‹ Critique et politiqueChapitre 16 sur 48 · XXII PREFACE · texte numérisé non relu

XXII PREFACE

riant que le sentiment du Beau n'est qu'une extension du sentiment amoureux, et que le Bien n'est que le Beau appliqué dans l'ordre moral. Il aurait même vu dans cette transformation d'un appétit primitif dans une idée divine, un exemple charmant de l'éternel Devenir.

Mon ami restait toujours un fervent de la science : « la vraie, la grande, celle qui ne travaille point pour une récompense, mais est sa fin à elle-même ; celle qui élargit l'âme à la taille de Dieu, qui l'ennoblit de toute la beauté de l'univers, la pacifie du silence des infinis. » Il cherchait dans la science l'énigme de l'avenir du monde ; il cherchait dans l'éthique la plus pure et la plus pratique qui ait jamais été formulée, le secret divin qui donne la force de vivre.

Il trouva dans les prophètes, toujours frais et nouveaux après vingt-six siècles, une règle de bien faire, une loi vivifiante, un exemple et un idéal. C'est tout ce qu'il leur demanda.

Il savait vivre sans ami céleste ; il acceptait de mourir sans espoir de paradis, sans la grande consolation de l'éternel revoir. Il ne la nie pas, il ne la raille pas, cette douce consolation : seulement il n'ose pas trop compter sur elle.

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