‹ Critique philosophique (volume 2)Chapitre 2 sur 144 · L'ANNÉE CLIMATÉRIQUE · texte numérisé non relu

L'ANNÉE CLIMATÉRIQUE

Il ii*est pas sans intérêt, ni peut-être sans utilité, au commencement de rette année 1886, de rappeler quelques passages d'un curieui article de Littré sur ce qu'il appelait Vannée climatérique. Cet article contenait, à l'adresse du parti républicain, des avertissements et des conseils qui n*ont malheureusement pas été mis h profit, et dont la valeur et la 'sagesse n'ont été que trop bien établies par les événements (1).

< Les divers gouvernements qui, depuis Teffondrement de l'ancienne monarchie, ont donné, dès leur premier établissement, des garanties ilordre, ont eu, par le seul fait de cet établissement et de cette garantie, une durée de quinze à dii-huit ans. On peut donc affirmer, sans crainte (le se tromper, que la république actuelle, qui est dans la plénitude de son ôlublissement et sous laquelle l'ordre se maintient admirablement, a devant elle une durée qui ne sera pas moindre, et qui, par conséquent, comprendra, et au delà, le temps de la présidence de M. Grévy .Voilà ce qu'un empirisme chèrement acheté nous porte à augurer. Fions^nous y tant que nous n'aurons rien de mieux à mettre à la place... Nous avons beaucoup plus de temps que ne nous en octroient les journaux réactionnaires, pour étudier notre position, l'allure des événements, les changements de l'opinion, et pour nous préparer à démentir l'empirisme et à allonger notablement, par une heureuse infraction, la durée moyenne de nos établissements de gouvernement.

& Par des causes complexes, l'année, depuis la quinzième jusqu^à la dix-huitième, a été pour ces gouvernements une année climatérique. Elle a vu les conditions qui les avaient portés au pinacle se modifier si gravement qu'ils n'ont pas tardé à perdre l'équilibre. Uu tel phénomène appelle toute notre attention, et, sans avoir la superstition des nombres, il parait qu'un intervalle que les événements se sont chargés de déterminer, suffit pour user ce qu'il y avait de solide en ces gouvernements de rencontre. Il n'y restait plus que ce qu'il y avait d'instable ; et la série des catastrophes ne s'interrompit pas.

(l) Cet article a para dana la Philosophie potitive (n* de novembre-décembre 1879).

Ci;iT. PaiLOS, * I. — i

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« Ces gouvernements ont tous aimé à s'aveugler ; ne nous aveuglons pas à leur exemple. Avoir duré quinze à dix-liuit ans n'est pas une garantie pour en durer quinze à dix-buit autres. Loin de là, c'est une épreuve; et il s'en faut que le bail soit renouvelable de soi. Les gouvernements précédents n'ont pas eu l'art de le renouveler. Il importe que la république se prépare à ce passage ; préparation qui doit commencer dès aujourd'hui, se continuer sans relâche et redoubler de vigilance h mesure qu'oi) approchera davantage du terme. Point de confiance outrecuidante, point d'inratuation;routrecuidance et l'infatuation sont mortelles quand on navigue en des parages semés d'écueils.

« Les quatre gouvernements qui ont succombé dans la période climatérique sont le premier empire, la royauté des Bourbon atnés, celle de Louis-Philippe et le second empire. Quelque différentes qu'aient été l'origine et la nature de ces établissements, ils ont eu un sort commun. Ils s'étaient vainement promis de longs jours; vainement ils avaient préparé un lit commode à leurs dynasties. Ils sont tombés parce que c'étaient des monarchies , dira quelque républicain engoué. Hé! non ! ce n'est pas pour cela; car nous verrons tout à l'heure que les républiques sont tombées aussi, et même, à juger par le résultat, elles auraient moins valu, car elles ont moins duré. Ailleurs est la cause qui les a fait trébucher.

« Le premier empire fut possédé de l'horreur de la paix; sanglante manie qui conjura TEurope contre lui et le conduisit à sa perte. Il ne nous fut pas donné d'avoir un Gromwell, nous eûmes un Bonaparte; ce qui n'est pas du tout la même chose, le faiseur anglais de coup d'État ayant laissé son pays plus prospère et plus puissant qu'il ne l'avait pris, tandis que le faiseur français laissa la France vaincue, ravagée et amoindrie. Ce n'est pas contre les entraînements de la guerre et de la conquête qu'il est besoin de prémunir la république actuelle : elle est aussi profondément pacifique que le premier empire était turbulent ; et je n'ajouterais pas un mot si, par un côté honorable d'ailleurs, elle ne restait accessible à des impulsions irréfléchies. Je veux parler du désir d'arracher nos anciens compatriotes d'Alsace et de Lorraine au joug que la conquête leur a imposé. A cette impulsion ne manquent pas des suggestions imprudentes et des reproches de ne pas profiter des troubles présents de l'Eu* rope pour nouer des alliances et préparer des revanches. La république est sourde à une pareille politique. La paix cruelle à laquelle l'inimaginable incapacité du gouvernement de Napoléon III l'a contrainte, elle l'accepte sans réticence ; et elle en profite pour refaire, d'année en année^ sa fortune compromise et sa force brisée.

« Le mal dont la Restauration fut victime est différent; ce mal était sa tendance d'ancien régime et son cléricalisme. Un moment on put croire

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à une transaction entre la monarchie légitinie et la monarchie parlementaire; cela nous eût épargné une révolution , économie Tort désirable. Il n'en fut rien. Un vieux roi , léger et ignorant, se laissa endoctriner par ses gentilshommes et par ses prêtres, et perdit tout. Je ne réveille pas ces souvenirs pour conseiller à la république de ne pas s'engager en de pareils errements. Le 16 mai s'y est engagé ; et elle Ta combattu ardemment et vaincu. Poutantils suggèrent une précaution, mais une précaution en sens inverse. Le légitimisme et le cléricalisme sont en hostilité flagrante contre elle. Rendre constamment leur mauvais vouloir inofiensif est sa tftche ; les faire jouir du droit commun, tant qu'ils ne troubleront pas l'ordre, est son devoir et sa vertu.

« Le second empire, produit d'un coup d'État et d'un parjure^ se fit ratifier par le suffrage universel, qui ne lui refusa rien. Ainsi consacré, il régla l'ordre de sa dynastie, se crut solide et le fut en effet pendant quelques années. Mais une politique étrangère mal conçue, à soubresauts et à intermittences, le compromit en Europe. Au dedans, le réveil des libertés nécessaires le troubla. Il devint irritable, le sentit, et, croyant qu'une guerre le délivrerait de ce malaise, il provoqua TAllemagne, qui, justement, cherchait une provocation. La république, née et nourrie dans l'aversion poar le second empire, ne renouvellera ni son despotisme à l'intérieur, ni son inconsistance à l'extérieur. Le bonapartisme est un bfttard qu'elle laissera flotter entre la démagogie dont quelques-uns des impérialistes flattent les instincts, et le cléricalisme dont quelques autres recherchent Tappui. La légende impériale a été longtemps redoutable; elle a beaucoup perdu ; pourtant elle l'est plus que le légitimisme, peut-être plus que for* léanisme; et il ne faudrait pas que des menaces d'anarchie tournassent Topîujon vers le désir d'un sauveur et d'un maître.

c Du besoin de sauveur et de mattre nous avons le témoignage dans la destinée identique des deux républiques. La première, celle de 1792, a duré près de huit années. Après une violente tourmente et de grandes choses , après avoir vaincu les coalitions , agrandi la France et fondé le le nouveau régime , elle fut inhabile à rétablir Tordre à l'intérieur; le gou« vernement à cinq, le Directoire n'eut ni assez de capacité politique pour discerner le point essentiel de la situation, ni assez de vigueur pour triompher des diverses anarchies qui s'étaient emparées de toutes choses. Un soldat renommé eut coup d'œil et force; il chassa le Directoire, et aussitôt l'opinion, sentant que l'ordre allait renattre, Tassura de son concours. Que dirai-je de la seconde république, de celle de 1848? Elle commença par porter dans les Intérêts matériels une pertubatioii, peut-être sans exemple ; puis, un beau jour, l'Assemblée nationale fut tumultairement chassée et tumuUuairement rétablie: bientôt après la guerre civile ensanglanta

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les rues de Paris. Le pays s'effraya , se dégoûta et chercha da regard un dompteur d'anarchie. Ainsi appelé, un Bonaparte, qui se tenait aux aguets, put contre la république ce que par deux fois il n'avait pu contre Louis- Philippe.

a Malgré Tordre chronologique, j'ai réservé pour le dernier lieu la chute des Bourbons cadets. C'est que leur cas est celui qui doit donner le plus à penser aux républicains d'aujourd'hui, la monarchie parlementaire ressemblant par plusieurs côtés (témoin l'Angleterre) à la république parlementaire. Cette chute a prouvé que le régime parlementaire, qui pourtant donne satisfaction aux intérêts modernes , ne suffit pas dans notre pays ppuc parer à tous les dangers, et qu'il doit être conduit avec une clairvoyance vigilante qui en redresse à chaque instant la marche. L'établissement de 1830 succomba devant une émeute insignifiante au tlébut, que la colère d'un groupe de libéraux contre le ministère Guizot couvrit d'abord de sa protection, et dont les révolutionnaires et les socialistes s'emparèrent résolument. Certes , la violence des partis démolisseurs n'a jamais été plus grande contre Louis-Philippe et son gouvernement que contre M • Grévy et le sien. Notre situation, comparable parce qu'elle est parlementaire, diffère, beaucoup pourtant parce qu'elle s'appuie sur le suffrage universel et non sur un suffrage très restreint qu'il fut possible mais imprudent à Louis-Philippe et à ses ministres de fermer à toute réforme. Le suffrage universel est une immensité. Il a toutes les variétés que porte notre pays; , clérical en très peu d'endroits» légitimiste un peu d'avantage, bonapartiste un peu plus encore, radical en maintes circonscriptions. Mais en somme, il est soucieux particulièrement de l'ordre, attaché aux conquêt/^s de la révolution et foncièrement libéral. De telles dispositions sont la vie même de la république, qui n'a qu'à les entretenir, à les diriger, à les développer.

« Certaines alliances, inévitables par la liaison des événements politiques, sont pourtant suspectes, éminemment compromettantes et doivent être tenues dans une subordination rigoureuse. Témoin la Restauration et le cléricalisme. Le cléricalisme l'appuyait de tout son pouvoir et en désirait ardemment la conservation et le triomphe. Néanmoins il aurait fallu que la Restauration le contînt énergiquement , dût-elle se brouiller avec lui. Elle ne le contint pas, et il fut une des principales causes de sa chute. Semblablement le radicalisme, qui est républicain et qui a travaillé et souffert pour la république, est pourtant incapable de la conduire comme il l'entend, sans susciter des appréhensions générales d'instabilité et de désordre. On tombe du côté oii Ton penche ; et tout le temps de la présidence de M. Grévy doit être employé à empêcher qu'on ne penche du côté d:t n:dicalisme, comme tout le temps de Charles X aurait dû être employé à ne pus peucher du côté du cléricalisme. *

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Ainsi, c'était contre le radicalisme que la république parlementaire, garantie du côté des monarchistes par T'avènement de M. Grévy à la présidence, devait se mettre en garde , « dans le laps de temps qui lui était alloué comme il l'avait été aux autres gouvernements y. Mais le mot radkalistne est vague, il est susceptible de sens différents, il a besoin d*étre défini. Littré le définissait plus loin et s'exprimait avec précision et netteté snr le danger de l'année cHmatérique. Il le faisait consister essentiellement dans la tendance « à rapprocher de la gestion des affaires publiques l'action du suffrage universel ». Il expliquait ce qu'il y avait de funeste en cette tendance et pourquoi il fallait la condamner.

« Tout ce qui est de savoir spécial, technique, administrtif, législatif, juridique, militaire, échappe absolument à la compétence du suffrage universel. II est impropre à cette besogne. Plus il s*empare des fonctions particulières par rimpulsion des politiciens ou par les vices de la constitution, plus il fait de pas vers la démagogie, qui a mauvais renom et qui ne vaut pas mieux que son renom.

« Le suffrage universel a deux voies, la voie directe et la voie indirecte : la voie directe est malfaisante, elle le mène aux imprévoyances, aux inhabiletés, aux injustes nivellements, et, dans la compétition pour Texistence entre les nations, expose le peuple qui s'y abandonne aux catastrophes ; la voie indirecte est bienfaisante, elle a le plus de chance de mettre, comme disent les Anglais, l'homme qu'il faut en la place qu'il faut {the right man in the right placé), et soutient le mieux la concurrence entre les États, d

Aux deux voies du suffrage universel correspondent deux républiques : la république parlementaire et libérale, celle que la Constitution de 1875 a établie, et la république démocratique et sociale , rêvée par les radicaax. Celle-ci menace la première, veut la démolir de fond en comble.

« Elle déclare, disait Littré, que le sénat est un péril, armé comme il est do droit de dissoudre la chambre des députés avec te concours du président de la république. Elle assure que la longueur du mandat des députés (quatre ans) est un péril aussi; il faut empêcher que les serviteurs ne deviennent des maîtres et pour cela réduire la durée du mandat parlementaire. Elle proclame que la présidence de la république est un péril encore plus grand, n'étant qu'un déguisement de la royauté; on le remplacera par un conseil à plusieurs têtes. Enfin elle pose en principe qu'il y a un péril, ajouté aux autres, en l'inamovibilité des magistrats , et que la justice doit être sous la main du peuple, qui les élira et ne leur confiera qu'à temps leurs fonctions....

« Si nous en croyons les radicaux, tout le temps de la présidence de M. Grévy doit être employé à obtenir la révision de la constitution, de façon que l'on détruise le sénat et la présidence, amoindrisse la chambre

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des députés, et dépossédé la magistrature de rinamovibilité et le gouver* iiement du droit de la uomiùer. Quel triste programtue de politique tumultuaire et d'agitation stérile , quand on songe aux désastres que vient d'é« prouver la France, aux nécessites de tranquillité qu'ils lui imposent, et aux réparations dont l'urgence subsiste toujours 1 La république parlementaire et libérale est exempte de tant de tribulations malfaisantes. Elle poursuit, sous la sanction du suffrage universel, ce qui a été commencé, et avance toutes nos besognes. G est là un immense avantage cfu'elle doit à la solidité de sa base, à la justesse de son accommodation, aux garanties dont elle fait jouir les intérêts moraux et matériels, à la régularité du développement qu'elle dirige par la discussion eu la liberté et la paix eu l'ordre.

« Encore n'ai-je jusqu'ici touché que la moitié de la république démocratique et sociale, la moitié démocratique; et il reste encore la moitié sociale qui n'est pas la moindre eu innovations douteuses et en obscurités profondes. Le programme n'en est pas aussi net que celui de son attiée, ou, pour mieux dire, elle jette à la tôte une foule de programmes qui sont les représentants d'autant de systèmes sur la reconstitution de la société. Je me garderai bien de les énumérer, c'est de la pure métaphysique; car ils ne tiennent compte ni de l'histoire, ni de la sociologie, ni même du peuple au nom duquel ils prétendent parler, et dont ils ne sont pourtant qu'une partie; le peuple dont ils ont fait une nouvelle idole, aussi fausse et aussi mystique que les anciennes. Ces systèmes, je le déclare sans hésitation, n'ont aucune valeur sociologique; mais ils sont la voix qui appelle le respect et la méditation sur des souffrances trop réelles. John Stuart Mill a dit que l'économie politique serait une étude désespérante, si elle n'offrait pas quelques perpectives de les soulager. La sociologie est plus affirmative, et elle maintient que le progrès général, qui a déjà amélioré les conditions ouvrières, continuera à leur égard son action favorable. Mais quoi que prétendent aujourd'hui les systèmes socialistes, rien ne se fera dans cette direction sans le concours du capital et des patrons. »

Littréconcluaitquelarépubliqueavaitdevantellesept ans assurés, etqu'il lui était facile de conjurer les périls des temps climatériques. Il indiquait à quelles conditions elle pouvait les traverser heureusement et s'emparer d'un avenir indéfini. Elle devait contenir les impatiences dangereuses que susciterait la lenteur nécessaire de ses perfectionnements. Elle devait combattre les prédispositions morbides, héritées aussi bien des temps monarchiques et catholiques que des temps révolutionnaires. Il fallait qu'elle évitât, en son évolution, de se rappprocher du gouvernement direct du peuple, et qu'elle repoussât les programmes démocratico-socialistes des radicaux. Il fallait qu'elle restât fidèle à la fois à l'esprit de

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laïcité et à l'esprit de liberté, uniquement appliquée à ces trois grandes tâches : assurer sa situation financière , achever la réorganisation de son armée, réformer son enseignement de tous degrés.

c Ceci me ramène à mon sujet, qui est la durée de la république. Je Tai déjà dit, elle a devant elle toute la présidence de M. Grévy. Puis les ans climatériques viendront: les prédispositions morbides prendront de l'acuité; les signes des changements se moûlreront. Un orage prévu est à moitié paré. La république résolument laïque, car cela résume l'ensemble des libertés nécessaires à l'homme moderne, résolument appliquée aux grandes réparations, car cela désigne Tindispensable trépied des finances, de l'armée et de réducation; la république, dis-je, sera le mieux préparée à commencer avec un renouveau de sécurité une quatrième présidence^ et» suivant la modeste mais suffisante expression de M. Thiers, à devenir durable. »

Les temps climatériques sont venus. Mais, hélas ! en dépit des avertissements et des conseils, les années de lu présidence do M. Grévy n'avaient pas été employées à s'y préparer convenablement. Maître du Parlement et du Pouvoir exécutif, le parti républicain avait failli à la première de ses tâches, qui était d'assurer la stabilité gouvernementale. Aussi les prédispositions morbides, mal combattues, ont-elles pris tout à coup un caractère redoutable d'acuité. Le défaut de stabilité et, par suite, d'autorité gouvernementale a produit ses conséquences naturelles. En môme temps que le radicalisme, avec ses programmes de politique tumultuaire, gagnait du terrain» on a vu commencer dans tous les départements un sérieux mouvement de réaction monarchique et cléricale. La foi républicaine s'est affaiblie et refroidie chez un grand nombre : foi aux hommes, foi au suffrage universel , foi au régime parlementaire républicain , foi au progrès de la raison publique. On dirait que Gambetta a emporté dans la tombe, avec Toptimisme vaillant qui animait les cœurs à l'époque de la lutte contre leSeize-Mai, la fortune de la démocratie française. Les résultats inattendus du septennat républicain, — on était certes loin de les prévoir lorsque M. Grévy remplaça le maréchal de Mac-Mahon à la présidence, — ont causé une impression générale d'insécurité et de découragement. La France a paru , le 4 octobre dernier, prête à se détacher, une fois de plus, de ses institutions et à en expérimenter d'autres, prête à justifier, âne de fois, sou renom fâcheux de légèreté et d'inconsistance morale. La République parlementaire et libérale a paru moins solide en 1883 qu'elle ne l'était en 1879. Inquiets des signes de changements qui appa raissent, les hommes capables de réflexion et de prévoyance se demandent, aujourd'hui, si les nouveaux électeurs des prochaines années vont

8 Là morale CniTlCISTE AT LA GBITIQDE DB M. A. FOUILLAi.

lui apporter une force et une vie nouvelles, et si, plus heureuse que les gouvernements précédents, elle réussira à démentir la loi empirique qui semble marquer le terme fatal de sa durée. F. Pillo^n.

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