui rampe ou qui vole, tandis qu'une voix lui dit:
— Il a fallu que tout fût pour que tu fusses! Mais l'homme souffre toujours et Béatrice
lui dit: