‹ Critique et politiqueChapitre 24 sur 48 · Souvenirs d'enfance et de jeunesse · texte numérisé non relu

Souvenirs d'enfance et de jeunesse

ses légendes, il apportait avec lui les dons de la race la plus grave, la plus intérieure, la plus profondément rêveuse de la France. Il était encore enfant quand son père périt à la mer. Il fut élevé par sa mère qui était un folklore vivant : mais d'origine gasconne, elle joignait à la foi bretonne un fonds de gaieté et d'ironie douce étrangère à la Bretagne :

« Elle aimait ces fables comme Bretonne, elle en riait comme Gasconne », et elle légua à son fils, avec sa foi profonde et sincère aux enseignements du dogme, sa foi d'imagination amusée et demi-sceptique aux créations de la religion populaire.

C'est à son éducation dans ce milieu naïf et profond que M. Renan attribuait plus tard ses facultés historiques, son don de revivre des états d'âme dififérents de ceux de nos jours, « une sorte d'habitude de voir sous terre et de discerner des bruits que d'autres oreilles n'entendent pas ». Ses premiers maîtres, les bons prêtres de Tréguier, modèles de foi tranquille et de vertu sans tache, tels qu'en présente souvent le clergé provincial de France, lui avaient appris par leurs leçons et leur

exemple que la vie spirituelle est la seule vie noble.

Vous savez comment en 1838, sur le bruit de ses succès d'écolier au collège de Tréguier, il fut appelé par M. Dupanloup au petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet , comment de là il passa aux séminaires d'Issy et de Saint-Sulpice, les profondes études de théologie auxquelles il se livra là et comment, initié par le P. Le Hir aux méthodes et aux conclusions de l'exégèse allemande, il sentit sa foi s'en aller devant les enseignements d'outre- Rhin. Ce qu'il y a de remarquable dans la crise spirituelle qui transforma son credo et ce qui décida dès l'abord du caractère de toute sa carrière, c'est que cette crise ne fut point, comme il arrive généralement, une crise de philosophie raisonnante; elle fut tout entière d'ordre philologique et critique. Un roman qui a fait grand bruit, il y a quelques années, de l'autre côté de la Manche, analyse en trois volumes l'état d'âme d'un pasteur qui fait dépendre sa foi de la date du livre de Daniel et qui, après de longues angoisses philologiques, convaincu que Daniel est contempo-

rain d'Épiphane et non de Nabuchodonosor, renonce à son ministère : M. Renan avait posé, cinquante ans d'avance, pour le portrait de Robert Elsmere.

Le jeune homme qui, le 6 octobre 184S, ayant reconnu qu'il ne pouvait plus, sans violenter sa conscience, rester dans le sanc^ tuaire, descendait, pour ne jamais plus les remonter, les marches de Saint-Sulpice, avait moins en commun avec le monde frivole et incrédule où il allait se perdre qu'avec le monde croyant qu'il venait de quitter. Le voltairianisme lui était profondément antipathique : il sentait combien l'esprit voltairien, de quelque façon qu'on apprécie son œuvre historique, est profondément inefficace; car il n'a rien à fonder dans l'ordre moral, rien à enseigner dans l'ordre scientifique, et il ne peut ni expliquer le sentiment religieux ni le satisfaire. M. Renan n'avait plus la foi, mais il avait gardé le sens de la foi : il savait comment il avait cru, comment la foi avait répondu à une certaine heure aux plus nobles instincts de sa nature, et c'est pour cela qu'en refaisant l'histoire des croyances passées, il n'aura qu'à

s'interroger lui-même pour retrouver dans sa conscience le secret de leur nature et de leur puissance.

Au moment où M. Renan quittait Saint- Sulpice, il était avant tout un élève de l'Allemagne. II tenait d'elle non seulement une exégèse, mais une philosophie qui un instant remplaça pour lui la foi de ses pères. Il a souvent décrit l'impression profonde que fit sur lui, à dix-huit ans, sa première initiation à Gœthe et à Herder : « Je crus, dit-il, entrer dans un temple. » Ce qui l'avait frappé, en effet, dans la philosophie allemande du commencement du siècle, c'était une rare conciliation d'un esprit hautement reli gieux avec lesprit critique le plus entier. Le principe directeur de cette philosophie était, comme on sait, la notion du devenir, de la perpétuelle transformation des choses, qui ne sont jamais et sont toujours en voie de se faire: notion éminemment historique, relevée et comme sanctifiée par le sentiment d'un idéal actif qui marche à sa réalisation à travers cet écoulement et cette métamorphose sans fin. Dans sa forme hégélienne, en particulier, cette philo-

CRITIQUE ET POLITIQUE. il

Sophie se prêtait admirablement à concilier le conservatisme religieux le plus respectueux avec toutes les exigences historiques, le Christ étant considéré dans le temps comme la réalisation du dieu inconscient et obscur qui, dans le déroulement de l'univers et des siècles, aspire à trouver sa conscience.

Mais M. Renan était trop Français d'intelligence pour s'enchaîner longtemps à ces formules d'un mysticisme trop précis, qui, par une banqueroute inévitable qui pèse encore sur l'Allemagne, devaient aboutir bientôt, sous prétexte d'idéal, à la déification du fait brutal, au droit divin du fort, et qui d'ailleurs, pour être logiques, auraient dû donner pour dernier terme de l'Infini dans sa marche, non point le Christ sur sa croix, mais le professeur Hegel dans sa chaire. Renan traversa les systèmes allemands Sans s'y arrêter: il y puisa seulement certains principes : à Hegel, il emprunta l'idée du devenir, à Herder l'idée qui est le correctif et le complément du devenir, le rôle de la spontanéité dans les créations de la vie.

A peine entré dans la vie laïque, il allait rencontrer les influences qui devaient éclairer

ce que la lutte de son éducation catholique et de son initiation allemande laissait encore de nuageux dans sa pensée. Jeté sans ressources et sans avenir sur le pavé de Paris, dans ce désert d'hommes où il n'avait pour le soutenir que sa volonté de vivre dans la vérité et pour la vérité, il était entré comme surveillant dans une pension du quartier Latin où il avait la table, le logement, deux heures d'occupation par jour et le reste de son temps libre pour son propre travail. Parmi les élèves de l'institution se trouvait un jeune homme de dix-huit ans, nommé Marcellin Berthelot. Il avait déjà l'esprit encyclopédique, l'ardeur concentrée, la passion du vrai> la sagacité d'invention qui devaient faire de lui un des rois de la science. Plus jeune que Renan de quatre ans, mais son aîné dans la connaissance de la réalité extérieure, il lui apportait la révélation de la science et de la philosophie du dehors, comme Renan lui apportait la révélation de la philosophie intérieure. Une amitié profonde, qui devait durer quarante ans et qui appartient à l'histoire intellectuelle du siècle, s'établit entre ces deux jeunes gens, enivrés de science, rêvant une

cosmogonie, se jetant l'un à l'autre, dans leurs entretiens ardents, des fragments d'univers.

Certains principes inflexibles étaient posés qui devaient former le inconcussum quid de leur foi : il n'y a pas de solution de continuité dans l'ordre des phénomènes; il n'y a pas d'interruption dans les lois de la nature, soit matérielle, soit spirituelle: l'histoire de l'homme et de sa pensée est un chapitre de l'histoire naturelle. Par là M. Renan se trouvait ramené au point de vue des grands sensualistes du dernier siècle et des idéologues du commence- | ment de ce siècle; mais il joignait ce qui leur \ avait manqué: le sens de la religion.

Cependant il poursuivait et élargissait ses études sémitiques commencées à Saint-Sulpice. Dès 1845, au sortir du séminaire, il était entré à rÉcolé des langues orientales vivantes, où il suivit le cours d'arabe de Reynaud de 1845 à 1849. En 1847, sous le titre modeste d'élève de l'École des langues orientales, il entrait dans notre Société où il devait bientôt exercer une si haute influence. 11 continuait à suivre au Collège de France les cours d'hébreu et de syriaque de M. Quatremère qu'il avait été auto-

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risé à suivre dès le séminaire. Enfin il abordait les langues indo-européennes avqc Eugène Burnouf. Ce fut un nouvel éblouissement, un nouvel horizon ouvert à sa pensée, un troisième et plus puissant éveil donné à son imagination et à son intelligence. Nul savant ne fit sur M. Renan une impression aussi profonde que Burnouf, et nul ne le méritait mieux que ce grand esprit qui réalisa de la façon la plus parfaite le type du savant moderne qui fait jaillir la découverte du seul rapprochement des faits honnêtement recueillis, respectueusement écoutés, interprétés par le génie du bon sens. Créateur dans les domaines les plus divers, dans l'histoire du bouddhisme, des Védas, du zoroastrisme, nul n'a laissé derrière lui un moindre déchet d'erreur, et il faut descendre jusqu'à M. Pasteur pour retrouver un pareil exemple des récompenses qui attendent, dans les mains du génie, cette méthode irréprochable et patiente. « En écoutant vos leçons sur la plus belle des langues et des littératures du monde primitif, disait M. Renan à Burnouf, en 1849, en lui dédiant VAvenir de la science^ j'ai rencontré la réalisation de ce que auparavant

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je n'avais fait que rêver: la science devenant la philosophie et les plus hauts résultats sortant de la plus scrupuleuse analyse des détails. »

Ce n'était point seulement la méthode de Burnouf qui le frappait d'admiration: c'était aussi l'ensemble de vues que ses révélations ouvraient sur l'histoire de la pensée, manifestée par les langues et les religions. C'était toute une branche de la famille humaine que Burnouf étalait devant lui avec toutes ses ramifications dans le temps et l'espace, dans ses variétés infinies et son unité féconde. C'était par contre-coup un faisceau de lumières, d'inductions et d'analogies projeté sur les parties restées sombres de la forêt humaine. Il y avait là une méthode à appliquer en dehors du monde aryen, et en méditant le livre de Bopp, il esquissait dans sa pensée une grammaire comparée des langues sémitiques.

Ainsi en moins de cinq années se réunirent dans sa main les trois éléments, les trois métaux dont la fusion allait faire de son génie le métal le plus souple et, malgré les apparences, le plus résistant qui ait été depuis Gœthe. Il avait reçu de l'Allemagne son exégèse,

des sciences naturelles sa vue du monde, de la philologie historique sa méthode; et de son propre fonds il apportait les choses qui ne s'empruntent pas, tous les dons d'une race rêveuse et austère: une puissance de curiosité et de sympathie infinie, épousant par l'imagination toutes les formes de la réalité; l'attachement inflexible dans la science et dans la vie à ce qui avait été une fois reconnu juste et vrai.

Ces éléments divers, mais non disparates, fermentaient dans sa pensée, quand éclata la Révolution de 1848, avec ces rêves humanitaires et ses déceptions sanglantes. Ce fut une nouvelle secousse qui força l'étudiant à s'interroger sur le fond de sa conscience, à se rendre compte de ce qu'il était devant le monde et devant Dieu, à résumer la foi nouvelle qui avait remplacé en lui la foi perdue et à qui il devait demander à présent la direction de sa pensée et de sa vie. Les deux derniers mois de d848 et les quatre premiers mois de 1849 furent consacrés à rédiger cette confession qui forma un gros volume destiné à paraître la même année et qui ne parut que

quarante ans plus tard, VAvenir de la science. C'est un de ces livres que l'on n'écrit qu'à vingt-cinq ans, débordant d'illusions et d'enthousiame; l'enthousiasme du jeune homme qui a eu la révélation d'une grande idée, la science, et qui, dans l'enivrement de la découverte, met en elle toutes les noblesses de son âme, la pare de toutes les puissances, la croit capable de remplir toutes les aspirations de l'humanité, de guérir toutes ses misères, de prendre à son chevet la place de la religion. '^ ) Insuffisamment construit, souvent pénible d'expression, obscur par la pléthore de pensée d'un esprit qui ne sait pas encore sacrifier ou réserver une partie de ses richesses et qui se donne tout entier, ce livre a plus que le mérite de curiosité que lui attribua M. Renan, quand il le tira quarante ans plus tard de son bureau, « de montrer dans son naturel, atteint d'une forte encéphalite, un jeune homme vivant uniquement dans sa tête et >^ croyant frénétiquement à la vérité ». Ce livre est, dans un certain sens, le plus complet que M. Renan ait écrit, et il contient plus qu'en germe tout le Renan que nous connaissons.

Certes, au cours des temps, il perdra ses illusions sur la toute-puissance de la science : il reconnaîtra qu'elle ne peut pas fonder à elle seule une religion, que la vérité ne peut éclairer et diriger que ceux qui ont déjà en eux-mêmes le principe directeur, soit dans la noblesse innée de leurs intincts, soit dans les habitudes héréditaires de vertu imprimées en eux par des ancêtres qui ont cru. 11 dira lui-même plus tard que la vertu des âges incrédules est le résidu accumulé des âges de foi : « Ma vie est toujours gouvernée par une foi que je n'ai plus. » 11 reconnaîtra aussi que le rêve de Platon n'est qu'un rêve, que la philosophie n'est point faite pour gouverner le monde et remplacer la politique et qu'il n'est point possible de reconstruire parja^sci^ce l'édifice 'Baîi par TesTforcès^ 'Spiontanées de la nature.

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L'optimisme fondamental qui pénètre ces pages de jeunesse, ces espérances démesurées sur l'avenir de l'humanité, considérée comme l'aboutissant voulu du développement de la nature et restant dans sa conception semihégélienne, comme elle était jadis dans sa conception de catholique, le centre de l'univers,

feront place à un optimisme limité, qui n'est, si Ton considère les choses objectivement, que la forme que prend le pessimisme théorique dans une âme bonne, éprise du beau et ouverte aux plaisirs innocents de la vie et de l'intelligence. Ces pages portent bien aussi la date de 1848 dans leur souffle démocratique, dans leur conception de l'humanité comme un seul et même être, comme un corps homogène dont tous les membres sont capables de comprendre et de réaliser le même idéal. Qu'il y a loin de là aux pages découragées des Z)mlogues philosophiques et à celte vision transcendante et cruelle du progrès faisant servir l'immolation d'une humanité inférieure à l'avènement d'une race élue, qui réalisera plus pleinement le rêve obscur du Dieu caché I

Cependant, malgré tous les correctifs que Tâge devait apporter à ces théories de jeunesse, toutes les idées essentielles de M. Renan sont déjà là, et c'est sur ce fond de la vingt-cinquième année que s'est développée toute sa doctrine. Pendant longtemps même, le gros Pourana^ laissé inédit, fut Une sorte de carrière monumentale d'où il tira sans l'épuiser des

matériaux bruts et des pierres polies, comme ces architectes qui ont bâti la Rome des papes avec les pierres du Colisée. Quelques-unes de ses pages les plus admirées viennent de là, et nulle part il n'a rendu plus clairement sa conception du divin que dans ces lignes, reproduites dans un article sur Feuerbach : « La

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beauté dans Tordre moral, c'est la religion... Qu'est-ce que Dieu pour l'humanité, si ce n'est j le résumé transcendant de ses besoins supra- ; sensibles, la catégorie de Vidéal, c'est-à-dire la \ forme sous laquelle nous concevons l'idéal, \ comme Tespace et le temps sont les catégories des corps j c'est-à-dire les formes sous lesquelles nous concevons les corps. »

Augustin Thierry, à qui M. Renan lut son manuscrit, le dissuada de faire son entrée dans le monde littéraire avec cette épopée métaphysique en main. Il lui conseilla de donner à la RevtJte des Deux Mondes et au Journal des Débats des articles sur des sujets variés où il écoulerait en détail un stock d'idées qui, présenté en masse compacte, n'eût pas manqué d'effaroucher le public français; et c'est ainsi que V Avenir de la

science, débité en détail et sous forme concrète, éclairci, allégé, entra peu à peu dans la circulation intellectuelle. Cependant son apprentissage d'érudit était assez avancé pour qu'il pût commencer sa carrière scientifique propre. n avait débuté dans notre Journal en 1850 avec une notice détaillée sur les manuscrits syriaques et arabes du Vatican qu'il était allé étudier avec une mission donnée par l'Institut^ En 1852, ce sont les richesses syriaques du British Muséum qu'il passait en revue^. Comme le faisait remarquer M. Barbier de Meynard, si exacte que soit l'analyse qu'il en donne, on voit que pour lui l'intérêt philologique de ces documents est secondaire : ce qu'il y cherche ce sont les traces de l'influence que l'hellénisme a exercée sur les Sémites et la part que les

1. Lettres de M. Renan (adressées de Rome) à M. Reinaud {Journal asiatique, 1850, février-mars, p. 290; avril p. 387).

2. Ibid,, 1852, avril, p. 293. — Fragment du livre gnoslique intitulé : Apocalypse d*Adam ou Pénitence d'Adam ou Testament d'Adam, publiés d'après deux versions syriaques {Journal asiatiqtte, novembre décembre 1853). — Note sur Videntité de la secte gnostique des Elchasaîtes avec les Mandaïtes ou Sabéens (ibid,, 1855, août-septembre, p. 292). — Sur l'écrivain syriaque appelé Boud le Périodeute (ibid., 1856, févriermars).

Arabes ont prise à la transmission de la philosophie péripatéticienne. C'est de ces premières recherches que sortira son Averroès, Son objet d'étude spécial est en effet, dès le début, l'étude de l'esprit humain : et le grand progrès réalisé sur le xvii® et le xviii® siècle, pour qui cette étude était avant tout une analyse logique et un jugement a priori^ n'a jamais mieux été exprimé que dans les lignes qui terminaient la préface de son livre : « La science de l'esprit humain doit surtout être l'histoire de l'esprit humain et cette histoire n'est possible que par l'étude patiente et philologique des œuvres qu'il a produites à ses différents âges. » C'est cette histoire qui va former Tobjet de ses recherches tout le reste de sa vie.

Il n'est point facile de résumer l'œuvre de M. Renan : elle est trop diverse d'objets et de formes et il est plus près des philosophes grecs que des spécialistes modernes. Spécialiste, au sens propre du mot, il ne le fut jamais.

Si le philosophe se fixe à une étude limitée, c'est par raison et dans l'impossibilité de tout embrasser : car de droit, tout l'univers lui appartient. Quand on parcourt les divers

recueils où M. Renan a réuni à plusieurs reprises les essais dispersés dans les revues, on est confondu de Timmense variété des sujets qu'il traite : antiquité classique, moyen âge, art, histoire contemporaine, politique, Orient arabe, Italie, Renaissance, M. Renan a tout abordé, et tout abordé supérieurement. Nul n'a pénétré plus profondément et peint en traits plus vivants les deux âmes les plus différentes qui aient été, saint François * et Mahomet ^, et c'est la même plume qui a écrit la prière à l'Acropole et le tableau de l'art au xiv® siècle ^ . Et s'il a consacré vingt ans de sa vie à l'histoire du christianisme, ce n'est pas seulement parce que son éducation ecclésiastique l'y prédisposait, mais c'est surtout parce que le christianisme, avec son antécédent le judaïsme , le promenait à travers les périodes les plus dramatiques de la conscience religieuse et lui permettait de se pencher sur une des sources les plus fécondes de la vie morale de l'humanité.

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