X PRÉFACE
contemporaine il voyait la France idéale : « Seule grande réalité durable, invisible et toujours présente en chaque Français... vers qui tous les fronts se tournent aux heures d'angoisse... La France éternelle, celle d'hier et de demain, faite de son ciel clair et de sa terre féconde, faite du reflet de son épée et de l'écho de sa parole. » Celui qui sentait ainsi ne pouvait guère devenir un homme de parti.
Cependant il rêvait de la vie politique. Quelquefois en souriant il me disait : « J'aurais dû naître orateur. » Avec son petit air jeunet, ce mélange de timidité et d'assurance qui lui donnait parfois l'air d'un enfant, avec sa complexion frêle, sa voix chaude, haletante et étouffée, il avait si peu l'aspect de l'orateur que cette assertion provoquait entre nous un rire immanquable. S'il portait en lui, comme l'a dit un autre ami très cher, Gabriel Monod, « une âme d'apôtre et un cœur de héros », je suis contente pourtant que la bonne nature n'ait pas voulu qu'il se détournât des chemins cachés et sacrés de la vérité. Il avait d'ailleurs, malgré sa pensée profonde, malgré sa petite santé, quelques-unes des meilleures qualités de l'orateur : il en avait l'émotion communicative, le désir d'agir, l'amour des humbles ; une certaine