‹ Critique philosophique (volume 2)Chapitre 135 sur 144 · LES DEUX VOIX · texte numérisé non relu

LES DEUX VOIX

Deux voix parlent en moi, que tour à tour j'écoute. L'une impie, il est vrai, mais que j'entends aussi. La pénétrante voix de notre âge qui doute. Qui voudrait me convaincre et qui me parle ainsi

Peut-être que le monde est sans raison secrète ! ^ Peut-être qu'en chercher vainement la raison Est l'ombre seulement que tout homme projette Dans le jour de l'esprit sur la création 1

Peut-être qu'il n'est rien sous les choses visibles, Rien qui lie un instant à l'instant qui le suit ! Peut-être que ce sont des lois irrésistibles. Ne se connaissant pas, par qui tout est conduit!

(i) Un vol. in-4â (Gsnèvei H, Georg, 4886).

384 L. DB LÀ RIVB. — BILI610N ET LIBRB PBfSÉB.

Peat-étre qne le monde étemel a pour réTe L'homme réyear qui cherche ane religion. Et peat-étre que Dlen hors des choses s*élèTe, Impalpable vapeur, suprême illusion !

Je suis alors saisi d'une horrible tristesse Je crois Toir s'entr'ouTrir on abîme sans fond. Je Tondrais échapper an doute qui m'oppresse Et j'entends l'autre Toix qui s'élèTe et répond :

De quel droit soupçonner d'une telle imposture L'Esprit de l'UniTcrs? pourquoi dans l'être humain Un instinct mensonger, quand toute créature A pour instinct secret le but de son destin?

N'accusons pas non plus T Univers de mensonge, Quand il amène l'homme au pied du Créateur I Ne donnons pas à Dieu la substance d'un songe Quand lui seul peut donner la paix à notre cœur

Si nous nous confions en la sagesse humaine Alors qu'elle a saisi quelque nouveau secret. Si, lorsque nous doutons, la vérité certaine Est que tout l'inconnu n'est qu'un ordre parfait.

Que demander de plus? C'est Dieu qui se révèle, C'est lui, sans le savoir, que nous reconnaissons! C'est sa seule sagesse, incessamment nouvelle. Dont la nôtre attentive écoute les leçons 1

Et si dans nos moments de tristes«;e et de doute Jeter un cri vers Dieu ne nous trompe jamais, Que demander de plus? C'est lui qui nous écoute Et répond en versant dans notre &me la paix 1

Oui, pour nous annoncer que nous servons un Maître C'est assez de la voix de la sincérité L'Univers tout entier n'est qu'un rêve peutrétre. Mais Dieu seul est la vie et la réalité 1

Et l'auteur ajoute, ce qui laisse voir coml^ien son âme est apte à recueillir et à enregistrer ses propres vibrations, que la belle phrase musicale du prélude de Bach s'associe pour lui à ces strophes et leur donne

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