‹ Critique et politiqueChapitre 22 sur 48 · PRÉFACE. XXIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXIX

noble, sa douceur sans faiblesse, et sa justice sans haine.

Deux jours avant sa mort, il me regarda longuement :

— Auras-tu du courage, Mary?

— Et moi ;

— Est-ce qu'on sait? Puissé-je ne le jamais savoir ?

Il avait du courage, lui, et il le savait, car toute sa vie il avait été à l'épreuve.

Mais dans sa mort, une mort d'enfant, douce comme du lait, il n'a pas eu à se servir de son arme. Il est mort dans un rêve et presque ses dernières paroles furent :

— Je ne souffre pas.

Là où il est à présent, je pense qu'il dort bien, qu'il dort à toute éternité, dans son lit de sable fin, sous un manteau de fleurs bleues, à l'ombre de la forêt. Sa tête à la chevelure encore jeune et drue repose sur la Bible hébraïque de sa mère; entre ses mains il tient un livre de chansons. Qui sait quels rêves hantent son sommeil? S'il lui en vient, ils doivent être beaux et purs et vrais. Mais qu'il dorme, ou qu'il rêve, qu'il se souvienne ou bien qu'il s'en soit allé lutter ailleurs dans quelque progression inimaginable de l'être, je

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