PRÉFACE. XI
rhétorique qui lui était naturelle semblait le prédestiner à faire vibrer la parole. Il avait cette autorité qui vient d'une conviction morale, car en lui la politique ne s'éloignait guère de Dieu. Dans tout prophète, a-t-il dit « il y a une morale et une politique indissolublement liées, car pour eux, morale et politique font un ».
James Darmesteter était de la race des Ëbionim : il aimait le peuple, dont il était; le bien qu'il voulait aux humbles éclatait à chaque instant dans ses actes et dans ses discours. Dans sa jeunesse il avait goûté au socialisme vague de la fin de l'Empire, mais il n'était pas socialiste dans le sens moderne. Il redoutait le collectivisme, déception pour le peuple quand le gouvernement est fort, danger pour l'État quand le gouvernement est faible. Il n'avait aucune tendresse pour ces « plans de grève universelle qui doivent conduire au bonheur de tous par la ruine de tous ». Mais rien ne lui semblait plus beau que de « porter la plainte sincère du pauvre devant le pays, exposer au grand jour ses griefs, ses souffrances et ses vices, éveiller autour de lui dans la conscience nationale les voix de justice et de pitié ». Seulement, si dans sa prime jeunesse^ avant la guerre, il avait cru voir la panacée